Une démonstration lors du salon du jeu vidéo IFA2015 à Berlin, le 4 septembre dernier. © Sergey Kohl

Le secteur du jeu vidéo inaugure son premier réseau écoles-entreprises

Renforcer et valoriser l’offre formative dans le secteur vidéoludique français, c’est l’objectif que s’est donné le Syndicat national du jeu vidéo en inaugurant, jeudi 24 septembre, le premier réseau des écoles du jeu vidéo.

Rédigé par . Publié le 28 septembre 2015. Mis à jour le 11 mars 2019.

Si l’on devait qualifier en trois mots l’industrie du jeu vidéo français, ce sont probablement les adjectifs “dynamique”, “attractive” et… “désorganisée” qui reviendraient le plus souvent. En conséquence de quoi, du côté de l’offre de formation, c’est davantage le trop-plein que le vide qui règne. Qu’on en juge : alors que le secteur ne représente que 5 000 emplois directs en France (et près de 23 000 indirects), pas moins de 50 écoles et organismes de formation proposent des cursus dédiés aux métiers du vidéoludisme. Et dans un environnement marqué par l’absence de labellisation, le pire peut y côtoyer le meilleur.

“Le secteur a été autodidacte durant plusieurs années. Et si, depuis, certains instituts de formation furent fondés par des passionnés extrêmement compétents qui offrent des cursus de qualité, d’autres ne l’ont été que parce qu’il y avait beaucoup d’argent à se faire… Le réseau des écoles du jeu vidéo permettra de clarifier l’information pour le grand public et certains studios”, analyse Cyril Georgin, directeur des relations entreprises et institutionnelles au sein d’Isart Digital, une école qui forme, depuis quatorze ans, des professionnels du jeu vidéo et de l’animation principalement par la voie de l’alternance.

Un secteur en construction

Séparer le bon grain de l’ivraie et professionnaliser le secteur, c’est l’ambition du tout jeune – il a été fondé en 2008 – Syndicat national du jeu vidéo (SNJV), la principale organisation des employeurs du secteur, qui regroupe quelques 220 entreprises sur les 350 que compte le tissu économique français en organisant ce premier rapprochement entre les industriels du domaine et les organismes de formation d’où en sortent les futurs salariés.

“Nous avons décidé de nous engager dans une démarche commune visant à créer un réseau pour rapprocher les écoles et les professionnels, aider les écoles à se développer en lien avec les problématiques du secteur et valoriser le sérieux et le professionnalisme des formations”, explique Julien Villedieu, le délégué général du SNJV.

En 2012, déjà, le syndicat avait apporté une première pierre à l’édifice de la professionnalisation du milieu en publiant un référentiel des métiers et des salaires du jeu vidéo. Du jamais-vu à l’époque. Un exercice qui s’était révélé ardu, les entreprises du secteur n’appréciant guère qu’on communique sur les rémunérations (généralement peu élevées) de leurs salariés.

Pas un simple label

Pour cette première ébauche de constitution d’un réseau, sept établissements ont répondu présents : l’école du jeu et des médias interactifs numériques du Cnam (Enjmin, Angoulême), Bellecour École (Lyon), Créajeux (Nîmes), Isart Digital (Paris), Supinfogame Rubika (Valenciennes), le Centre européen des produits de l’enfant (Cepe, Angoulême) et Pôle 3D (Roubaix), toutes associées au projet pour former l’ossature d’un futur réseau.

S’il est ouvert aux bonnes volontés, il prévient qu’il n’acceptera pas n’importe qui dans le seul but de faire du nombre. “Pour nous rejoindre et pour que les formations proposées par les établissements deviennent éligibles à nos conditions d’entrée, il faudra que l’établissement candidat s’engage sur une charte”, annonce Lévan Sardjevéladzé, vice-président du SNJV en charge de l’emploi et de la formation et patron du studio Celsius Online.

Celle-ci prévoit notamment que l’école candidate ait diplômé au moins trois promotions, qu’elle s’engage à publier un maximum d’informations sur le contenu pédagogique et les modalités des formations qu’elle propose et que son offre de formation corresponde aux professions visées.

