Pierre Caspar, le maître malicieux de la formation professionnelle des adultes

Par - Le 25 novembre 2020.

Pierre Caspar nous a quittés : d’un coup d’un seul la formation professionnelle a perdu un arbre prodigieux et malicieux, son conteur et son maître.
Et trois pères.

L’hindouisme abrite quelques millions de divinités, mais trois sont à l’origine de tout : Brahma, le souffle, celui de l’origine, Vishnu, celui qui préserve et Shiva, celui qui détruit et qui crée.

Dans notre pays, en matière de formation professionnelle des adultes, Pierre était Brahma, Vishnu et Shiva à lui tout seul. L’initiateur, le maître malicieux et bienveillant qui soutient et qui tient, le joyeux inventeur de formes neuves.

Au côté de son « père » (notre grand-père à tous, Bertrand Schwartz) et quelques autres, il lance, il invente, il initie tout dans les années 1960. Le terrain, c’est la sidérurgie, les mines, la Lorraine. Un moment de souffle et de déflagration qui va ouvrir mille pistes. L’un de ces moments rares de cristallisation où une musique nouvelle s’invente.

La formation des adultes en France est en partie fille de ce moment-là.
Pierre Caspar est de la toute première équipe des inventeurs : à la contrebasse dans le premier jazz band. De ceux qui imaginent et interviennent pour développer dans un même mouvement les personnes au travail, les entreprises où ils travaillent, la société.

Et puis cela ne s’arrêtera pas, pendant un demi-siècle.

Entrepreneur (co-fondateur de Quaternaire Education), intervenant en France et en Europe, ingénieur (des mines), docteur (Berkeley), sociologue, chercheur, directeur de cabinet de ministre, titulaire de la chaire de formation des adultes du CNAM, l’ingénierie de formation (la rencontre des ingénieurs et des pédagogues), l’investissement immatériel (la rencontre des économistes et des formateurs), l’éducation non formelle, l’accès aux lieux de savoirs, les technologies, la formation ouverte et à distance : traverser l’histoire de Pierre Caspar, c’est traverser notre histoire.

Alors pourquoi faire encore vivre aujourd’hui Pierre Caspar, cette synthèse extraordinaire pour la formation des adultes de Brahma, de Vishnu et de Shiva ?

Parce qu’il avait, aussi, un talent exceptionnel pour voir devant. Pour discerner les signaux faibles et les autres, démêler les écheveaux inextricables de faits contradictoires ou déprimants, tracer les lignes de ce qui va nous arriver.
Ce talent éclate dans sa magistrale conclusion au justement fameux Traité des sciences et des techniques de la Formation (éd. Dunod, 2017) qu’il dirigeait avec Philippe Carré.

Il peut aussi s’entendre et se voir.
L’UODC a eu le bonheur de l’accueillir en 2011, à l’occasion de la sortie de son livre : La formation des adultes. Hier, aujourd’hui, demain (éd. d’Organisation, 2011).

Dans ce livre testament, son dernier, il revisite sa traversée de ces cinquante années-là. C’est une histoire vécue, réfléchie, réinterrogée des questions clefs que travaille la formation des adultes. C’est une leçon de vie, en ce sens que c’est le genre de livre qui donne envie d’agir, de penser autrement, de réfléchir, de lire, de se battre dans un monde qui paraît souvent devenu fou.

Entendre et voir Pierre ?
Un grand moment, avec un Pierre noué par l’émotion aussi, que l’UODC est heureuse de rendre aujourd’hui accessible à tous.
Il suffit d’aller ici : Le métier de formateur d’adultes : 1960 – 2030 et de renseigner email (Pierre.Caspar) et mot de passe (uodc).

Et comme au cinéma, la dernière séquence ?
Yes we can ! Un âge d’or pour la formation aujourd’hui ? C’est tout lui aussi : discerner la lumière, soutenir ce qui émerge.

Adieu Pierre : tu sais, tu nous manques.

 

Jean Besançon est directeur de l’UODC.

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