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Entretien avec

Henri Lachmann
chargé de la mission de valorisation de la formation en alternance

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Henri Lachmann, président du conseil de surveillance de Schneider Electric, fait un premier bilan de la mission de valorisation de la formation en alternance auprès des grandes entreprises que lui a confiée le ministre de l’Emploi, Jean-Louis Borloo.

Inffo Flash : Pouvez-vous faire un point sur l’objectif des 500 000 apprentis souhaité pour 2009 par le ministère de l’Emploi ?

Henri Lachmann : Nous devrions les atteindre en 2008. À la fin 2006, nous sommes à un peu plus de 400 000 apprentis. Augmenter ce chiffre de 25 % en deux ans est mon objectif. Les entreprises commencent à prendre de plus en plus conscience de leur responsabilité et à comprendre que l’apprentissage n’est pas de la “pré-embauche”, mais un mode de formation sous contrat de travail, rémunéré, diplômant et qualifiant. C’est une excellente formation, tant pour le savoir-faire que pour le savoir-être de l’apprenti.
En 2006, 1 300 entreprises ont signé la charte de l’apprentissage. Nous n’avons pas encore les chiffres précis du nombre d’apprentis dans les 1 300 entreprises qui l’ont signée, car le mode de collecte d’informations a complètement changé. Les statistiques sur l’apprentissage ne sont donc pas précises aujourd’hui. En revanche, les entreprises du Cac 40 signataires de la charte ont accueilli 36 % de jeunes en plus en 2006, soit un total de 10 000 apprentis supplémentaires. Les grandes entreprises publiques ont accueilli 31 % d’apprentis en plus, soit 1 300 apprentis supplémentaires. Il est sûr que l’objectif sera atteint avec une année d’avance sur les prévisions.
Mais, il faudra poursuivre nos efforts. Nous sommes encore loin de la situation en Allemagne, qui compte 1,6 million d’apprentis, alors qu’en France nous en avons un peu plus de 400 000[1].
Je pense néanmoins que l’on pourra atteindre 600 000 ou 800 000 apprentis. Imaginez à quel point cela changera le système classique de formation : les lycées, les universités, etc. Lorsque nous atteindrons 800 000 jeunes en apprentissage, l’école ne sera plus le seul lieu de formation.
Nous ne pouvons pas laisser perdurer le chômage des jeunes : il est intolérable que 150 000 de nos enfants sortent tous les ans du système éducatif sans qualification ou diplôme. Personne ne peut l’accepter. La charte de l’apprentissage n’est pas un outil de communication, mais un acte de responsabilité.

Inffo Flash : Vous avez évoqué également la question du financement.

Henri Lachmann : Il faut revoir le système de financement du dispositif d’apprentissage. Il y a une très grande opacité dans le financement. En effet, sur les 1,5 milliard d’euros de taxe d’apprentissage, seuls 500 millions d’euros, soit le tiers, vont effectivement et directement à l’apprentissage. Il faut rendre le financement de l’apprentissage beaucoup plus simple et transparent. La taxe d’apprentissage doit être exclusivement réservée à l’apprentissage.

Inffo Flash : Des actions sont-elles menées en direction des petites entreprises ?

Henri Lachmann : Il existe deux chartes de l’apprentissage : une pour les entreprises du Cac 40 et du secteur public, et une autre pour les autres entreprises. Nous avons mené en 2006 une dizaine de réunions en province (Marseille, Lyon, Bordeaux, Nantes, Toulouse, Lille, Rouen, Strasbourg, etc.). Je pense que la démarche commence à être comprise. Il faut surtout maintenant que les petites et moyennes entreprises assimilent le fait que l’apprentissage est un véritable mode de formation et pas une forme de pré-embauche. Le problème essentiel est dans l’information des jeunes et dans leur décision de choisir une voie différente de celle de la formation classique, et de découvrir plus tôt le monde professionnel.

Inffo Flash : Malgré ce travail, l’apprentissage souffre encore d’une image négative. Selon vous, que faut-il faire pour l’améliorer ?

Henri Lachmann : C’est vrai : l’image de l’apprentissage auprès des jeunes, des familles et du système éducatif est encore à améliorer sensiblement. C’est d’ailleurs pour cette raison que le ministère de l’Emploi a lancé ces jours-ci une campagne d’information nationale, afin de promouvoir l’apprentissage.
Les français assimilent souvent l’apprentissage à des métiers manuels, difficiles et réservés aux garçons. Or, il faut comprendre que l’apprentissage est un véritable mode de formation. C’est un passeport pour l’emploi.
Les jeunes en alternance ou en apprentissage trouvent plus facilement un emploi que les autres. Et c’est une formation qui s’adresse à la fois aux garçons et aux filles.
Il nous faut donc mieux informer et orienter les jeunes. Le système éducatif doit jouer un rôle majeur dans ce sens en les sensibilisant à la vie professionnelle et aux métiers, dès la classe de troisième. Les familles et les acteurs du système éducatif doivent également être sensibilisés à cette autre forme d’enseignement qu’est l’apprentissage, et aux exemples de réussite. La mauvaise image de l’apprentissage est très culturelle, elle est ancrée dans nos mentalités et on ne peut la changer du jour au lendemain.

Inffo Flash : Malgré les campagnes de communication ?

Henri Lachmann : Les campagnes de communication doivent être fréquentes pour qu’elles puissent déclencher une réelle prise de conscience de la part des français sur ce type de formation. Et elles doivent être un support pour les pédagogues. Il est en effet indispensable, en plus de ces campagnes, d’aller au devant des jeunes et de leur famille pour leur faire concrètement la pédagogie des bienfaits de l’apprentissage.

Inffo Flash : L’“apprentissage junior” n’y a-t-il pas contribué ?

Henri Lachmann : L’“apprentissage junior”, c’est l’apprentissage à 14 ans. L’apprentissage dès cet âge doit être exceptionnel. À cet âge, il est indispensable que le jeune reste sous statut scolaire jusqu’à 15-16 ans, il ne doit pas être sous contrat de travail. La France a déjà des difficultés à accepter l’apprentissage comme mode de formation. C’est encore pire pour l’apprentissage à 14 ans. De plus, le dispositif a été mal présenté et mal préparé. Il a eu un effet contre-productif.
Je dirais franchement que l’apprentissage à 14 ans est un “mini phénomène” par rapport à tout le problème d’apprentissage. Je le répète : il est fondamental d’informer les jeunes, leur famille et les acteurs du système éducatif sur les métiers et les formations qui existent et sur la vie professionnelle, ce qui, hélas, n’est pas fait. Savez-vous qu’il y a 6 000 conseillers en orientation dans le système éducatif (à l’Éducation nationale) et qu’ils sont appelés “conseillers d’orientation - psychologues” ? Leur tâche, ce ne doit être pas de prodiguer seulement des conseils psychologiques, mais d’informer les jeunes sur les métiers qui existent et ensuite de voir l’adéquation qui peut exister entre un jeune et un métier.

Propos recueillis par Knock. Billy.

[1] En Allemagne (82,5 millions de personnes), l’apprentissage concerne entre 40 % et 60 % des jeunes.

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