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« L’inventaire des certifications remplit un vide » (George Asseraf)

Alors que la commission nationale de la certification professionnelle (CNCP) vient de publier son rapport d’activité 2015, nous avons rencontré son président, George Asseraf. L’occasion de dresser un premier bilan relatif à la mise en œuvre de l’inventaire des certifications et des habilitations.

Par - Le 17 mai 2016.

Trois jours après avoir quitté la direction générale de l’Onisep [ 1 ]Successeur de Pascal Charvet, George Asseraf a achevé le 6 mai 2016 le mandat qu’il avait débuté le 6 mai 2013., il nous reçoit dans son bureau de la CNCP. Parvenu au terme d’un mandat qu’il juge aussi passionnant qu’épuisant, on le retrouve d’autant plus détendu qu’il semble animé d’une grande confiance dans le potentiel de l’outil qui nous réunit : l’inventaire des certifications et des habilitations. L’inventaire, beaucoup s’en souviennent à la manière d’une Arlésienne. Car, dans les dossiers bien avant d’être repris dans la loi du 14 novembre 2009, il ne s’est finalement mis en place que dans le cadre de la loi du 5 mars 2014, pour être opérationnel au 1er trimestre 2015. De fait, si l’urgence de l’outil n’avait jusqu’alors pas toujours été bien comprise des financeurs, c’est bien l’arrivée du compte personnel de formation qui l’a replacé au centre des débats : sans inventaire, la liste interprofessionnelle serait encore aujourd’hui orpheline de bien des titres pourtant indispensables aux bénéficiaires du CPF. En l’occurrence, ce ne sont pas moins de 814 certifications qui étaient recensées le 9 mai 2016. À savoir, 287 en catégorie A pour les certifications relatives à des normes de droit, 390 en catégorie B pour les normes de marché et 137 en catégorie C pour les certifications dites d’utilité économique ou sociale.

Un marqueur qualité

Certes, toutes ne se retrouvent pas dans les listes du CPF, mais George Asseraf le rappelle, il n’existe pas de « synchronisation » entre les travaux de la CNCP et du Copanef [ 2 ]Comité paritaire interprofessionnel national pour l’emploi et la formation Cette relative « étanchéité », le président de la CNCP l’explique par la différence des logiques qui animent les deux instances : « nous sommes dans une logique de recensement en fonction de critères qualité définis de manière réglementaire, le Copanef agit sur des critères qui renvoient davantage à des besoins spécifiques des entreprises et des branches, comme par exemple pour les métiers en tension, dans une logique de choix déterminés par les orientations des partenaires sociaux ». Devançant la question de l’utilité de l’inventaire au regard de la déperdition sur les listes CPF, George Asseraf insiste : « la loi de 2014 a souhaité que l’inventaire soit articulé au CPF et on voit aujourd’hui que l’usage qui en est fait par le Copanef semble en deçà des ambitions portées par la loi », commente-t-il. « Mais nous n’avons jamais eu de discussion sur le sujet et je pense qu’il faut garder à l’esprit que le Copanef est une instance des partenaires sociaux qui a quand même une vocation politique forte, alors que la CNCP a une vocation technique centrée sur deux éléments : d’une part, s’assurer que l’on est bien dans une logique de compétences, d’autre part, veiller à la présence de logiques d’insertion professionnelle ». Reste aussi que l’utilité de l’inventaire n’est pas limitée à l’horizon du CPF. Et de souligner que si dès aujourd’hui, les entreprises l’utilisent pour la mise en œuvre de leurs périodes de professionnalisation, ce sont demain les Régions, Pôle emploi et les Opca qui seront amenés à monter en puissance. Car quand il s’agit de « financer des formations certifiantes de courte durée, l’inventaire devient un deuxième outil de signalement de certifications porteuses de qualité, comme le RNCP l’a été pour le certifiant », souligne-t-il.

Des savoirs aux compétences

En matière de compétences, George Asseraf souligne fortement le potentiel de la catégorie C, appelée selon lui à se développer et qui présente l’intérêt d’ « avoir fait rentrer des logiques de compétences là où il y avait trop souvent des logiques de formation ». Et d’expliquer : « dans le champ de la formation professionnelle, on a encore beaucoup de formations qui sont essentiellement axées sur l’acquisition de savoirs. Or, quand on veut rentrer à l’inventaire, comme pour le RNCP, il faut changer de logique pour chercher à vérifier la maîtrise de certaines compétences. » Comme la validation des acquis de l’expérience depuis 2002, la CNCP a selon lui été l’un des « boosters pour amener des diplômes qui étaient centrés sur des logiques de savoirs vers des logiques de compétences ». L’intérêt ? « Il devient ensuite plus facile, dans le parcours tout au long de la vie, de pouvoir agréger, comptabiliser et accumuler des certifications plutôt que des formations ». Pourquoi est-ce important ? « Parce que ce sont des signaux utiles sur le marché du travail quand on doit attester la maîtrise d’un certain nombre de compétences plutôt que la maîtrise de savoirs ». Reliant les travaux de la CNCP à « l’ambition des partenaires sociaux de souhaiter que chaque salarié puisse s’élever d’un niveau de qualification tout au long de sa vie professionnelle », George Asseraf peut conclure : « l’inventaire pourra occuper un rôle de signalement important dans le champ de la formation professionnelle, aussi important, je l’espère, que celui du RNCP ». À suivre…

Bientôt moins de titres au RNCP ?

En 2015, les certifications de droit représentent 8 295 des 12 689 enregistrements du RNCP, avec une nette prédominance des titres de l’enseignement supérieur, redevable de 6 119 enregistrements. Et c’est cette donne qui devrait changer : « avec la réforme de la nomenclature des diplômes de l’enseignement supérieur, on sait que l’on va descendre en dessous des 500 certifications génériques », estime George Asseraf. Soit, une cure qui devrait permettre au répertoire de passer sous la barre des 5 000 enregistrements d’ici à 5 ans. Bonne nouvelle ? « Je suis de ceux qui pense que la lisibilité ne dépend pas tant du nombre que des moteurs de recherche dont on doit faciliter l’usage », répond-il. Rendez-vous fin 2016/début 2017 pour une nouvelle version du système d’information de la CNCP.

  • Rapport au Premier ministre 2015, Commission nationale de la certification professionnelle, CNCP : format PDF – 611 ko

Notes   [ + ]

1. Successeur de Pascal Charvet, George Asseraf a achevé le 6 mai 2016 le mandat qu’il avait débuté le 6 mai 2013.
2. Comité paritaire interprofessionnel national pour l’emploi et la formation

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