“Il ne suffira pas simplement d’intégrer un module consacré au game design ou à la programmation à un parcours classique d’ingénieur informaticien, par exemple. Non : le cursus devra bien mener aux métiers du jeu vidéo”, avertit Julien Villedieu. “On ne propose pas un simple label accessible à tous. Nous voulons que l’école s’engage dans une démarche réellement collaborative avec le reste du secteur.”

L’alternance en question

Ce secteur devrait voir, au cours de l’année 2015, la création de 500 nouveaux emplois en dépit de la crise, Pour l’heure, d’autres accès que la formation initiale classique post-bac sont encore rares. Ainsi, l’alternance peine encore à y décoller. “Nous ne disposons pas de chiffres, mais d’expérience, c’est peu développée”, confesse Lévan Sardjevéladzé. Le sujet fait d’ailleurs débat dans la profession. Pour Benoît Jacquier, directeur technique chez Kylotonn Games, l’alternance est inadaptée à la temporalité du processus de création d’un jeu. “Une semaine en cours, une semaine en entreprise, ce n’est pas possible dans nos métiers”, estime-t-il.

À l’inverse, Carole Faure, responsable du MBA Video Game Management au sein de l’Institut de l’Internet et du multimédia de Paris-La Défense prédit un bel avenir à cette voie de formation. “Un jeune qui se lance dans un parcours d’alternance dans les métiers du jeu vidéo démontre sa motivation et une impressionnante capacité de travail. Sans compter qu’il peut valoriser deux ans d’expérience en entreprise à l’occasion de sa recherche d’emploi. C’est mieux que les six mois d’un stage classique.”

Pas facile, cependant de s’y mettre au sein des entreprises de la profession – pour la plupart des TPE de moins de dix salariés – qui dépendent souvent des conventions de branche du Syntec (la fédération patronale de l’informatique, de l’ingénierie, des études, du conseil et des RH) où les rémunérations des alternants sont particulièrement généreuses : de 70 à 130 % du Smic en fonction de leur âge. “Ce sont des grilles salariales conçues pour les grosses SSII, pas pour les TPE du jeu vidéo…”, déplore Lévan Sardjevéladzé.

Cependant, les choses évoluent, puisque le leader Ubisoft (concepteur et éditeur des franchises Prince of Persia, Far Cry ou Assassin’s Creed), après avoir été longtemps réticent à ce processus de formation, vient de s’y mettre en 2014.

Des formations absentes des listes du Copanef

Le secteur du jeu vidéo attendait de savoir si ses formations figureraient dans les listes des certifications éligibles au compte personnel de formation (CPF) définies par les partenaires sociaux réunis au sein du Copanef [Comité paritaire interprofessionnel national pour l’emploi et la formation.]]. Cela n’est pas le cas à ce jour. Bien qu’organisme patronal, le SNJV n’adhère ni au Medef, ni à la CGPME. “Nous sommes les oubliés de ces listes !” estime Gilbert Kiner, directeur d’[Art FX, un organisme de formation montpellierain spécialisé dans la conception d’effets spéciaux visuels, “nous avons pourtant déposé nos titres et diplômes auprès des Coparef [ 1 ]Comité paritaire interprofessionnel régional pour l’emploi et la formation. qui ne les ont pas intégrés aux listes des certifications éligibles et n’ont même pas répondu à nos demandes d’explications… nous ne disposons malheureusement pas de la force de lobbying d’autres acteurs de la formation”.

Faire connaître et valoir le savoir-faire des établissements en matière de formation, c’est justement l’un des objectifs de la création du réseau écoles-entreprises inauguré ce 24 septembre. “Il va falloir nous faire connaître auprès des pouvoirs publics”, assure Lévan Sardjevéladzé, “la formation, c’est quelque chose dont on ne peut pas se passer dans nos métiers qui évoluent en permanence. Celui qui ne s’est pas formé pendant cinq ans, il devient has been”.

Notes   [ + ]

1. Comité paritaire interprofessionnel régional pour l’emploi et la formation.

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