L’apprentissage à l’allemande, toujours efficace malgré un fléchissement relatif

Le système dual allemand, c’était mieux avant ? On pourrait le penser, à entendre les représentants des organisations syndicales et patronales rencontrées à l’occasion d’une visite de l’Association des journalistes de l’information sociale à Berlin, les 17 et 18 novembre.

Par - Le 21 novembre 2014.

En 2014, 20 % des entreprises allemandes formaient des jeunes en alternance. Contre 25 % il y a dix ans et 30 % il y a vingt ans. «Un nombre croissant d’entreprises abandonnent leur offre de formation. Les petites et moyennes entreprises manquent de ressources pour encadrer les jeunes, car il faut un formateur présent sur place, ce qui pose problème à ces petites structures. D’autres entreprises, de même taille ou plus grandes, abandonnent leur activité de formation en raison d’une tendance à la filialisation et à la réduction du nombre de salariés par entité. Malheureusement, de nombreuses entreprises préfèrent recourir à une main-d’œuvre intérimaire bon marché plutôt que de former des jeunes », explique Mario Patuzzi, responsable de la politique générale en matière de formation professionnelle au sein de la fédération des syndicats allemands (DGB).

un investissement de 15 000 euros par personne et par an

Sans surprise, Barbara Dorn, responsable de la direction de la formation professionnelle au sein de la Confédération des associations patronales, ne partage pas ce point de vue. « L’Allemagne est marquée par une longue tradition qui veut que les milieux économiques assument la responsabilité de la formation initiale des jeunes. En moyenne, les entreprises allemandes, qui prennent en charge intégralement la rémunération des jeunes en formation professionnelle, investissent 15 000 euros par an et par personne, un chiffre considérable », décrit la dirigeante patronale.
Pour autant, Barbara Dorn s’inquiète d’un fléchissement relatif de la formation duale. « L’an dernier, ont été signés 4% de moins de contrats d’apprentissage qu’il y a dix ans. Depuis 2000, 30 000 places non pourvues enregistrées chaque année auprès de l’agence fédérale. Mais en réalité, ce sont 100 000 places qui ne sont pas pourvues, car toutes ne sont pas comptabilisées. »

Le système fonctionne à cause d’une bonne adéquation

De son côté, la DGB pointe un problème d’adéquation entre l’offre et la demande de formations (« matching » en anglais, le mot employé par les organisations patronales et syndicales et par le gouvernement fédéral allemand). « Quand on analyse les places non pourvues, on se rend compte qu’il s’agit de postes de formation mal payés, et souvent, les jeunes sont utilisés comme une main-d’œuvre bon marché », souligne Mario Patuzzi. Pour faire face à ce problème structurel, la DGB revendique la création d’une garantie de formation au bénéfice des jeunes. L’agence fédérale pour l’emploi proposerait obligatoirement trois offres de places, et le jeune pourrait choisir librement l’option qui lui convient. « Inacceptable » pour le patronat. « Cette revendication vieille comme la DGB signerait la fin du système dual qui a fait le succès de notre pays. Le choix de la formation doit relever de l’entreprise, en fonction de ses besoins, et non des souhaits des jeunes. C’est parce qu’il y a aujourd’hui une bonne adéquation que le système fonctionne et que le chômage des jeunes, à 7,5 %, est très bas », rétorque Barbara Dorn.

Bientôt un organisme pour accompagner jeunes et entreprises

Laquelle considère que les adhérents de la BDA sont « de plus en plus confrontés à des jeunes qui ne disposent pas des prérequis indispensables. Ceci étant, il revient aux entreprises de former des jeunes moins doués, sans exclusive, car nous ne pouvons bien sûr pas inventer les jeunes à former ! Nous devons assumer notre mission de formation avec les jeunes disponibles sur le marché. C’est pourquoi nous avons élaboré un instrument de formation assistée, une aide aux jeunes par des activités socio-pédagogiques et une aide aux entreprises par l’intermédiaire de stages de formation destinés aux formateurs. Un organisme dédié à cet accompagnement aux jeunes et aux entreprises sera prochainement créé. Par ailleurs, nous avons créé un dispositif de seconde chance destiné aux 1,3 million de jeunes qui n’ont pas réussi à terminer leur formation. Il faut reconnaître que les entreprises sont de plus en plus enclines à faire des compromis quant au choix des jeunes à former. D’autre part les jeunes sont l’objet plus de pression pour se lancer dans des formations. En effet, les agences pour l’emploi supervisent les jeunes pour s’assurer qu’ils cherchent bien une formation. S’ils ne le font pas, il risquent de ne plus toucher l’aide sociale », détaille-t-elle.

Tandis que la DGB met plutôt l’accent sur les laissés pour compte de la formation professionnelle. La confédération cite le chiffre de 250 000 à 300 000 jeunes qui ne trouveraient pas une formation. Un chiffre dix fois supérieur aux statistiques ministérielles et patronales. « Les syndicats comptabilisent tous les jeunes qui ont eu envie de faire une formation mais ce n’est pas pertinent. Seuls doivent être recensés ceux qui ont demandé une formation et qui n’ont pas choisi une autre voie après avoir formulé ce vœu. Ces jeunes qui se retrouvent sans rien sont en effet dans une situation difficile. Mais ils sont dix fois moins nombreux que ce qu’avance la DGB  », objecte Barbara Dorn.

Au-delà de leurs divergences, patronat et syndicats allemands se rejoignent sur un point principal : la réussite globale du système dual. « Les entreprises peuvent former leur propre main d’œuvre qualifiée, la relève est donc assurée, une sacrée garantie pour les entreprises. Quant aux jeunes, la formation professionnelle en fait des travailleurs qualifiés capables de bien gagner leur vie  », résume Mario Patuzzi.

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