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Les emplois d’avenir concurrencent-ils l’apprentissage ?

Par - Le 19 septembre 2014.

Surprise. Alors que l’arrivée des emplois d’avenir a fait grincer plus d’une dent parmi les promoteurs de l’apprentissage, l’Institut Bertrand Schwartz présente les résultats d’une recherche-action concluant à la non-concurrence entre les contrats aidés créés par la loi n° 2012-1189 du 26 octobre 2012 et les contrats d’apprentissage, victimes d’une baisse de 8 % en 2013 et de 14 % en 2014.

Objectifs divergents

Ce ne sont pas les emplois d’avenir qui sont responsables des difficultés de l’apprentissage mais “la situation économique ou la prudence des très petites entreprises face aux incertitudes”, ainsi que “l’annonce [en 2013] de la suppression de la prime à l’apprentissage pour les entreprises de plus de 10 salariés”. Pour démontrer l’absence de causalité, l’étude commence par rappeler que les deux dispositifs poursuivent des objectifs différents, les emplois d’avenir ciblant “avant tout l’emploi”, quand les contrats d’apprentissage sont clairement la traduction juridique d’une modalité de formation : l’alternance.

À la fois non qualifiés et non demandeurs de formation

Sans nier que “l’accès à la formation, l’accompagnement et le tutorat sont des dimensions essentielles de l’emploi d’avenir”, l’Institut insiste sur le fait que l’objectif n’est pas le diplôme. Citant l’animatrice d’une unité territoriale de la Direccte[ 1 ]Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi. , l’idée d’une concurrence est rejetée : “Nous avons affaire à des jeunes non demandeurs de formation ; l’intérêt, c’est la durée longue du contrat durant laquelle ils vont comprendre les enjeux et trouver progressivement de la professionnalisation.” Deuxième élément différenciant : le profil. Alors que les apprentis sont de plus en plus diplômés, “80 % des jeunes en emploi d’avenir n’ont pas le bac et 42 % aucun diplôme”, précise l’étude. Ils sont aussi plus âgés : 22 ans contre à peine 19 pour les apprentis.

Public ou privé, mondes étanches

Renvoyant également au rang de préjugé l’idée que les emplois d’avenir auraient siphonné les fonds de l’apprentissage, la recherche-action rappelle que les emplois d’avenir ont été signés à 80 % dans le secteur non marchand, dans les collectivités territoriales et les associations à but non lucratif, deux acteurs jusqu’à présent effectivement peu consommateurs d’apprentissage. Suffisant, au regard de l’Institut Bertrand Schwartz, pour lever le soupçon de concurrence, l’analyse ne tient cependant pas compte du fait que le gouvernement réclame justement un effort accru des collectivités publiques pour relancer l’apprentissage.

Peut-être logique à l’heure où les vertus de l’alternance sont vantées par tous, mais bel et bien de nature à relancer la polémique. “Il est certain que les petites collectivités ne peuvent pas à la fois prendre des emplois d’avenir et des apprentis, de même pour tous les employeurs et les Régions : on nous demande déjà de faire des efforts pour le plan d’urgence formation sur les emplois non pourvus”, nous déclarait ainsi l’Association des Régions de France, en avril 2014.

La question de l’efficacité comparée

Et si concurrence il y a, au regard des ressources budgétaires, la question de l’efficacité comparée en termes d’insertion et de maintien dans l’emploi sera certainement posée lorsqu’une analyse des sortants d’emplois d’avenir sera publiée. L’honnêteté demandera alors de ne pas oublier ce qui vient d’être éclairé par la recherche-action de l’Institut Bertrand Schwartz : le public des emplois d’avenir est plus éloigné de l’emploi que celui de l’apprentissage.

Consulter l’étude.

Notes   [ + ]

1. Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi.

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