Poitou-Charentes ausculte son service public régional de formation

Par - Le 11 octobre 2010.

Mesurer l’efficacité du service public régional de formation (SPRF) sur les stagiaires de la région, juger de l’appropriation des exigences du SPRF par les organismes de formation (en termes d’organisation, de développement de pratiques individualisées, etc.) et leurs relations partenariales, tel est l’objet d’une partie de l’évaluation conduite pour le compte du Conseil régional par le Centre de recherche sur l’intégration économique et financière (Crief), laboratoire de l’Université de Poitiers.

Un an déjà que la région Poitou-Charentes a instauré son SPRF, ce qui est en soi une bonne raison pour évaluer le dispositif, mais pas seulement « Nous rencontrons un problème important. Nous avons 3 000 places de formations disponibles en permanence et seulement 1 500 sont prises », constate Sylvie Petitjean, directrice de l’éducation et de la formation à la Région lors d’un entretien accordé au Quotidien de la formation. « Nous voulions une évaluation quantitative et qualitative pour voir si nous atteignons les objectifs que nous nous sommes fixés ». Avant qu’un rapport d’évaluation intermédiaire ne soit rendu en fin d’année, une note du laboratoire chargé de mesurer l’efficacité du SPRF sur les stagiaires fait part d’une bonne nouvelle, le public visé est atteint : plus de 82 % des stagiaires ont un niveau inférieur ou égal au niveau V et plus de 20 % n’ont aucune qualification.

Autre enseignement, le délai moyen d’attente entre la prescription et l’entrée en formation est de 52 jours avec une forte hétérogénéité entre les individus. Mais ce qui interpelle le plus Sylvie Petitjean dans cette partie de l’étude, ce sont les motifs d’abandon de la formation. Si plus de 19 % des stagiaires préfèrent prendre un emploi que de continuer leur stage, 18 % s’en désintéressent en invoquant des problèmes d’orientation. Pour la directrice de la formation, le problème est en amont: « En Poitou-Charentes, Pôle emploi éprouve beaucoup de difficulté à faire face à la demande et à faire de vraies prescriptions de formation. Les gens font comme ils peuvent, se retrouvent dans des formations pas adaptées et du coup abandonnent ». Elle estime que la plateforme centralisée de prescription mise en place par Pôle emploi fait un diagnostic réduit et surtout n’offre pas d’accompagnement.

Côté organismes de formation, le bilan fait état d’une adhésion plutôt forte « Ce qui est très intéressant, c’est le sentiment qu’il se passe quelque chose de différent entre les organismes de formation et la Région. Ce sont des relations qui vont au-delà de celles qui existent entre financeurs et prestataires », se félicite Sylvie Petitjean. Les opérateurs jugent le SPRF plus complexe à mettre en oeuvre que l’ancien système des marchés, même s’ils s’y sont adaptés. Certains organismes ont noté que la nature du public qu’ils accueillaient dorénavant, chômeurs avec un faible niveau de qualification initial, était un changement majeur, surtout s’ils présentent de lourdes difficultés extérieures à la formation (problèmes personnels, de comportements, etc.)

En revanche, il s’avère que les formateurs sont moins touchés que les autres par les changements générés par le SPRF. Une situation à laquelle la directrice donne deux explications opposées : « soit l’organisation est parfaite et les formateurs ne souffrent pas du changement. Soit l’organisation commence à bouger, et ils n’ont pas encore senti les impacts et ce que l’on attend d’eux ». La suite de l’enquête qualitative devrait apporter des réponses. Un troisième axe d’évaluation qui doit analyser le modèle économique sera également prochainement révélé.

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