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Missions locales : une enveloppe d’1 milliard pour la généralisation de la Garantie jeunes

La nouvelle version du projet de loi El Khomri instaure un « droit universel à la Garantie jeunes » pour les décrocheurs sans emploi ni qualification de 18 à 25 ans (lire). 100~000 d’entre eux devraient se voir éligibles à ce dispositif en 2016. Près du double en 2017. L’État s’engagerait sur une enveloppe d’1 milliard d’euros sur deux ans. Mais les missions locales, déjà en tension, tirent la sonnette d’alarme sur les conditions de déploiement de l’opération.

Rédigé par . Publié le 17 mars 2016. Mis à jour le 11 mars 2019.

« 80 % des missions locales seront en mesure de mettre en place cette extension de la Garantie jeunes en 2016. 100% en 2017 » affirmait Myriam El Khomri, le 15 mars dernier, à l’issue de la présentation de la nouvelle rédaction de son projet de loi aux partenaires sociaux. Aujourd’hui, on compte 273 missions locales sur les 448 que compte leur réseau engagées dans l’accompagnement des décrocheurs de 18 à 25 ans dans le cadre de la Garanties jeunes, ce dispositif d’aide qui prévoit un accompagnement renforcé des jeunes dans leur retour à la formation ou à l’emploi assorti d’une aide financière pouvant aller jusqu’à 461 euros par mois pendant un an. 72 départements sont actuellement concernés et ce nombre devrait se voir étendu à 91 d’ici à la fin de l’année. Fin 2016, ce sont 358 missions locales qui devraient donc être en mesure de déployer cette mesure d’accompagnement, conformément aux ambitions du projet de loi. Inaugurée en 2010, à titre expérimental, puis déployée plus massivement à partir de 2013, la Garantie jeunes concerne aujourd’hui près de 46 000 individus. Son extension à l’ensemble des jeunes sans qualification, ni emploi faisait d’ailleurs partie des engagements gouvernementaux à l’issue de la Conférence sociale de 2014.

Des missions locales en surcharge

100 000 jeunes accompagnés, c’est donc l’objectif que vise le gouvernement d’ici à la fin de l’année, soit près de 50 000 bénéficiaires supplémentaires par rapport à ceux déjà entrés en 2016. Problème : les 12 500 conseillers des missions locales, qui accueillent annuellement près d’1 million et demi de jeunes, peinent déjà à gérer le flux actuel au vu des moyens qui leur sont alloués. Et chaque dispositif jeunesse qui se rajoute au précédent se traduit par une surcharge de travail pour les salariés de ces structures, particulièrement lorsque des fonds européens sont engagés, pour lesquels un reporting particulièrement lourd est exigé. En conséquence : les arrêts de travail pour surmenage se sont multipliés ces dernières années au sein du réseau au point que le système de prévoyance des salariés accuse une perte de 12 millions d’euros et frôle l’incapacité à payer…

En février dernier, d’ailleurs, à l’appel de leurs syndicats, les personnels des missions locales s’étaient mis en grève pour protester contre leurs conditions de travail (notre article). « Nous sommes prêts à nous engager sur cette extension de la Garantie jeunes, mais l’accélération de la montée en charge de ce dispositif ne peut pas se faire sans que les acteurs ne se mettent autour de la table pour discuter des moyens financiers, humains et logistiques à déployer pour absorber ce flux » prévient Jean-Michel Mourouvin, secrétaire général du Synami-CFDT, le syndicat cédétiste des personnels d’insertion.

Un modèle économique serré

Depuis 2013, la mise en place de la Garantie jeunes s’est accompagnée du recrutement de quelques 1 000 conseillers supplémentaires, dévolus à ce dispositif. Des conseillers qui, selon les calculs du Synami-CFDT, gèrent chacun un portefeuille de près de 50 jeunes. Un chiffre qu’il faudra multiplier par deux d’ici à la fin de l’année pour respecter les désidératas gouvernement et dont les syndicats craignent qu’il se traduise par une augmentation conséquente des risques psychosociaux. « Sans compter que l’élargissement de la Garantie jeunes demandera aux missions locales d’investir dans de nouveaux locaux pour accueillir le public » ajoute Jean-Patrick Gille, député PS d’Indre-et-Loire et président de l’Union nationale des missions locales, l’organisme en charge de chapeauter le réseau, « notre modèle économique est très serré ».

200 000 jeunes éligibles

Côté financier, l’État s’est engagé à débloquer l’enveloppe nécessaire à la prise en charge de l’opération. À quelle hauteur ? Selon le ministère du Travail, joint par le Quotidien de la formation, le chiffre final devrait osciller aux alentours du milliard d’euros sur deux ans. 418 millions pour 2016 (100 000 jeunes) et 600 pour l’année suivante en se basant sur un prévisionnel de 150 000 entrées en 2017, ce qui, selon la rue de Grenelle, devrait couvrir l’ensemble du public éligible à la Garantie jeunes. Loin de l’estimation avancée par les syndicalistes étudiants de l’Unef qui, pour leur part, tablent sur 900 000 jeunes concernés et un total nécessaire de 5 milliards d’euros… « Le recensement de l’Unef sur les 900 000 décrocheurs ne tient pas » explique Jean-Patrick Gille, « sur les 1,5 million de jeunes reçus chaque année par les missions locales, la moitié alterne entre les périodes d’emploi, de formation, de chômage… c’est un public fluctuant et intermittent. Au total, on estime que 100 000 à 200 000 individus sont éligibles à la Garantie jeunes ». Seuls les fonds de l’État devraient être engagés dans l’opération. Ni les collectivités territoriales, ni l’Europe ne devraient se voir mis à contribution.

Attendre le détail de l’enveloppe…

N’empêche, le parlementaire ne néglige pas le surcroît d’activité et l’extension immobilière que nécessitera l’ambition gouvernementale, d’autant que sur les 900 millions de budget annuel des missions locales (assurés par l’État, les collectivités territoriales et les fonds européens), les missions locales viennent d’en perdre près de 25 avec la fin des emplois d’avenir et de l’ANI Jeunes. « On a perdu sur la dotation globale des missions locales » reconnaît le député d’Indre-et-Loire, « mais nous devrions être en mesure d’assurer cet objectif de 100 000 jeunes en 2016. Nous sommes d’ailleurs en discussions avec Matignon et le ministère à ce sujet. Pour l’année prochaine en revanche, il faudra tout faire pour trouver les financements nécessaires ». Pour chaque jeune suivi, une mission locale touche en effet 1 600 euros. Un chiffre à relativiser, toutefois car si le suivi personnalité d’un individu coûte 700 euros à la structure, la somme complète ne lui est versée, en réalité, qu’en cas de sortie positive vers l’emploi ou la formation.

« On attend de voir le détail de l’enveloppe que promet le gouvernement » annonce de son côté Jean-Michel Mourouvin. « Il faudra connaître les critères d’éligibilité des jeunes, savoir si l’allocation mensuelle est comprise dans les dotations, voir dans quelle mesure les nouveaux locaux pourront être pris en charge… de notre côté, nous sommes prêts à nous engager, mais la réunion préalable de tous les acteurs concernés est indispensable à une bonne montée en charge de l’opération ».

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