Venu présenter le 10 septembre dernier, à l’invite du FFFOD, l’état des lieux du e-learning en Corée du Sud, l’institut coréen de recherche sur l’éducation et la formation professionnelle (Krivet) témoigne d’un déploiement massif auprès des grandes entreprises et des particuliers, moindre auprès des petites entreprises.
S’intéresser au développement du e-learning en Corée du Sud, pays dont 93% des foyers sont connectés en haut débit, c’est saisir l’opportunité de comparer l’impact d’un modèle de société éloigné du notre sur le développement d’une modalité de formation qui nous est commune. On connaît le rôle du chemin de fer et des infrastructures routières dans le succès de la révolution industrielle occidentale, la Corée du Sud pourrait bien nous apprendre ce qu’il en coûte d’accuser un retard en matière de développement des infrastructures numériques. Bénéficiant d’une couverture haut débit sans équivalent en Europe et leader mondial en matière de téléphonie mobile 3ème génération (synthèse de la téléphonie, de l’internet et de la télévision), l’e-learning sud coréen ne s’embarrasse pas plus de cédéroms qu’il ne se préoccupe de prévoir des lieux d’accès à la formation à distance. Car là où la Grande-Bretagne s’enorgueillit de ses centres Learndirect et où la France s’emploie à mailler le territoire de points d’accès à la téléformation, la Corée du Sud se contente de tirer profit de ses excellents réseaux (Wifi, satellite, etc.) pour amener la formation à une population par ailleurs équipée à plus de 85 % en terminaux mobiles. C’est sans doute là l’un des points les plus frappants de l’exposé de Rha Hyeon-Mi, chargée de recherche au centre e-learning du Krivet, l’autre étant l’exposé du process d’évaluation mis en place par les institutions publiques coréennes. Ce sont effet les résultats des évaluations mensuelles des contenus e-learning délivrés par les entreprises et les institutions publiques ou privées qui déterminent le niveau de subvention alloué par le gouvernement. A noter qu’il n’existe pas de prise en charge financière individuelle du e-learning, ce qui ne semble pas freiner la demande puisque 45 % du marché repose sur la demande émanant de particuliers (2008).
Une modalité peu présente chez les petites entreprises
Si les grandes entreprises adhèrent majoritairement au concept, en revanche seules 3,1 % des organisations de moins de 300 personnes ont ainsi adopté le e-learning en 2008, contre 2,6 % en 2006. Et comme nous avons vu qu’il ne s’agit pas d’une problématique d’accessibilité technique, on devine aisément qu’en Corée du Sud comme ici, la formation ne bénéficie pas aux plus petits. Autre similitude, le e-learning n’est pas venu remplacer la formation présentielle mais simplement occuper l’espace que plus personne ne lui conteste aujourd’hui : des formations relativement courtes d’une durée comprise entre 16 et 32 heures pour la majorité, portant essentiellement sur l’apprentissage des langues et les techniques de management.
De façon incontestable, le e-learning sud coréen est par ailleurs amené à fortement progresser à l’avenir tant son usage semble banalisé parmi les jeunes de 6 à 19 ans, qui représentent près de 71% des utilisateurs. Ceci d’autant plus que 59% de ceux qui ne recourent pas au e-learning se déclarent motivés à le faire dans le futur.
Un exemple de dispositif : Winglish.com
Avec une population peu formée à l’anglais en dehors des grands groupes (Samsung, Daewoo, …), la Corée du Sud s’intéresse fortement au e-learning pour l’apprentissage des langues. Conçu en 2005 autour d’une offre web, le dispositif Winglish.com ne diffère pas de ce que nous connaissons en termes de contenu mais se révèle innovant en termes de support de diffusion. Etendu depuis 2007 aux systèmes de communication mobiles satellitaires et à la télévision numérique, Winglish.com semble assez représentatif des efforts produits par la Corée du Sud pour rendre au maximum accessible la formation.
Un futur qui passera sans doute majoritairement par les terminaux mobiles (smartphones, PDAs, etc.), pour lesquels des contenus ont été créés dès 2004. En cours d’expérimentation selon Rha Hyeon-Mi, le recours aux « tags », c’est-à-dire l’utilisation de codes barre que l’on peut disposer en tous lieux publics pour apporter aux détenteurs de mobiles une formation contextualisée. Autant dire que l’on a jamais été aussi proche qu’en Corée du Sud de la définition originelle du e-learning : « Où je veux et quand je veux ».
Nicolas Deguerry
in L’inffo Formation n° 753, 1er au 15 octobre 2009
































