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Quelle formation pédagogique pour les formateurs ?

Métier pour les uns, fonction pour les autres, l’activité de formation revêt des réalités multiples qui n’aident pas à définir ce que pourrait être une formation pédagogique du formateur d’adultes. La question a été abordée lors de la journée de réflexion et de débats organisée mardi 3 novembre 2015 par la revue Éducation permanente en partenariat avec l’Afpa et le Cnam [Colloque conçu autour du n° 203 de la revue Éducation permanente, Penser la pédagogie en formation d’adultes, [www.education-permanente.fr/, et du hors-série AFPA 2015, Quelles pratiques pédagogiques dans l’accompagnement des publics peu qualifiés ?, www.education-permanente.fr/.]].

Rédigé par . Publié le 05 novembre 2015. Mis à jour le 11 mars 2019.

Qu’est-ce qu’un formateur ? Qu’il s’exerce à titre occasionnel ou permanent, au titre de la formation initiale ou continue, dans une visée diplômante ou non, en entreprise ou en organisme de formation, le métier de formateur s’inscrit aujourd’hui dans une telle variété qu’il en est devenu peu aisé à circonscrire.

Pour Nathalie Bourcheix-Le Blond, formatrice-consultante chargée d’enseignement au Cnam, il s’agit avant tout du détenteur d’une expertise particulière à qui l’on demande de venir faire de la formation. Problème : “Personne ne se demande s’il est si facile que ça de passer du savoir privé à un savoir public.”

Et si poser la question permet d’inviter la pédagogie au débat, une rapide étude du profil des formateurs montre que ceux-ci sont rarement formés au métier de formateur. “Une formation qualifiante des formateurs est-elle encore possible ?”, s’interroge Claude Debon, maître de conférences honoraire au Cnam. “Pour être efficace, le formateur doit savoir fabriquer des dispositifs dont il est le garant du sens et de la cohérence”, estime-t-elle.

Surtout, il ne suffit pas que des formations qualifiantes existent, mêmes modularisées, pour susciter l’adhésion. Claude Debon le souligne, elles ne “seront utilisées qu’à deux conditions” : d’une part, “que les acteurs institutionnels les considèrent comme fondamentales pour produire de la compétence” et, d’autre part, “que les formateurs eux-mêmes soient convaincus de leur nécessité pour élargir leur professionnalité et la faire reconnaître”.

Il ne s’agit donc pas de “brader la formation des formateurs” mais de “maintenir un noyau dur du métier pour fonder la formation de formateurs”.

La pédagogie, parent pauvre de la commande publique ?

Évoquant le “champ des contraintes” qui pèse aujourd’hui sur l’activité de formation, Paul Santelmann, directeur de la veille pédagogique à l’Afpa, se demande lui si la nature des politiques publiques du travail n’invite pas de facto à une “ambition modeste en matière de formation de formateurs”.

Pour lui, de par l’évolution de la commande publique, ce n’est plus tant l’appareil de formation qui décide des modes d’organisation que les cahiers des charges. À cet égard, il estime que la standardisation de la commande imposée par les financeurs à tous les organismes de formation aboutit in fine à une “liquidation des singularités pédagogiques de la formation des adultes”.

Que faire ? “Le champ des contraintes doit nous inciter à réinvestir le champ de l’innovation, alors même que l’on nous impose des standards.” Possible ? “On sait bien que dans la réalité, personne ne suit les prescriptions”, s’amuse Paul Santelmann : “Si l’on arrive à obtenir des résultats en formation des adultes, c’est parce que l’on contourne les prescriptions des financeurs…”

Au-delà des chemins de traverse, le directeur de la veille pédagogique à l’Afpa invite à mieux tirer parti de la validation des acquis de l’expérience (VAE) dans le champ des métiers de la formation, selon lui “extraordinaire observatoire des pratiques professionnelles”, ainsi qu’à davantage prêter attention aux marges de la formation institutionnelle : plutôt que de voir dans le développement des auto-apprentissages et diverses formes d’apprentissages informels une forme de concurrence, il s’agirait plutôt d’“apprendre à s’approprier” ces nouvelles formes et à rechercher la “complémentarité”.

Former s’apprend

Reste que pour Michel Dumas, consultant professeur honoraire de l’Université de Nantes, “former est un métier qui s’apprend, au-delà des techniques requises par les modes ou prescriptions du moment”.

Selon lui, trois fondamentaux devraient guider une formation de formateurs. Il s’agirait d’abord de prévoir la “mise à jour de la formalisation du modèle de référence personnel en matière de pédagogie”. Ce qui suppose de trouver une cohérence entre les “valeurs et convictions” qui sous-tendent l’action de formation, les “références scientifiques en matière de théorie” et “l’instrumentation pédagogique” dont on souhaite disposer pour mettre en œuvre la formation. Le deuxième point renvoie à la “dimension réflexive” de l’activité de formation, qui requiert, selon Michel Dumas, l’installation de “lieux d’échanges de pratiques et de retours d’expériences”. Enfin, il conviendrait de mettre en débat les questionnements majeurs de l’activité du formateur, parmi lesquels le degré de prise en compte des “expériences précédentes”, la place des styles d’apprentissage et des caractéristiques générationnelles, ou encore l’articulation des logiques de construction de compétences avec la réalité clinique des situations professionnelles.

Et c’est peut-être cette conscience de la confrontation au réel qui conduit Michel Dumas à retenir pour devise : “Le métier de formateur s’apparente plus à celui du jardinier qu’à celui du potier.”

* Repenser la pédagogie en formation des adultes, journée de réflexion et de débats, Éducation permanente, en partenariat avec l’Afpa et le Cnam, (Paris, 3 novembre 2015) : http://formation-adultes.cnam.fr/repenser-la-pedagogie-en-formation-des-adultes-749329.kjsp

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