Formation dans les entreprises, vers une logique d’investissement ?

Par - Le 16 avril 2019.

La loi du 5 septembre 2018 change la donne pour les entreprises en matière de financement de la formation. L’association des directeurs des ressources humaines (ANDRH) en lien avec Centre Inffo et la DGEFP  (délégation générale à l’emploi et la formation professionnelle) a présenté les enjeux de la mise en oeuvre de la réforme lors d’une matinée vendredi 12 avril. En dehors de l’alternance, les entreprises de plus de 50 salariés ne peuvent désormais plus mobiliser les fonds mutualisés dont une partie alimente, chaque année, le plan d’investissement dans les compétences (Pic). Un choix d’intérêt public assumé par Cédric Puydebois, sous-directeur des politiques de formation et du contrôle au sein de la DGEFP.  » A taux de prélèvement constant, nous avons mis davantage de moyens pour développer l’alternance. En 2021, son enveloppe devrait atteindre 5,2 à 5,9 milliards d’euros « .

Moins de leviers d’optimisation

Résultat de cet arbitrage, les responsables formation vont devoir repenser l’ingénierie financière. Selon une enquête flash réalisée de l’ANRDH en partenariat avec le réseau des directeurs financiers et de contrôle de gestion (DFCG) auprès de leurs adhérents, la réforme modifiera les arbitrages budgétaires en matière de formation en 2019 pour 60% d’entre eux.  Parmi ces derniers, 35% changeront les dispositifs pour maintenir les objectifs à coûts constants et 32% diminueront leur budget proportionnellement à l’évolution des financements externes. Certaines entreprises commencent ainsi à chiffrer l’impact financier de la réforme. Dans ce contexte, la possibilité d’ouvrir un CFA interne est étudiée de près. Un décret attendu à l’automne 2019 précisera les conditions et critères de déductibilité de certaines dépenses allouées à l’apprentissage.  « Nous allons commencer les travaux de concertation. Nous aurons une  liste claire et transparente des éléments éligibles », confirme Cédric Puydebois.

 Un changement culturel

Au-delà de l’identification de nouveaux leviers d’optimisation, la réforme pousse les entreprises à mener une petite révolution culturelle.  » Il faut développer une culture de l’évaluation de la formation, travailler sur la mesure du retour sur investissement et instaurer un dialogue avec le directeur financier et les partenaires sociaux », insiste Philippe Debruyne, administrateur (CFDT) et président de la commission Evaluation de France compétences, président de l’association Certif’Pro. Un long chemin reste à faire. En effet 64% des personnes interrogées par l’enquête flash considèrent que la formation est perçue comme une charge. Toutefois, dans certaines entreprises un véritable dialogue de gestion s’est instauré. « Nous sommes déjà dans une logique d’investissement sans faire dépendre le budget formation d’éventuels remboursements. Nous avons également une enveloppe  entièrement dédiée à la transformation des ressources humaines », explique Laurence Breton-Kueny, DRH du groupe Afnor.

Du co-investissement

Même dynamique chez France Télévisons. « La formation est un enjeu concurrentiel stratégique. Nous avons réussi à reconduire notre budget sur fonds propres. Il nous faut travailler avec les organisations syndicales et développer le dialogue social sur le champ de la formation. L’année 2019 sera une année de test et de réflexion », déclare Yannick Monsnereau, responsable formation, France Télévisions. L’abondement d’un CPF monétisé à la seule main du salarié et la co-construction de parcours qualifiants font partie  des sujets ouverts à la discussion. 60% des personnes interrogées pour l’enquête flash, font ainsi passer le co-investissement par la  mobilisation du CPF pour une action réalisée sur le temps de travail et 66% par des abondements de l’entreprise.

 

 

 

 

 

Centre Inffo vous conseille également

Découvrez nos newsletters