Marché du travail et transitions professionnelles en Europe

« Dans un marché du travail caractérisé par les ruptures, il est nécessaire de travailler sur les transitions ». Telle est la conviction fondamentale de Danielle Kaisergruber, experte européenne invitée à s’exprimer sur la question de la sécurisation des parcours professionnels lors du colloque du 20 décembre organisé par le C2RP[ [www.c2rp.fr ]] en partenariat avec le Centre INFFO.

Par - Le 21 décembre 2007.

S’interrogeant sur la persistance du « sentiment d’insécurité sociale, » en dépit de la multiplication des dispositifs, Danielle Kaisergruber avance quatre explications. Premièrement, « la difficulté des jeunes à trouver un premier emploi et de s’y stabiliser » ; deuxièmement, le « faible taux de retour à l’emploi en cas de licenciement économique » (- de 50%) ; troisièmement, « l’importante dualisation du marché du travail qui oppose les 87% de salariés en CDI à la précarité durable des autres » et, quatrièmement, un « taux de transformation des CDD en CDI de 20% pour la France, contre 50% en Autriche et 31,5% en moyenne européenne ».

Un constat qui l’amène à s’appuyer sur son expertise européenne pour citer en exemple IndustriKompetens, cas suédois de « gestion inter-entreprises des transitions ». Il s’agit, explique-t-elle, d’un regroupement d’entreprises d’un même bassin d’emploi en une « société de gestion des transitions », créée à l’initiative de Saab pour « mutualiser leurs problèmes d’emploi ». Dans un double objectif de facilitation des « plans de restructuration et de maintien et développement des compétences sur le territoire, (…) les salariés en sureffectif sont embauchés par IndustriKompetens, qui les accompagne, les forme et les prête aux entreprises en déficit d’emploi. »

Une idée qui fait son chemin en France, poursuit-elle, puisqu’on la retrouve, par exemple, à Rennes où la communauté d’agglomérations est à l’origine de « plates-formes permanentes de reconversion » dans les secteurs de l’électronique et de l’automobile, en partenariat avec les partenaires sociaux, le service public de l’emploi et des prestataires privés.

De l’espoir, donc, mais aussi des difficultés car, souligne-t-elle, la reconversion des régions industrielles en bassins d’emploi tertiaire induit des « transitions professionnelles exigeantes » qui requièrent des « formations longues ».

Citant ensuite le cas des « fondations de travail » autrichiennes qui associent entreprises, service public de l’emploi et partenaires sociaux, Danielle Kaisergruber insiste sur l’importance du « statut » des bénéficiaires. Ainsi, ces « fondations » sont-elles de « véritables structures qui embauchent les salariés licenciés, pour une période de 12 à 18 mois, au cours de laquelle les bénéficiaires sont engagés dans un parcours alternant séquences de travail, bilans professionnels et formations », ce qui leur permet d’afficher 75% de retours à l’emploi.
Mais là aussi, Danielle Kaiserbruger voit « une problématique qui fait son chemin en France », notamment grâce à l’arrivée des « contrats de transition professionnelle (CTP) qui concrétisent », selon elle, « l’idée des agences de transition ». Des CTP dont elle salue par ailleurs la base territoriale en soulignant que « c’est sur les territoires que les choses se jouent car les marchés du travail sont locaux ».

Percevant dans la mobilité une « nouvelle exigence pour les branches et les entreprises », Danielle Kaisergruber propose ensuite plusieurs pistes d’amélioration. Premièrement, « renoncer aux à-coups des plans sociaux pour gérer l’emploi en continu » ; deuxièmement, « concrétiser la GPEC en reconnaissant l’importance des entretiens annuels, professionnels et de carrière » ; troisièmement, « s’organiser pour que la chaîne des revenus de remplacement et de service soit sécurisée et efficace », ce qui implique « d’aller au-delà de la simple bonne articulation entre financeurs » au bénéfice « d’une ingénierie de conception de services qui tienne compte du destinataire final à accompagner ».

Au final, « la réactivité et la fluidité du marché du travail dépendent moins des types de contrats que de la facilité et de la qualité des transitions ». Il faut s’inspirer de l’exemple danois où la « flexisécurité » se traduit par « mobilité fréquente et rapide sur fond d’un filet de sécurité solide. »
Et de conclure, « ce qui importe, c’est la manière de commencer un travail et la manière de le terminer. »

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