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En marche pour l’organisation des Olympiades des métiers mondiales en France

Par - Le 02 février 2015.

Le rideau est tombé ce samedi 31 janvier sur les 43es finales françaises des Olympiades des métiers, après trois jours de compétition à Strasbourg. La suite de l’aventure se déroulera en août, à São Paulo, où les 49 médaillés d’or auront la charge de représenter la France face aux candidats de 72 pays.

Désormais, l’objectif, c’est 2019 et le choix de la ville qui abritera les prochaines épreuves. Charleroi en Belgique ? Kazan, la capitale du Tatarstan russe ? Ou Paris, comme le souhaite Worldskills France ? Un intense travail attend la délégation française, d’autant que, côté russe, le président Vladimir Poutine s’est engagé personnellement à soutenir la candidature de son pays.
Pour Actualité de la formation.fr, Michel Guisembert, le président de Worldskills France, revient sur la compétition qui vient de s’achever et trace quelques perspectives d’avenir.

Un commentaire sur l’ambiance générale de ces trois jours de compétition ?

Michel Guisembert – Franchement, c’est magnifique ! Autant d’énergie et d’intelligence réunies dans un même endroit… J’aimerais vraiment féliciter tous ceux qui ont permis cela : les organisateurs, les 400 partenaires (institutionnels, entreprises, sponsors, etc.) qui nous ont dit : “Banco !” lorsque nous leur avons proposé d’accompagner l’événement, les 8 000 bénévoles qui se sont dévoués, les politiques alsaciens — ville, métropole et région — qui ont su agir en bonne intelligence au-delà des clivages partisans. Mais aussi les maîtres d’apprentissage, les enseignants, les dirigeants d’établissement et les employeurs qui ont permis à ces 823 jeunes d’être là aujourd’hui. Et les Conseils régionaux qui, au cours des deux ans passées, se sont impliqués dans l’organisation des sélections régionales.

Pas toutes, justement. Il y a encore des Régions réfractaires à l’idée d’organiser ces sélections sur leur territoire…

M. G. – C’est vrai. Autant certains Conseils régionaux nous suivent depuis longtemps (Aquitaine, Pays de la Loire, Nord-Pas-de-Calais), autant le Poitou-Charentes et la Haute-Normandie restent hostiles aux Olympiades des métiers. Question de choix stratégiques : ces Régions préfèrent privilégier l’éducation populaire et les cursus universitaires plutôt que la promotion de l’apprentissage et des métiers techniques. C’est dommage. Du coup, dans ces régions, c’est Worldskills France qui prend directement en charge l’organisation des sélections régionales. Et puis, cette année, ni la Polynésie française, ni la Guyane n’étaient représentées. Cela devrait être corrigé en 2019.


Au-delà de l’événement en lui-même, pensez vous que ces Olympiades vont entraîner un engouement pour les métiers manuels et techniques et les cursus en apprentissage ?

M. G. – Je l’espère. 30 000 jeunes sont reçus durant ces trois jours, dont 10 000 dans le cadre de parcours de découverte des métiers. Tous ces jeunes deviendront à leur tour des ambassadeurs des savoir-faire dont ils ont pu voir les démonstrations ici auprès de leurs enseignants, de leurs parents ou des professionnels de l’orientation (CIO, centres d’information jeunesse, etc.). Bien sûr, il y a toujours le risque qu’une fois l’émotion des Olympiades passées, les orienteurs en reviennent au classique “passe ton bac d’abord”. Mais, malgré tout, cela pourra peut-être créer des vocations et une appétence pour les métiers techniques. C’est d’ailleurs déjà arrivé. En Finlande, avant 2005 et l’organisation de la compétition à Helsinski, le ratio de l’orientation des jeunes était de 60 % pour les filières généralistes et 40 % pour les filières techniques. Après la compétition, il s’est inversé.

Pourtant, depuis le 1er janvier, la majeure partie de la taxe d’apprentissage destinée, entre autres, à financer les cursus présents à Strasbourg durant ces trois jours, sera confiée aux Conseils régionaux. Avec le risque de voir ceux-ci faire des choix drastiques en termes de financement des centres de formation…

M. G. – Il fallait bien trouver une solution pour le pilotage des fonds de l’apprentissage. C’est une responsabilité importante et le choix des Conseils régionaux se justifie. Il faut cependant qu’ils ne tombent pas dans le piège de ne considérer l’apprentissage que sous le seul angle financier et qu’ils comprennent qu’une politique réussie nécessite la recherche constante de partenariats. Avec les entreprises, avec les branches professionnelles.


Revenons-en à la candidature de Paris pour les prochaines compétitions internationales des Olympiades des métiers en 2019. Quelles raisons poussent Worldskills France à avoir avancé cette candidature ?


M. – G. –
Nous sommes arrivés à un carrefour où je me rends compte que l’apprentissage des métiers techniques est un sujet récurrent lorsqu’on évoque les politiques d’emploi des jeunes, sans compter la réalité du risque de la perte d’un certain nombre de savoir-faire et de compétences dont notre pays a besoin dans la compétition mondiale. Mais il manque un moment particulier, un événement transversal où ce sujet pourra vraiment être mis en avant. Je suis persuadé qu’il peut y avoir un “effet Olympiades” sur le regain d’intérêt pour ces métiers. Lors des dernières compétitions, j’ai pu remarquer que la France restait plutôt bonne dans les domaines du bâtiment, de la mode, de l’alimentation… mais pour ce qui concerne l’industrie, par exemple, il existe une véritable émergence des pays asiatiques ou du Brésil… Cette nouvelle donne doit nous interroger sur la place de notre pays. L’organisation de ces Olympiades à Paris peut constituer un vecteur d’intérêt pour les métiers de l’industrie et la réindustrialisation française.

Deux pays se placent en concurrents pour 2019. La Belgique et la Russie…

M. G. – La candidature belge est surtout portée par la ville de Charleroi. C’est normal. C’est une ancienne cité industrielle aujourd’hui en souffrance qui a besoin d’un événement pour inciter à y ramener de l’activité. Pour la Russie, c’est différent. Ce pays veut s’imposer dans le paysage mondial comme un organisateur d’événements internationaux. Après les Jeux olympiques d’hiver de Sotchi en 2014, Vladimir Poutine veut continuer sur cette lancée en accueillant les Wordlskills 2019. Probablement à Kazan. Le président russe s’est d’ailleurs engagé personnellement dans le soutien de ce projet.

Face à cela, que peut la France ?

M. G. – François Hollande s’est engagé devant Worldskills France a soutenir la candidature de Paris. Plusieurs ministères sont mobilisés dans ce sens : les Affaires étrangères, le Travail, l’Artisanat, l’Éducation nationale… Worldskills France avait jusqu’au 26 janvier pour envoyer la candidature de Paris. Nous avons signé le document le 18 décembre. La suite des événements, c’est l’arrivée d’une délégation de Worldskills International entre avril et mai prochain pour évaluer les chances de la France. Nous avons fait le choix du Parc des expositions de la Porte de Versailles, à Paris 15e, pour les compétitions, et du Palais Omnisports Paris-Bercy pour les cérémonies d’ouverture et de clôture. La décision finale sera prise en août prochain, à Sao Paulo dans le cadre d’un vote des pays adhérents à Worldskills International sur le principe “Un pays, une voix”. Souhaitons-nous bonne chance !

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