Portrait : Jacques Bahry, innovateur multimodal

Il est l’un des doyens des acteurs du monde de la formation, mais pas le moins actif. De ces retraités qui ne savent où donner de la tête. Jacques Bahry, fondateur plusieurs fois réélu président du Fffod (Forum français des acteurs de la formation digitale), déborde de projets. Il apporte l’expertise et l’expérience de celui qui a vu passer bien des modes, une bulle internet et beaucoup de marketing, et sait que ce qui compte, c’est la pédagogie.

Par - Le 16 juin 2021.

Article publié pour la première fois le 1er août 2017,

dans Inffo formation n° 926.

“Je suis multimodal.” C’est lui qui le dit, avec facétie. Tout en décontraction et avec l’assurance tranquille de ce multi-président qui, en 45 ans d’investissement dans le monde de la formation, n’a jamais cessé de vouloir innover. Ce baby-boomer de la première heure, qui a dépassé l’âge de la retraite depuis dix ans, est le fondateur du Fffod, ce Forum français pour la formation ouverte et à distance à présent rebaptisé Forum des acteurs de la formation digitale.

Il a été réélu pour un dernier mandat en 2017, pour conduire encore un combat, celui de l’indemnisation au forfait (au lieu d’une rémunération calculée sur une durée de connexion) des stagiaires de la formation digitale. Et aussi pour accompagner le nouvel élan qu’Aurélia Bollé, déléguée générale du Fffod, entend donner à cette association fédérant quelque 65 organismes impliqués dans la formation numérique.
“Je mesure, je suis sensible peut-être plus que d’autres au caractère massif des besoins. Or, ils sont souvent aussi individuels”, souligne-t-il. L’association outille ses membres (et au-delà) à travers des web conférences et sa présence sur les réseaux sociaux. “J’ai voulu faire du Fffod un club de pédagogues technophiles”, formule-t-il. Il est d’ailleurs très présent sur Twitter.

“C’est pour ça que je milite”

“Lorsque j’ai créé le Fffod en 1995, tous disaient : « Aidez-nous à lever les freins réglementaires. J’avais d’ailleurs rencontré la ministre actuelle à l’époque »”, se souvient-il. En 2014, le Fffod a joué un rôle moteur pour permettre que la FOAD soit intégrée dans le Code du travail comme modalité légitime de formation. Aujourd’hui, il juge que le système de formation doit pouvoir aller vers un système de “parcours modulaires multimodaux”, explique-t-il. “Le terme FOAD s’est enfin ancré dans le Code du travail et au moment même, nous étions en train d’y renoncer en faveur du terme multimodal, qui nous apparaît plus adapté ! Ce n’est plus de la distance ou de l’ouverture qu’il faut discuter. Mais de parcours tout au long de la vie, hors des frontières formation initiale-formation continue. C’est pour ça que je milite.”

Il déplore d’ailleurs la tendance de nos contemporains à se comporter comme des consommateurs de services, et non des militants. Depuis sa maîtrise de philosophie avec Paul Ricœur, puis son “premier job” à l’Unesco, sur un programme d’enseignement télévisuel en Côte d’Ivoire, il n’a cessé de s’investir dans le monde de la formation. Il s’est fait connaître pendant trente ans comme directeur général du Cési (Centre d’études supérieures industrielles), qu’il a développé de manière importante, aussi bien à l’international qu’au plan régional. En créant les premières formations d’ingénieurs en France par l’apprentissage.

C’est quelqu’un d’extrêmement calme, je ne l’ai jamais vu sous pression, témoigne Sonia Le Louarn, ancienne déléguée générale du Fffod. Il reste toujours imperturbable. Je me souviens de malentendus avec des intervenants, quand il est question d’annuler une matinée au dernier moment. Il arrive, met tout le monde d’accord et tout se passe parfaitement bien !” Elle ajoute : “Son côté diplomate est à mettre en avant. C’est quelqu’un qui sait parler aux uns et aux autres, dans leur langage.

Aujourd’hui, il est à son compte. Il donne des conférences dans deux masters, celui de management de la formation de Paris-Dauphine, et le même à Paris-Ouest-Nanterre avec Philippe Carré, mais travaille principalement pour le groupe d’écoles Inseec, qui comprend notamment l’Institut français de gestion, l’IFG. Il a baptisé son cabinet Lusignan. “Je suis d’origine arménienne, explique-t-il. Le dernier roi indépendant d’Arménie [au XIVe siècle] était d’origine française, de la famille de Lusignan. Il symbolise très bien ce mixte que je suis entre cette origine et le fait d’être français.” Jacques Bahry préside une ONG qui aide l’Arménie dans son développement économique et éducatif. Et travaille avec l’Université française (qui dépend de Lyon-III) en Arménie.

Multi-président

Jacques Bahry a détenu et détient tant de présidences et de vice-présidences qu’il en perd le compte, et s’en amuse. N’oubliant cependant pas la vice-présidence de Centre Inffo et, bien sûr, la vice-présidence de la Fédération de la formation professionnelle, qu’il a cofondée à la fin des années 1980. “J’étais président d’une des deux organisations professionnelles de formateurs qui s’appelait l’Union nationale des organismes de formation, l’Unorf. Nous avons négocié une convention collective avec nos collègues de la Chambre syndicale nationale des formateurs, présidée par mon ami Jean Wemaëre. Nous avons alors créé la FFP, dont il a pris la présidence et moi la vice-présidence.”

Quand il a quitté le Cési il est devenu vice-président honoraire, gardant la présidence (ou la vice-présidence au rythme de l’alternance paritaire) de l’Observatoire des métiers qui n’est pas un observatoire FFP mais un observatoire de branche géré paritairement. Ce qui lui vaut “le plaisir de faire des études”, dont la dernière concerne l’impact de la digitalisation sur les métiers des organismes de formation. Dernier rebondissement : l’IFG, qui est membre de la FFP, l’a nommé comme son représentant à la FFP, “dont je suis redevenu administrateur, tout en étant vice-président honoraire !”, dit-il avec un sourire gourmand.
Il a aujourd’hui toute une série de mandats au titre de la CPME. Le plus important est au bureau du Cnefop. Par ailleurs, il est juge prud’homal – mais a demandé à ne pas être renouvelé. Faute de temps !

Les 14es Rencontres du Fffod, les 6 et 7 décembre 2017 à Clermont-Ferrand, seront consacrées à l’accompagnement. Pourquoi ? “Une FOAD de qualité, ce n’est pas simplement une plateforme. C’est l’humain qui est l’élément de motivation.” L’humain, toujours.

Dates

1982

directeur général du groupe Cési

1991

vice-président de la Fédération de la formation professionnelle

1995

fondateur du Fffod

 

Cet article est-il utile ?

Centre Inffo vous conseille également

Publicité - Devenir annonceur