“La formation est le dernier secteur avec une gestion paritaire au sens politique du terme” (François Hommeril, Opca Défi)

Par - Le 28 février 2015.

Le président d’Opca défi, l’organisme collecteur de la chimie, a accordé un entretien au Quotidien de la formation, vendredi 27 février.

Que pensez-vous des critiques du dernier rapport de l’Igas, notamment sur le manque de contrôle interne et externe au sein des Opca ?

François Hommeril : D’une manière générale, aucun secteur ne cumule autant que le nôtre de critiques de mauvaise foi, et subit le feu d’autant de contrevérités. La contrevérité la plus courante porte sur les fameux 35 milliards d’euros de la formation professionnelle, alors qu’en réalité les fonds mutualisés du secteur privé se limitent à 4,5 milliards d’euros, et c’est cette somme que gèrent les Opca.

Comment expliquez-vous ces critiques récurrentes ?

FH : Le fonctionnement de la formation professionnelle compte beaucoup d’ennemis car c’est le dernier lieu où il existe un réel paritarisme au sens politique du terme. Les autres secteurs régis par le paritarisme sont tous plus ou moins passés sous tutelle de l’État, même si ce dernier intervient au FPSPP [ 1 ]Fonds paritaire de sécurisation des parcours. ou au Cnefop [ 2 ]Conseil national de l’emploi, la formation et l’orientation professionnelles. via des personnalités qualifiées, qui ont plus de poids en termes de représentativité que les partenaires sociaux. Il existe très peu d’endroits où les partenaires sociaux partagent des objectifs comme dans les CPNE [ 3 ]Commission paritaire nationale de l’emploi. de branche. Il y a des divergences bien sûr qui donnent lieu à des discussions, mais il y a peu d’autres secteurs où les organisations patronales et salariales se mettent d’accord et gèrent une activité comme le développement de la formation professionnelle.

Comment la réforme du 5 mars impacte-t-elle votre activité ?

FH : La plus grosse difficulté pour nous est de définir une politique interbranche entre les 4 secteurs que nous couvrons, la chimie, la plasturgie, l’industrie du médicament et du pétrole. Ce sont des branches très différentes, par exemple la structuration du secteur industriel du pétrole et de la plasturgie sont totalement à l’opposé. C’est une des conséquences de la réforme précédente qui a conduit les Opca à fusionner pour atteindre le montant de collecte minimum exigé par la loi, mais cela suppose de définir une stratégie interbranche, ce qui est particulièrement complexe. La loi précise à trois reprises que c’est l’accord de branche qui doit définir la stratégie de l’Opca, mais dans les faits, presque tous les Opca sont interbranches, ce qui complexifie considérablement la tâche pour bâtir une politique sur mesure.

Redoutez-vous une baisse des montants collectés et des difficultés financières avec les réformes induites dans le champ du financement ?

FH : Nous estimons que nous aurons à faire face à une baisse globale de la collecte de 10 à 15 %, mais nous ne devrions pas connaître de difficultés économiques, car nos équipes sont bien dimensionnées pour les besoins auxquels nous devront faire face en 2015 et 2016. La grosse interrogation concerne le versement volontaire au titre du plan de formation, nous travaillons actuellement pour proposer une offre de formations précise et adaptée aux besoins des entreprises. Ce sont ces dernières qui décideront, seulement dans de nombreuses PME c’est le comptable qui choisira en fonction de critères financiers, car il n’y a pas nécessairement suffisamment de ressources, pour mettre en place une politique de formation efficiente. Nous refusons d’entrer dans cette logique de nivellement par le bas, qui en plus est en contradiction avec les objectifs que fixe la loi sur la qualité.

Notes   [ + ]

1. Fonds paritaire de sécurisation des parcours.
2. Conseil national de l’emploi, la formation et l’orientation professionnelles.
3. Commission paritaire nationale de l’emploi.

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