3 scénarios pour le futur de l’apprentissage en Europe

Quelles évolutions anticiper pour les systèmes d’apprentissage en Europe, sous l’effet des tendances macro-économiques, sociales, démographiques actuellement observées ?

Une publication conjointe du Cedefop et de l’OCDE s’attèle à relever ce défi prospectif : « Les prochaines étapes pour l’apprentissage (The next steps for apprenticeship)».

Par - Le 29 janvier 2021.

Cette publication présente les résultats d’un symposium organisé par le Cedefop et l’OCDE en octobre 2019, à travers plusieurs articles de recherche.

Deux chercheurs [ 1 ]Philipp Grollmann et Jörg Markowitsch, respectivement expert allemand membre du BIBB et expert autrichien y esquissent 3 scénarios possibles pour l’apprentissage en Europe, en s’appuyant sur l’observation de 40 dispositifs à travers 25 pays européens.

Un regard comparatif

Quels modèles d’apprentissage prédominent actuellement en Europe, où ils correspondent à des modalités très hétérogènes ?

En préambule, les auteurs notent que si l’on raisonne en nombre d’apprentis, les modèles où l’apprentissage vise l’intégration d’une jeune génération à une communauté professionnelle prédominent. Ce type de modèle correspond par exemple aux systèmes allemand, autrichien, suisse, dits « duaux », où l’apprentissage constitue une voie spécifique de formation à certains métiers. Leur poids en termes de démographie des apprentis influence la perception courante de l’apprentissage en Europe.

Toutefois, si l’on s’attache aux dispositifs les plus représentés entre les pays, ceux marqués par le primat d’une logique éducative sont les plus fréquemment rencontrés. Enfin, les dispositifs relevant principalement d’un outil des politiques publiques de l’emploi, à l’instar de la France, apparaissent plus rarement (également présents en Grèce, Italie, Portugal et Roumanie).

Premier scénario : l’évolution vers une forme « factice » d’apprentissage

Le premier scénario envisage une évolution où l’apprentissage deviendrait principalement un moyen de pourvoir des postes peu qualifiés. Dans cette hypothèse, les employeurs cherchent à réduire les coûts de production en profitant de la libéralisation des règlementations du travail, et d’effets d’aubaine liés aux politiques de l’emploi.

Second scénario : l’apprentissage comme « marque »

Dans le second scénario, l’apprentissage comme « marque », le recrutement d’apprentis signe un engagement à plus long terme des employeurs. Ici, l’apprentissage tend vers des niveaux de compétences plus élevés. Les programmes de formation ne visent plus seulement l’insertion professionnelle, mais à fournir une base solide pour le développement de la future carrière dans un domaine d’activités.

Troisième scénario : l’apprentissage comme « label »

Troisième scénario envisagé : l’apprentissage devient un « label » à la mode, utilisé pour désigner des réalités qui restent très variées. Il peut dans ce cas s’appliquer à des modalités de formation empruntant à chacun des deux scénarios décrits ci-dessus.

Une tendance à l’hybridation de l’apprentissage

Les chercheurs relèvent plusieurs facteurs qui favoriseraient l’avènement du troisième scénario : l’apprentissage utilisé comme « label ».

Une tendance à l’hybridation de l’apprentissage se dessine en effet, à l’échelle de l’Europe. Dans plusieurs pays, la croissance du nombre d’apprentis s’appuie principalement sur des leviers correspondant au premier scénario, celui d’un apprentissage avant tout stimulé par les mesures d’aides à l’emploi. Cette situation peut coexister avec le développement de l’apprentissage dans l’enseignement supérieur. Enfin, dans les pays où l’apprentissage est historiquement établi sous une forme « duale », celui-ci subit de plus en plus la concurrence des filières générales.

Pour conclure, les auteurs soulignent le risque qu’un apprentissage « au rabais » devienne la norme, où les apprentis s’inscriraient dans des parcours de faible valeur éducative, y développant des compétences limitées et centrées sur leur poste de travail.

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Notes   [ + ]

1. Philipp Grollmann et Jörg Markowitsch, respectivement expert allemand membre du BIBB et expert autrichien
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