Entretien avec Monique Iborra, députée de Haute Garonne, première vice-présidente du Conseil régional de Midi-Pyrénées, en charge de l’emploi, de l’insertion, de la formation professionnelle, de l’apprentissage et de la politique de la ville.

Par - Le 01 août 2009.

“Une volonté de recentralisation qui en annonce d’autres”

Monique IborraLe projet de loi adopté par l’Assemblée le 17 juillet dernier rend prescriptif le PRDF cosigné par la Région. Comment interprétez-vous cette cosignature ?
Les Régions n’ont pas obtenu de rôle de chef de file de la formation qu’elles demandaient. Pour moi, cela veut d’abord dire que si divergence il y a, l’État imposera ses vues. Il se passera donc ce qui arrive chaque année avec l’Éducation nationale, nous discutons de l’ouverture de places en lycée professionnel. En cas de désaccord, la convention Région-Rectorat s’applique quand même !

Pensez-vous, comme le député Jean-Patrick Gilles (SRC), que l’État “a quelque chose derrière la tête” ?
Le gouvernement ne s’attendait pas à une telle résistance – et pas seulement de la part des Régions – sur ce qui nous apparaît comme une recentralisation de la politique de formation, d’abord voulue pour résorber le chômage. Ainsi, nous avons désormais une politique redondante avec Pôle emploi qui prescrit et finance la formation des demandeurs d’emploi indemnisés ou non, empiétant ainsi sur le champ d’intervention jusque-là des seules Régions. Jusque-là, nous nous partagions le financement de la formation des chômeurs ; les indemnisés par les Assédic et non indemnisés par les Régions.

En quoi ce projet de loi signe-t-il un mouvement de “recentralisation” et quel lien faites-vous avec la réforme des collectivités territoriales, actuellement en cours ?
On l’a vu, aujourd’hui, Pôle emploi devient le bras armé de l’État, qui étend ses compétences sur l’ensemble des formations des chômeurs. À mon avis, nous assistons aux prémices d’une volonté de recentralisation qui en annonce d’autres, avec la future réforme des collectivités territoriales qui vise à affaiblir, notamment, les Régions.

Comment réagissez-vous à l’accusation d’inéquités mise en avant à plusieurs reprises par le secrétaire d’État en charge de l’Emploi ?
Cela m’irrite au plus haut point ! Si l’on prend l’exemple de la décentralisation des formations sanitaires et sociales prévue par la loi de 2004. Nous avons trouvé d’énormes inégalités entre les bourses d’études des infirmières servies au niveau départemental par les Ddass, donc l’État. Nous avons nivelé ces bourses d’études par le haut sur tout le territoire régional. Les aides-soignantes, très souvent issues de milieux très défavorisés, devaient payer des études onéreuses, nous les avons rendues gratuites.

Comment les Régions répondent-elles aux accusations de fortes inégalités d’accès aux formations destinées aux demandeurs d’emploi ?
Cette accusation se fonde sur l’ignorance du grand public des processus de décision d’entrée en formation pour les chômeurs. Nous, Régions, ne sommes pas prescripteurs. Ce sont les ANPE et les Missions locales. Celles-ci prescrivaient en fonction de leur propre politique qui a été, jusqu’à présent, la mise en emploi rapide via des formations courtes dans les métiers des secteurs en tension : bâtiment, hôtellerie-restauration, etc. Des formations d’adaptation à l’emploi ! À la Région, nous faisons le choix de formations plus longues et qualifiantes qui essaient d’anticiper sur l’avenir à moyen et long termes. Il est pour le moins curieux de remarquer que la formation des plus en difficulté, notamment les Sife (stage d’insertion et de formation à l’emploi), supprimés en 2005 dans le cadre du plan de cohésion sociale, sans transfert de leur coût aux Régions, avait été progressivement abandonnée par l’État. À présent que le chômage explose, l’État reprend la main, avec l’argent des Régions et des partenaires sociaux.

La création d’outils et de labellisation d’organismes ne vous apparaissent pas combler les besoins en orientation des jeunes comme des adultes ?
Je ne comprends pas pourquoi on glisse un unique article portant sur la question, alors qu’une mission sur ce même sujet a été confiée à Françoise Guégot, députée UMP de Seine-Maritime, et qu’on prive l’Afpa, seul organisme offrant une prestation intégrée couvrant les besoins des personnes les plus en difficulté, de 900 professionnels de l’orientation pour les rattacher à Pôle emploi ! Pour moi, il n’y a pas d’orientation sans prestation d’accompagnement, c’est pourquoi je préconise d’utiliser comme point d’accueil et d’accompagnement les Maisons de l’emploi, ancrées dans les territoires et qui, de ce fait, connaissent leur tissu économique. Sur le territoire de Midi-Pyrénées, nous en avons vingt depuis plus de dix ans, les Maisons de l’emploi et de la formation, qui remplissent parfaitement ce rôle d’information et d’accompagnement.

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Laurent Wauquiez : “Aux Régions, la déclinaison territoriale ; à l’État, la solidarité et l’équité républicaines”

Le 16 juillet, Laurent Wauquiez a souhaité répondre aux critiques sur la “recentralisation” : “Le débat ne peut se résumer aux compétences des Régions. (…) Il n’est pas suffisant de réclamer plus d’argent pour les Régions ou de demander qu’on leur confie la responsabilité exclusive de la formation professionnelle. La décentralisation n’est pas une fin en soi”, a-t-il martelé. Illustrant ses propos sur les disparités régionales d’accès à la formation des demandeurs d’emploi entre l’Île-de-France (7 %) et le Limousin (un sur cinq), il a estimé que “ce problème ne peut être résolu que si nous travaillons ensemble, mais chacun dans son rôle : aux Régions, la déclinaison territoriale ; à l’État, la solidarité et l’équité républicaines”.

Béatrice Delamer
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