Entretien avec Bruno Maurer, chef de service relations européennes et internationales, chef de projet Interreg IV à Pôle emploi

Par - Le 16 juin 2013.

“ 28 000 Français travaillent en Belgique, 6 000 Belges en France”

Quel est le contexte de collaboration entre les trois services publics de l’emploi ?

Les Services publics de l’emploi franco-belges – Pôle emploi, le Forem (Wallonie) et le VDAB (Flandre) – se sont inscrits dans la construction d’un partenariat structurel. Ils coopèrent et mènent des action opérationnelles, notamment via EuresC hannel et Interreg IV Forum de l’emploi – Jobbeurs Eurometropo(o) le Lille-Kortrijk-Tournai (Pôle emploi, le Forem, le VDAB et Unizo).

Pôle emploi a récemment signé des chartes en matière de formation. Quelles en sont les caractéristiques ?

Outre le Forum emploi Eurometropole où s’opère chaque année de multiples recrutements, le projet Interreg IV comporte un certain nombre d’actions expérimentales qui s’inscriront dans les services réguliers des services publics de l’emploi s’il ressort de ces dernières la plus-value attendue. À cet égard, nous pouvons citer le “benchmarking pragmatique” que nous avons mis en place et qui se décline en l’espèce, au vu des spécificités territoriales, sous deux modes de coopération bilatérales. Une charte signée entre Pôle emploi et le VDAB le 16 mars 2012 a acté la mise en place à titre expérimental d’une équipe transfrontalière. La recherche de solutions concrètes adaptées aux territoires les a conduits à signer le 8 mai 2013 une “charte pour la mise en oeuvre expérimentale d’une organisation permettant réciproquement le bénéfice d’une formation professionnelle en entreprise préalable à l’embauche pour un chercheur d’emploi résidant de l’autre côté de la frontière”. L’annexe 1 de cette charte vise “la formation professionnelle pour un chercheur d’emploi français dans une entreprise flamande” ; l’annexe 2 “la formation professionnelle pour un chercheur d’emploi flamand dans une entreprise française”. Concernant, son opérationnalité, le VDAB et Pôle emploi ont finalisé l’annexe 1 et le dispositif devrait être opérationnel rapidement. La finalité consiste à permettre au demandeur d’emploi d’acquérir les compétences professionnelles requises pour occuper l’emploi correspondant à l’offre déposée ou proposée par l’employeur.

Concrètement, comment cela se passe ?

D’une manière générale, Pôle emploi Nord-Pas-de-Calais délivre une offre de service transfrontalière en s’appuyant sur son réseau constitué de treize agences frontalières avec, par exemple, animation d’ateliers “Travailler en Belgique”, des propositions d’offres d’emploi en Belgique ou de formation. Il est également membre du réseau EuresChannel qui délivre notamment une offre de service spécifique en termes de conseils socio-juridiques auprès des entreprises, des demandeurs d’emploi ou salariés.

Comment les services publics de l’emploi travaillent-ils avec les candidats potentiels ?

À l’occasion d’ateliers réalisés en commun au Pôle emploi d’Halluin, l’équipe transfrontalière Pôle emploi/VDAB sensibilise et informe les chercheurs d’emploi sur l’emploi transfrontalier et les métiers qui recrutent en Flandre transfrontalière. Les candidats intéressés répondant aux profils recherchés par les employeurs pourront bénéficier d’un entretien d’environ une heure dans un Werkwinkel (agence du VDAB), à l’issue duquel le candidat pourra être mis directement en contact avec des employeurs en vue d’un recrutement.

Quelles garanties pour le salarié ?

Le projet d’embauche vise toujours un contrat de travail à durée indéterminée. Pendant la formation professionnelle préalable à l’embauche, la personne reçoit une rémunération proche du salaire normal perçu dans la profession. Cette dernière est composée d’une rémunération au titre de l’allocation d’aide au retour à
l’emploi formation (Aref) versée par Pôle emploi, et d’une prime de production versée par le VDAB dans le cadre d’une aide au reclassement.

Et avec le Forem ?

Une charte a été signée entre Pôle emploi et le Forem le 30 juin 2012. Quatre expérimentations territoriales sont en cours [voir encadré].

Quelle réciprocité entre la France, la Flandre et la Wallonie ?

28 000 Français travaillent en Belgique, contre 6 000 Belges seulement en France. Les services publics de l’emploi franco-belge se sont engagés dans la construction d’un partenariat structurel afin de faciliter la mobilité transfrontalière, de décloisonner le marché du travail sans pour autant accroître le déséquilibre des flux. Dans ce sens, toutes nos actions sont issues d’un consensus et répondent à la réciprocité.

À quand une équipe tripartite pour la formation et l’emploi entre Français, Wallons et Flamands comme le prônent les instances européennes ?

La quasi-totalité de nos actions sont réalisées de manière tripartite ; toutefois, cela n’est pas toujours réalisable. Aussi, sur certains domaines, au vu des spécificités territoriales, il est approprié d’avoir des coopérations bilatérales à forte plus-value. Dans tous les cas, les résultats obtenus sont partagés de manière à créer l’opportunité de la généralisation d’une action issue d’un mode de coopération bilatéral.

Propos recueillis par C. P.

Quatre expérimentations territoriales entre Pôle emploi et le Forem
• le Pôle emploi de Condé-sur-Escaut avec les Maisons de l’emploi de Péruwelz, Bernissart et Beloeil ;
• le Pôle emploi de Maubeuge-Remparts avec le Forem de La Louvière ;
• le Pôle emploi d’Halluin avec le Forem de Mouscron ;
• le Pôle emploi de V illeneuve-d’Ascq avec le Forem de Tournai.

Ainsi que :
• la constitution d’un référentiel des services dont peuvent bénéficier les chercheurs d’emploi résidant de l’autre côté de la frontière et les modalités d’accès à ces services ;
• l’élaboration d’un mode opératoire facilitant le dépôt de leurs offres pour les employeurs installés sur l’autre “versant”.

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