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Un premier Hackathon pour imaginer les futurs applications du portail CPA

Des geeks, des énarques, des professionnels de l’emploi et de l’innovation numérique assis aux mêmes tables pour réfléchir ensemble sur les futures applications de la plateforme du compte personnel d’activité (CPA). C’était l’objet du Hacktahon — l’un de ces « marathon d’idées » popularisés par Mark Zuckerberg, le créateur de Facebook — organisé les 8 et 9 avril au sein de l’École 42 à l’initiative du ministère du Travail.

Par - Le 11 avril 2016.

« Vous croyez qu’on a le droit de sortir fumer pendant que les ministres sont là ? » Cheveux mi-longs, barbiche et gobelet de café à la main, Hugo ne semble pas plus stressé que ça par la présence de la ministre du Travail, Myriam El Khomri, et de son homologue au Numérique, Axelle Lemaire, à quelques mètres de lui dans les locaux de son école d’informatique. Comme une centaine d’autres compétiteurs, Hugo participe à l’un des huit ateliers thématiques du « Hackathon CPA », organisé les vendredi 8 et samedi 9 avril dans les locaux de l’École 42, le centre de formation à la programmation pour petits génies de l’informatique fondé par Xavier Niel, le patron de Free. « Oui, vous pouvez sortir, il faudra juste être un peu discret… », lui glisse un membre du staff à l’oreille. Hugo est soulagé. Ce futur programmateur informatique retourne s’asseoir à sa table de travail qu’il partage avec d’autres étudiants venus, comme lui, de la 42, mais aussi de l’ENA, de l’Essec, de Cesacom ou de l’Université Paris-Marne-la-Vallée . A la même table sont également installés des agents des administrations du travail (Pôle emploi, DGEFP, Dares…) ainsi que des professionnels publics ou privés de l’innovation numérique et des RH (LabRH, Cap Digital, Apec, SGMAP….). Tous venus plancher en commun, indépendamment des statuts des uns et des autres, dans le même atelier consacré aux « parcours numérique des usagers » du futur site Internet dédié au compte personnel d’activité.

« Un GPS de la formation »

Durant deux jours, les neurones ont turbiné, dans les sous-sols du 96, boulevard Bessières. L’objectif de ce « marathon d’idées » lancé par la ministre du Travail ? Imaginer les futures applications qui nourriront la plateforme d’information dédiée au CPA et permettront son articulation avec d’autres données venues de sources extérieures (prestataires privés de recherche d’emploi, données de Pôle emploi, etc.). « L’État est passé d’une logique de portail à une logique de plateforme », explique Pierre Piezzardi, animateur de start-ups d’État au sein du Secrétariat général pour la modernisation de l’action publique (SGMAP), un service relié directement à Matignon. « L’enjeu, ce n’est plus de proposer un site web recensant toutes les possibilités induites par le CPA, mais de permettre de connecter au sein d’une unique plateforme toutes les données qui peuvent intéresser l’usager et lui servir dans sa recherche de formation ou d’emploi. » Un système baptisé « France Connect » très inspiré de celui développé par Facebook qui permettra d’agglomérer des données issues de tous les sites, publics ou privés, susceptibles de répondre aux attentes des usagers et tenant compte non seulement de leurs désidérata en matière de formation, mais aussi de leur situation personnelle.

Et en la matière, les possibilités d’interactions sont nombreuses: « L’un des ateliers est consacré à la question spécifique des freins à l’emploi comme les problématiques de logement ou même de garde d’enfants », indique Myriam El Khomri. « On peut imaginer que la future plateforme CPA puisse proposer des liens vers les organismes de garantie locative pour faciliter la mobilité des usagers. L’idée finale, c’est que le site devienne un outil le plus informatif et le plus simple d’utilisation possible pour les citoyens, comme l’ont d’ailleurs rappelé les députés de la commission des affaires sociales lors de l’examen du projet de loi Travail à l’Assemblée nationale » (lire). « L’ambition, c’est de pouvoir fournir un véritable GPS de la formation aux usagers », complète Axelle Lemaire, la secrétaire d’État au Numérique.

Travail collaboratif

Huit thématiques étaient donc soumises à l’étude aux cogitations du Hackathon : « Financer et déclencher une formation, certifier la qualité de son parcours professionnel », « Employabilité, entrée et sortie de l’emploi », « Les environnements de travail », « Parcours numériques des usagers », « Les formes atypiques de travail », « Le CPA comme banque de temps », « Carrières et transitions » et « Architecture et accès aux données ». « C’est vrai que pour nous, c’est une nouvelle façon de travailler de manière collaborative. L’expérience est inédite », avoue Anne-Sophie Grave, directrice des retraites et de la solidarité à la Caisse des dépôts et consignations, l’organisme qui hébergera la future plateforme comme elle accueille déjà le site dédié au compte personnel de formation (CPF).

Mais au-delà du simple exercice intellectuel, l’objectif final reste quand même de pouvoir transcrire les résultats de ces deux jours de cogitations en applications pratiques. Autant dire que l’affaire est sérieuse pour les participants puisque samedi soir, au terme du marathon, deux des projets sélectionnés par le jury ont quitté le domaine du virtuel pour être mis en chantier et transformés en services en ligne qui figureront sur la plateforme CPA lors de son lancement, au 1er janvier prochain.

Les autres projets ne sont pas pour autant à jeter dans les poubelles des idées avortées car des organismes publics ou des patrons de start-ups pourraient bien être tentés de les repêcher pour nourrir — qui sait? — le site CPA dans les années à venir.

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