L’appropriation de la réforme par l’utilisateur, un processus en cours (16ème UHFP)

Par - Le 31 janvier 2019.

De nombreuses étapes dans la construction de la réforme de la formation professionnelle ont été franchies depuis l’édition 2018 de l’Université d’Hiver a rappelé Carine Chevrier, déléguée générale à l’emploi, et à la formation professionnelle lors d’une table ronde consacrée à sa mise en œuvre mercredi 30 janvier à Biarritz. Mais si le texte de loi et les principaux décrets ont posé le cadre de la structure et des dispositifs, concertations et groupes de travail sont encore très actifs : « On est certes dans la mise en œuvre et dans la co-construction, mais nous avons encore à travailler en ce début d’année » a indiqué la déléguée. En attente : l’ANI pour la constitution des commissions paritaires interprofessionnelles régionales (pour accompagner les salariés dans leurs transitions professionnelles), un guide de travail sur le conseil en évolution professionnelle, le périmètre des Opco et l’apprentissage dont les coûts contrats et le complément des régions ne sont pas encore définis.

Appli CPF

Autre chantier en cours, la version 2 de l’application CPF, celle qui permettra à l’utilisateur de consulter son compte personnel de formation, choisir sa formation, activer ses droits et s’approprier la réforme. C’est à la mi-novembre que 33 millions de comptes actifs pourront y figurer, a indiqué Michel Yahiel, directeur des retraites et de la solidarité à la Caisse des dépôts et consignations en charge de son développement. « Cette appli doit être utilisable de bout en bout, sans rupture dans le parcours de la personne. Elle constitue le premier levier de l’autonomie de l’utilisateur. Muni de cet outil, il est plus aisé de s’en servir que de faire des allers-retours avec l’Opca, ou l’Opco ou d’autres organismes » estime-t-il. Un outil qu’il veut facilitateur, à défaut d’être convivial, pour ne pas être une contrainte.

Mais Michel Yahiel ne pense pas que « l’outil, si bien pensé soit-il, si bien développé soit-il, soit la seule réponse au défi immense de l’appropriation de la réforme ». L’accès à la formation passera aussi par « la mobilisation de l’écosystème. Des pouvoirs publics, et les RH des entreprises »

Nécessaire accompagnement

Côté syndicats de salariés on craint que les individus ne soient pas forcément les mieux armés pour faire leurs choix. « Au-delà du CEP, il faut penser d’autres formes d’accompagnement et différents champs sur lesquels l’accompagnement puisse s’exercer. Il y a besoin de garde-fous puisque la loi supprime tout ce qui est intermédiation. » prévient Christine Savantré, de l’Unsa. Et le recours au Conseil en évolution professionnelle n’étant pas automatique, elle redoute que la situation de ceux qui ont le moins accès à la formation perdure.

Michel Beaugas, secrétaire confédéral chargé de l’emploi, l’assurance chômage et la formation professionnelle à Force ouvrière, estime quant à lui que l’individualisation et la monétisation du CPF « peut conduire à une espèce de consumérisme » qui pourrait mener l’individu à choisir une formation pas forcément favorable à son emploi ou à subir des sollicitations pour dépenser les euros de son CPF. « Il n’y a pas de liberté sans être bien accompagné  » estime-t-il. Il regrette que cette prestation soit dorénavant soumise à appel d’offres au marché privé, et que les Fongecif n’aient pas été choisis, au même titre que 4 autres opérateurs [ 1 ]Pôle emploi, l’Apec, les Missions locales et Cap emploi, comme pouvant la délivrer. Il souhaite que l’entretien professionnel soit désigné comme « le moment où on parle de formation  » et que soit alors fait mention du CEP le plus proche du salarié, pour qu’il sache « que cela existe et que c’est gratuit »

Notes   [ + ]

1. Pôle emploi, l’Apec, les Missions locales et Cap emploi

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