Pôle emploi : hier, 15 000 Dif portables ; demain, des millions de CPF

Par - Le 15 septembre 2014.

Un compte personnel de formation pour chaque
demandeur d’emploi, c’était l’une des innovations
promises par la réforme du 5 mars 2013.
Pourtant, ce n’est pas la première fois qu’une
tentative de doter les chômeurs d’un dispositif
individualisé d’accès à la formation se voyait déployée
au sein du service public de l’emploi.

L’expérience des Sife

À la fin des années 1990, déjà, l’ANPE s’était vu
accorder la capacité de monter des projets de formation
personnalisés dans le cadre des Sife (stages
d’insertion et de formation à l’emploi) permettant
d’établir des conventions particulières entre
l’opérateur, le chômeur et son organisme de formation,
pour une durée moyenne de formation
pouvant aller jusqu’à 700 heures. Sous l’impulsion
de la ministre du Travail d’alors, Martine
Aubry, le dispositif avait connu son pic de montée
en puissance en 1997 (720 000 chômeurs en
formation cette année-là, avec une enveloppe de
4,8 milliards d’euros), pour décroître progressivement
(300 000 conventions en 2003), avant
d’être supprimé l’année suivante dans le cadre de
la décentralisation des stages de formation aux
Régions. “Pourtant, avec un taux de retour à l’emploi
durable de 63 %, le Sife n’avait pas à rougir”,
se souvient Jean-Charles Steyger, délégué syndical
au sein du SNU Pôle emploi.

Moindre montée en charge
pour le Dif


Suivra, avec la réforme de la formation de 2009,
la possibilité pour les demandeurs d’emploi de
mobiliser leur crédit Dif non consommé dans
l’entreprise au moment de leur préavis pour accéder
à des actions de formation abondées grâce
à un complément versé par Pôle emploi au titre
de l’aide individuelle à la formation. Un “Dif
portable” à qui il est souvent reproché d’avoir
échoué, ce qu’on conteste, aujourd’hui, à Pôle
emploi.

“Il n’a jamais connu l’essor espéré, c’est certain”,
avoue Fabien Beltrame, chef du département
orientation et formation professionnelle de
l’opérateur. “Si, en 2010, année de sa mise en
oeuvre, nous ne comptions que 65 versements complémentaires
au titre du dispositif « AIF + Dif »,
ils étaient près de 15 000 en septembre 2013 ! Il
n’a peut-être pas fonctionné à la hauteur des espérances,
mais sa montée en charge a été indéniable.”

Les chômeurs appelés
à gérer leur CPF


Mais, demain, c’est l’intégralité des demandeurs
d’emploi inscrits à Pôle emploi – 5,5 millions,
toutes catégories confondues – qui disposeront
de leur propre CPF, alimenté en premier lieu,
pour ceux qui en disposent, du reliquat de leurs
compteurs Dif. Une opération de renseignement
du fichier à laquelle ces chômeurs seront incités
à procéder eux-mêmes via le portail internet mis
en ligne par la Caisse des dépôts et consignations
dès le 1er janvier 2015. “Un moyen de leur
permettre de s’emparer de ce nouvel outil, de les
informer qu’il peut mener à des certifications diplômantes
et à créer une réelle dynamique d’évolution
professionnelle”, souligne Jean-Marie Marx,
directeur général de l’Association pour l’emploi
des cadres (Apec) et actuel président du groupe
quadripartite au sein duquel sont débattues les
modalités de mise en oeuvre du compte.

Illusion, désillusion ?

Créer de l’appétence, certes, mais en courant
le risque, toutefois, de susciter au final de la
déception, car, dans un contexte économique
qui pousse les pouvoirs publics (État comme
Conseils régionaux) à l’économie, une enveloppe
totale de 900 millions d’euros pour la première
année de déploiement, un compte limité
à 150 heures de formation, un redécoupage des
régions encore incertain et l’annonce, par le
ministère du Travail, de l’imminence d’une nouvelle
organisation du service public de l’emploi
pour le rapprocher de l’échelon régional, les
22 000 salariés de Pôle emploi commencent à
se faire des cheveux blancs, même s’ils viennent
d’achever un cycle de formation à l’orientation
tout au long de la vie pour être raccords avec la
réforme.

Moyens (très) insuffisants ?

“Nous ne pourrons rien faire avec aussi peu de
moyens, déplore Jean-Charles Steyger, qu’il s’agisse
du Dif ou du CPF, il faudrait instaurer un socle minimal
de 800 heures de formation pour les demandeurs
d’emploi. Et même le pousser à 1 600 heures
pour ceux qui sont sans activité depuis deux ans
en donnant à Pôle emploi les moyens de maintenir
la rémunération tout au long de la formation.
Aujourd’hui, seul un dixième des chômeurs va au
bout des dispositifs longue durée, car il craint de se
trouver sans ressources en fin de cycle tant la rémunération
de fin de formation – plafonnée à 652,02 euros – est insuffisante.”

Verdict du SNU : à moins d’1,5 milliard d’euros
mis sur la table chaque année, le CPF risque bien
de faire pschitt, comme ses représentants l’ont
récemment indiqué à François Rebsamen. Côté
direction, Pôle emploi se refuse à brusquer les
troupes et affirme qu’au contraire, le CPF sera
synonyme d’“enrichissement du coeur de métier des
agents de Pôle emploi”. Mais in fine, quelle que soit
son opinion sur le CPF, personne ne semble vraiment
regretter le Dif portable.

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