Christophe Donon, directeur de la stratégie de l’Afpa.

L’Afpa s’engage à héberger 2 000 réfugiés politiques

Christophe Donon, directeur de la stratégie de l’Afpa, revient dans nos colonnes sur la proposition faite le 8 septembre d’accueillir 2~000 réfugiés dans ses foyers d’hébergement.

Par - Le 14 septembre 2015.

Cédric Morin : Comment pouvez-vous proposer 2 000 lits pour des migrants, alors qu’il est admis que l’hébergement est un problème pour les apprentis ?

Christophe Donon : Nous avons très exactement aujourd’hui plus de 2 200 places disponibles sur toute la France. Depuis quelques années, nous constatons une baisse constante de fréquentation dans nos foyers, pour deux raisons principales. Tout d’abord depuis 2010 avec la décentralisation de la prescription, les stagiaires sont dans des centres de formation plus proches de leur domicile. Par ailleurs, notre parc est vieillissant, et de moins en moins attractif. Il s’agit de chambres de 9 m2 dans des bâtiments situés près des centres de formation et construits dans les années 70. Il est clair que les réfugiés que nous pourrons recevoir seront célibataires, car ce n’est pas adapté pour les familles.

CM : Avez-vous reçu une réponse concernant votre proposition de mettre à disposition ces hébergements ?

CD : Ce sont les services de l’État qui feront la régulation, pour l’instant nous avons indiqué notre disponibilité, en précisant le nombre de places par centre et leur localisation. Cette proposition est formulée, mais nous n’avons pas encore été informés d’une arrivée de réfugiés dans notre parc. Nous sommes en contact avec les préfectures d’Île-de-France depuis lundi soir (7 septembre), c’est à leur initiative. Nous avons précisé que notre offre tenait pour l’ensemble du territoire et dans cette région, nous avons un taux d’occupation plutôt supérieur aux autres. Nous attendons donc et c’est normal. Car les réfugiés arrivent dans un premier temps encadrés par les associations caritatives et humanitaires, ensuite se posera la question de leur affectation dans des lieux d’hébergement.

CM : Percevrez-vous de l’argent pour l’accueil de réfugiés ?

CD : Nous ne toucherons pas d’argent, mais peut être un dédommagement minime pour les frais engagés, comme par exemple le coût de la blanchisserie pour les draps mais ce sera des sommes très faibles. En revanche, si les réfugiés ont accès à nos restaurants ce sera facturé, ce qui est normal. Nous avons proposé une aide pour faire face à une situation d’urgence, mais nous n’envisageons pas de devenir bailleurs sociaux.

CM : Ne redoutez-vous pas que la situation dure longtemps ?

CD : Non car il s’agit principalement de Syriens, d’Érythréens ou d’Irakiens, dont la presque totalité devrait obtenir le statut de réfugié. Une fois ce statut obtenu, ils ont vocation à reprendre une vie normale. Ils auront une carte de séjour, un accès aux logements sociaux… Ils rentrent dans le droit commun, par ailleurs les besoins en matière de logement de nos stagiaires sont très fluctuants. En ce moment nous avons des places disponibles, donc autant que cela serve.

CM : Arrive-t-il que vous hébergiez des apprentis formés dans d’autres structures que la vôtre ?

CD : Oui tout à fait, nous avons des conventions avec d’autres organismes de formation, les frais d’hébergements sont pris en charge par les Conseils régionaux sous la forme d’une subvention annuelle. L’une des conditions pour l’obtenir, c’est que nous soyons accessibles à d’autres bénéficiaires des programmes régionaux de formation. La seule limite est que nous ne pouvons pas héberger de mineurs, car il n’y a aucun encadrement spécifique. Seulement cette mise à disposition, qui concerne de 5 à 10 % de notre parc, ne rencontre pas le succès escompté. Les organismes de formation sont rarement à proximité de nos centres. Il faut noter aussi que nous avons au total 15 000 lits, mais ils ne sont pas tous opérationnels.

CM : Comment expliquer que le nombre de lits non opérationnel soit si important ?

CD : Nous n’avons plus de crédit pour les frais de maintenance depuis 2009, tandis que depuis 2005 nous n’avons plus de subvention pour l’entretien de l’hébergement. Donc depuis dix ans, les chambres se détériorent et nous avons dû mettre hors service 6 000 places. Cela signifie que si les besoins pour les réfugiés sont plus importants, nous pouvons très rapidement mettre à disposition 6 000 places de plus. La rénovation nécessite un budget de 300 à 400 euros par mètre carré, ce qui représenterait un coût global de près de 5 millions d’euros.


CM : Envisagez vous d’intervenir dans le parcours de ces réfugiés sur votre cœur d’activité, l’apprentissage ?

CD : Nous avons fait une deuxième proposition à l’État mercredi soir. Il s’agirait de mettre en place un dispositif partenarial sur l’insertion sociale et professionnelle des réfugiés. Cela ne concernerait pas uniquement ceux qui seront hébergés dans nos centres. Il ne s’agirait pas non plus de donner des cours de Français langue étrangère, nous n’avons pas les enseignants formés pour le faire. Nous pourrions développer un dispositif partenarial avec d’autres structures spécialisées dans l’accompagnement social, pour offrir des compétences complémentaires. Nous interviendrions sur le volet formation, orientation et insertion professionnelle. Très vite ces réfugiés vont avoir besoin de travailler pour subvenir à leurs besoins.


CM : Comment concrètement pourriez-vous intervenir ?

CD : Il faudra mettre en place des parcours sécurisés et individualisés, certains réfugiés sont médecins, d’autres sont enseignants ou mécaniciens. Il faut dans un premier temps réaliser un diagnostic professionnel, ce qui peut prendre 2 heures comme une journée en fonction de chaque situation. Pour ceux qui n’ont aucune formation, il faudra définir une orientation vers un parcours qualifiant. Pour les premiers, il est envisageable de mettre en place une forme de VAE, pour leur permettre d’exercer leur métier en France.

CM : Envisagez-vous d’intervenir sous d’autres formes ?

CD : Il y a une deuxième phase d’adaptation, ces personnes devront apprendre le français, les codes sociaux et culturels de notre société, et, plus globalement définir un projet de vie. Nous pouvons mettre très vite en place ce type de dispositif, par exemple pour faire découvrir des métiers, nous le faisons tous les jours avec de jeunes Français.

CM : Vous vous éloignez néanmoins du cœur d’activité de l’Afpa…

CD : Pour certains, il y aura une troisième phase d’adaptation, celle qui correspondrait à un dispositif équivalent à la VAE. C’est notre rôle de leur apporter un complément de compétence, dans le cadre d’un parcours qualifiant ou d’une recherche d’emplois. Par ailleurs, si nous sommes amenés à devenir un établissement public, comme le prévoit la loi sur le dialogue social, il est naturel que nous nous mettions à la disposition de la collectivité dans ces situations. Cela correspond à notre mission d’utilité sociale.

Centre Inffo vous conseille également

Publicité
Keytoform