Loi Travail: les DRH face aux ruptures à venir (Université ANDRH)

Par - Le 22 juin 2016.

Avec le renversement de la hiérarchie des normes qui se profile dans la loi Travail et les nombreux autres dispositifs sociaux portés par le texte de Myriam El Khomri, l’univers des RH se voit particulièrement bousculé. Nouvelles ruptures, nouveaux enjeux, nouvelles pratiques… autant de thèmes abordés par l’Association nationale des directeurs de ressources humaines (ANDRH) lors de son Université annuelle, organisée à Reims le 19 juin 2016.

Accords d’entreprise qui surclassent les accords de branche, mise en place d’un compte personnel d’activité (CPA) devant intégrer un compte personnel de prévention de la pénibilité (C3P), nouvelles pédagogies formatives introduites par le développement du numérique… les bouleversements à venir pour les directions des ressources humaines sont nombreux. Et pour l’ANDRH, l’association qui regroupe 5 000 professionnels du secteur, l’édition 2016 de son Université fut l’occasion de poser quelques-uns de ces sujets sur la table. « L’enjeu de ces rencontres était aussi de réussir à faire le tri dans ce que l’actualité nous présente comme des ruptures : sont-elles à venir ? Sont-elles déjà en place ? Comment nous impacteront-elles ? » explique Bénédicte Ravache, secrétaire générale de l’ANDRH et ex-DRH groupe au sein du cabinet Julhiet-Sterwen.

C’est ainsi le cas de la transposition de l’Ani [ 1 ]Accord national interprofessionnel 2014 sur la formation professionnelle qui, selon le temps médiatique, relève du passé. Mais pas pour la plupart des DRH chargés d’en appliquer les dispositifs (entretiens professionnels, etc.) au quotidien. « Et sur le plan de formation, cette Université nous a aussi permis d’assister aux présentations de nouveaux outils pédagogiques comme le Mooc du groupe Eurotunnel pour développer l’attractivité des métiers du ferroviaire et le dispositif digital déployé par la SNCF visant donner des outils aux RH en situation de négociation sociale ou d’explorer de nouvelles thématiques autour de la notion d’apprenance » ajoute la secrétaire générale de l’Association. Signe des temps et de l’importance du dossier formation dans le portefeuille des DRH, Yves Barou, président de l’Afpa, était venu assurer un keynote consacrée aux ruptures et continuités de la formation professionnelle des adultes.

«Le CPA ne doit pas devenir une usine à gaz»

Car bien sûr, face à un environnement de plus en plus mouvant et encore aujourd’hui incertain (à quoi ressemblera la rédaction définitive du projet de loi El Khomri ?), les DRH s’inquiètent. Sur le compte personnel d’activité (CPA) notamment. « Sur le principe, la consultation de nos membres a montré un accueil favorable à ce projet qui doit permettre de répondre aux discontinuités des parcours professionnels, mais en espérant qu’il ne devienne pas une usine à gaz » souligne Bénédicte Ravache. Autant dire que les décrets d’applications seront observés à la loupe par les professionnels des ressources humaines. Ils avaient été échaudés par ceux de la Loi Rebsamen d’août 2015 concernant le compte pénibilité. Se pose évidemment la question de l’inversion de la hiérarchie des normes induite par le fameux article 2 du texte actuellement porté par la ministre du Travail : celui qui privilégie l’accord d’entreprise sur celui de branche. Une enquête interne à l’ANDRH réalisée en mars dernier et dont les résultats ont été dévoilés à l’occasion de ces rencontres, a permis de déterminer qu’il existait un relatif consensus sur le sujet parmi les DRH. Ils jugent que si l’entreprise reste l’échelon le plus pertinent du dialogue social, elle ne saurait pour autant traiter l’intégralité des sujets nécessitant des discussions entre représentants du personnel et des salariés au vu de leur nombre et de leur complexité. Et là encore, c’est avec une certaine appréhension que les directions des ressources humaines se projettent dans l’avenir.

Notes   [ + ]

1. Accord national interprofessionnel

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