“Nous allons droit aux choses et c’est secondairement que nous nous apercevons des limites de notre connaissance et de nous-mêmes comme connaissant.”, Maurice Merleau-Ponty
L’usage des NTIC est-il en train d’engendrer des mutations telles que celles-ci influeraient de manière significative sur nos modes de pensées et, en conséquence, sur notre manière d’apprendre, d’acquérir des connaissances et de former ? [1]
Si on évoque le “luddisme” en parlant de mutations technologiques, n’allez pas croire qu’il s’agit d’une faute de frappe. Ce luddisme avec deux d n’a rien avoir avec le jeu. Le terme est tiré du nom du roi Ludd. Il n’est pas sûr que le personnage ait réellement existé, mais des armées d’ouvriers tisserands s’en sont servis comme porte-drapeau pour aller casser les machines à filer dans l’Angleterre du XIXème siècle, dans un contexte de révolution industrielle.
Apparemment, la mutation technologique à laquelle nous assistons aujourd’hui n’engendre pas les violences de nouveaux rois Ludd. Formateurs ou pas, personne ne semble vouloir s’opposer à cette mutation. Tout le monde est aujourd’hui convaincu de la nécessité de maîtriser les TIC à titre personnel et professionnel. Avec un tel consensus il n’y aurait donc pas matière à débattre. Cependant, il y a une différence à faire entre notre apparente adhésion au “tout technologie” et l’usage réel que nous en avons. Une différence entre ce qui apparaît être l’idéologie qui sous-tend cette adhésion et notre comportement au quotidien.
Il est vrai que, d’une manière générale, nous avons tous, ou presque, cédé à l’idée d’une technologie omniprésente. Chacun de nous intègre petit à petit la plupart des outils multimédia les plus répandus de la vie quotidienne, et ils nous deviennent vite indispensables [2].
Contrairement au roi Ludd, nous admettons que les technologies font partie intégrante de l’histoire de l’humanité et qu’elles ont souvent contribué à améliorer nos existences. À tel point que, de nos jours, nous sommes convaincus qu’elles vont modifier notre façon de penser, ne serait-ce qu’en modifiant notre façon d’apprendre. Nous ne pouvons pas encore en voir les résultats, mais nous pouvons constater avec quelle efficacité l’économie numérique a envahi les rayons de nos magasins.
L’industrie high-tech est ainsi conçue qu’elle sait faire naître un besoin là où il n’existait pas et sait attiser nos envies effrénées de consommer de la technologie. Faute, pour l’instant, de nous donner envie de mieux nous former. Pour le reste, “on n’a encore rien vu”, nous dit-on. Nous devrions bientôt atteindre un niveau inégalé avec l’“own-sourcing”, qui pourrait être traduit par “à faire soi-même” grâce à la possibilité aujourd’hui offerte de combiner des images et des sons extraits de médias existants pour concevoir nos propres émissions et nos propres canaux de diffusion en direction de membres de nos différents “réseaux sociaux”. (...)
Michel Lisowski
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in Actualité de la Formation Permanente n° 220, pp. 27-32

































