Sécurisation des parcours et territoires : tous pour un, un pour tous

« Tout le monde est d’accord avec ce « tous pour un, un pour tous », mais comment faire ? », a interrogé Jacques Bahry en introduction des débats de la table ronde, animée par Régis Roussel du Centre INFFO, qui s’est tenue le 24 janvier à l’Université d’hiver de la formation professionnelle à Arles.

Par - Le 25 janvier 2008.

Paradoxalement, la première partie des débats a été consacrée plutôt à définir la notion d’insécurité. Pour Marie-Laure Meyer, conseillère régionale d’Ile-de-France, l’insécurité ne concerne pas seulement la formation, mais englobe aussi la sphère professionnelle, les conditions de vie, de logement, etc. Jean-Claude Tricoche, secrétaire national de l’Unsa, estime quant à lui que l’insécurité s’explique surtout parce que la plupart des droits sont attachés au contrat de travail. Et que ceci est toujours vrai, même si les syndicats se sont « attaqués» au problème. Et il a cité en exemple leur action pour ne pas accepter n’importe quel type de flexibilité : certaines sont justifiées économiquement et d’autres inacceptables, ou encore leur volonté de développer les compétences des salariés, notamment par la formation, pour assurer leur maintien dans l’emploi. Pour René Bagorski, conseiller confédéral CGT, parler de sécurité professionnelle, c’est ipso facto reconnaître l’existence de l’insécurité. Il regrette que celle-ci soit pratiquement toujours évoquée par rapport aux salariés, car « elle concerne aussi des millions d’individus hors de l’entreprise ». Pour Olivier Las Vergnas, directeur de la Cité des métiers à Paris, au-delà des raisons de l’insécurité, la vraie question à se poser est : « Qu’est-ce que l’individu peut faire de son sentiment d’insécurité, à qui peut-il s’adresser ? »

Deuxième point abordé à cette table ronde : quelle articulation branche-territoire et en premier lieu quelle coordination des partenaires sociaux à l’échelon régional ? Daniel Jamme, secrétaire général de l’union régionale CFDT Basse-Normandie, déplore qu’« il existe une vraie difficulté des partenaires sociaux à être cohérents sur un territoire ». Ils sont certes présents à l’échelon régional, mais en ordre dispersé, dans les Opca, les Opacif, les Assedic, etc. Il regrette beaucoup que les Copire (Commissions paritaires interprofessionnelles régionales), qui fonctionnent souvent « au ralenti », ne soient pas les lieux privilégiés de coordination des partenaires sociaux régionaux. Il considère que ceux-ci devraient se concerter au sein de ces instances pour définir leurs grandes orientations régionales qui seraient ensuite portées par les représentants syndicaux dans les différentes structures. Alain Druelles, chef du service formation professionnelle continue au Medef, ne partage pas cette analyse. Cependant, il accorde une place très importante aux Copire qui « peuvent contribuer à donner beaucoup de liant à l’ensemble du système paritaire » et prévoit qu’« un des objectifs de la prochaine négociation sur la formation sera en partie de créer les conditions de cette coordination ». René Bagorski explique que pour la CGT, les Copire doivent jouer le rôle d’instances de concertation et ce qui lui paraît le plus important est « un lieu où seraient mis en synergie l’ensemble des moyens ». Jean-Claude Tricoche constate « qu’il n’existe pas en France de tradition de la négociation collective territoriale chez les partenaires sociaux ». Et il cite les travaux de la commission Evaluation du CNFPTLV sur les contrats d’objectifs territoriaux qui illustrent « l’incapacité du système à articuler branche et territoire », et qui révèlent que les acteurs sociaux ne se sont pas outillés en conséquence sur les territoires. Il considère qu’il faut un pilote sur les politiques territoriales.

Et le rôle de l’Etat dans cette configuration régionale ? Roger Moncharmont, DRTEFP délégué en région Paca, estime que, sans nier bien sûr leur importance, ni celle de l’échelon infrarégional, il ne faut pas « survaloriser les territoires qui ont une cohérence nationale ». Et pour prendre en compte la sécurisation des parcours, il plaide notamment pour un ajustement local des missions de l’État, la permanence d’un service public de proximité, l’aptitude des entreprises à travailler en réseau et l’existence de ressources, d’une expertise sur les territoires.

Enfin, Yves Obré, secrétaire permanent du CCREFP (Comité de coordination régionale pour l’emploi et la formation professionnelle) a apporté une note d’optimisme. « Les différentes instances du Nord-Pas-de-Calais ont développé des modalités de coopération efficaces pour éviter ou gérer les ruptures de parcours professionnels, (nombreux licenciements, taux d’illettrisme particulièrement élevé », se félicite-t-il. Le CCREFP fonctionne bien et travaille en partenariat avec toutes les autres instances publiques et privées (Copire, Carif, Anact, CCI, etc.). Ces coopérations — où chacun garde son identité propre — ont permis de mettre en place, par exemple, une conférence des financeurs et les travaux du CCREFP (VAE, alternance, illettrisme …) ont été pris en compte dans le Schéma régional des formations. Et de conclure: « Ce n’est pas facile mais des possibilités de travail conjoint existent. »

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