Photo portrait de Denis Cristol, chercheur associé à Paris-Nanterre, équipe Apprenance, et directeur Innovation et pédagogie de l’association Progrès du management

Denis Cristol (DR)

Favorisons la facilitation des cercles d’apprentissage (Denis Cristol)

Par Denis Cristol, directeur « innovation et pédagogie » de l’APM (Association pour le progrès du management), chercheur associé à l’Université Paris Ouest Nanterre.

Par - Le 04 mars 2022.

En faisant le bilan de la loi du 5 mars 2018, les partenaires sociaux ont ouvert la voie à une réforme de la formation professionnelle articulée autour de 7 grands thèmes et de 49 propositions :

  • Encourager durablement le recours à l’alternance,
  • Professionnaliser l’utilisation du CPF et valoriser les nouvelles modalités de parcours,
  • Faire du développement des compétences des salariés un enjeu stratégique des entreprises,
  • Simplifier le système de certification au bénéfice des utilisateurs,
  • Créer les conditions d’un pilotage éclairé de la formation professionnelle,
  • Financer le système,
  • Poursuivre le chantier des transitions professionnelles (notamment intersectorielles).

Les prochaines échéances électorales sont une opportunité pour toutes les parties prenantes de s’exprimer et de suggérer des évolutions de notre système de formation professionnelle et d’apprentissage.

Dans le cadre de sa mission publique d’information et de contribution au débat public, Centre Inffo rend d’ores et déjà compte du point de vue des candidats, des élus régionaux, des partenaires sociaux, des organisations professionnelles, des professionnels, etc.

De manière complémentaire, dans un esprit de débat éclairé, nous souhaitons aussi donner la parole à des experts reconnus et publier leurs contributions en prenant appui sur nos différents supports d’information, spécialisés et reconnus des acteurs de la formation professionnelle continue, de l’apprentissage et de l’évolution professionnelle.


La tribune de Denis Cristol:

L’éducation populaire puise en France ses racines dans la résistance. Elle est résolument centrée sur l’intérêt général, elle a produit de nombreux mouvements socioculturels s’intéressant aux plus fragiles, aux questions sociétales ou intergénérationnelles, au développement local. La démultiplication des initiatives associatives contribue à maintenir des liens quand les grandes institutions sont fragilisées par les fractures rencontrées.

Micro-collectifs informels

De façon informelle, les promoteurs des mouvements associatifs ont acquis des savoir-faire remarquables pour engager l’action avec des bénévoles. Des micro-collectifs informels fonctionnent également en proximité en dehors des décomptes officiels et ne s’embarrassent même pas du statut juridique associatif pour se consacrer pleinement à leur vocation. Dans ce secteur de la vie sociale, en quelques années, les pratiques de facilitation ont progressé et avec elles, celles du dialogue en cercle, qui pourrait être une espérance pour la démocratie.

Emergence de la figure du facilitateur

Une grande variété de communauté d’intérêt, de cercle de dialogue et d’apprentissages s’est développée dans tous les compartiments de la vie sociale avec pour corollaire d’une part l’approfondissement de l’objet de mission et des liens entre les membres et d’autre part une opportunité d’affiner ses capacités relationnelles. Ces qualités sont essentielles, car, la démocratie intérieure l’apaisement de ses propres tensions est au cœur de la Démocratie.  Les pratiques de dialogue pourraient apporter au vivre ensemble un surplus de respect dont nous prive trop souvent les débats politiques houleux. Et si ces pratiques vivifiaient la société dans tous ses compartiments en mettant au centre des échanges l’envie de partager ? Une figure : le facilitateur émerge de même qu’une posture la facilitation. Rappelons que faciliter c’est rendre facile. C’est faire en sorte que le groupe apprenne par lui-même les conditions de son développement. Il est possible de se demander si la facilitation pratiquée à grande échelle pourrait diffuser dans les entreprises, les école, les hôpitaux, les administrations etc. de nouvelles pratiques relationnelles basées sur l’apprentissage de tous par tous ? Comme un sachet de thé dans l’eau chaude, la facilitation pourrait apporter une chaleur, une saveur et une douceur apaisante.

Passerelles entre des sphères d’intérêt disjointes

L’intuition de ce texte est le déploiement de la pédagogie des cercles des fonctions et rôles de facilitation pour renforcer le vivre et apprendre ensemble. Il serait utile d’en reconnaître les vertus et d’en promouvoir les pratiques à l’échelle du pays entier. Faire d’une pratique pédagogique de qualité une véritable « politique publique », par exemple former gratuitement les facilitateurs de cercles, permettrait sans nul doute que ceux-ci se rencontrent. C’est autant d’opportunité de décloisonner et de créer des passerelles entre des sphères d’intérêt disjointes. Créer des observatoires des pratiques de la facilitation en intelligence collective mettrait l’accent sur les conditions favorables au développement de l’apprenance collective, ce « désir d’apprendre ensemble » préalable incontournable au vivre ensemble. Cette pratique sociale à la base de sociétés démocratiques exemplaires au Nord de l’Europe serait un moyen de favoriser les transitions qui nécessitent d’agir de concert avec célérité.

Promouvoir l’autoformation collective

De la même façon qu’après-guerre on a su inventer la « formation professionnelle » avec ses méthodes, ses discours, ses pratiques, il semble venu le temps d’inventer la facilitation et de promouvoir l’autoformation collective. Après l’économie de la connaissance, il y a de la place pour une humanité de la connaissance. Ce serait une opportunité d’apprendre à faire face en intelligence collective aux défis qui sont devant nous.

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