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"Nous souhaitons qu’une liste de certifications/labels puisse être rapidement publiée afin de permettre au secteur de s’adapter avant l’échéance du 1er janvier 2017" (Jean Wemaëre, président de la FFP)

Knock Billy : Le décret qualité du 30 juin 2015 a été publié. Pouvez-vous rappeler l’implication de la FFP sur ce chantier ?

Jean Wemaëre : La Fédération de la formation professionnelle (FFP) s’est emparée très tôt de ce sujet, dès les débats parlementaires au début de l’année 2014. Ces débats ont rappelé les amalgames et confusions réalisés au sujet de notre secteur, et combien les tentations étaient fortes d’en faire un secteur administré. C’est pourquoi nous avons accepté l’animation d’un groupe de travail à la demande de la DGEFP dans le cadre d’une mission confiée à la FFP par les ministères du Travail et de l’Économie. Notre objectif : aider les financeurs publics et paritaires à s’assurer du professionnalisme des prestataires tout en garantissant la libre entreprise pour notre secteur.

Au sein du groupe de travail multipartite, nous avons échangé sur les différentes approches de la qualité en formation, les attentes des apprenants et les éléments essentiels d’une action de formation de qualité. Cela nous a permis de formaliser des critères qualité ainsi qu’identifier des éléments objectifs permettant de les démontrer. En octobre 2014 et sur la base du nouveau cadre légal, nous avons proposé l’instauration d’un climat de confiance fondé sur les principes suivants :

  • Pour les organismes de formation engagés dans une démarche qualité reconnue, la capacité à réaliser une action de formation de qualité est présumée. Si a posteriori le professionnalisme de l’organisme peut être mis en doute, alors le financeur peut en avertir l’organisme certificateur qui pourra éventuellement en tirer les conclusions quant à la certification de l’organisme.
  • Pour les autres organismes de formation, les financeurs publics et paritaires doivent pouvoir vérifier le respect d’un certain nombre de critères témoignant de leur professionnalisme. Ceux-ci doivent être objectivables et doivent reprendre les critères issus des démarches qualité reconnues.

Pour le reste, le financeur public ou paritaire doit respecter son rôle de financeur, et ne se substituer ni au donneur d’ordre, ni au bénéficiaire. Ce sont eux les premiers juges de la qualité d’une action de formation.

K. B. - Le fait qu’un organisme de formation bénéficie d’une certification ou d’un label constitue-t-il véritablement un critère qualité ?

J. W. - Soyons vigilants dans l’utilisation du terme « qualité » : il recouvre en formation professionnelle des notions plurielles (efficacité, satisfaction de l’apprenant, utilité, efficience etc.). Ce que nous avons rappelé à travers notre groupe de travail, c’est que la qualité est l’affaire de tous et dépend de nombreux facteurs : co-construction d’une action de formation prédéfinie par un cahier des charges précis, implication du manager, engagement de l’individu, environnement de travail dans lequel les compétences vont être mobilisées etc. En aucun cas, une certification ou un label ne peut garantir à 100 % une action de formation de qualité. En revanche, elle permet de garantir un engagement de professionnalisme. Nous le disons depuis plusieurs années, cet engagement au service des apprenants est encore trop peu valorisé par les financeurs.

K. B. - N’y a-t-il pas de risques qu’un prestataire se retrouve confronté à autant de dispositifs de labellisation et de référencement que d’interlocuteurs ?

J. W. - Effectivement, c’est un des points de vigilance majeurs que nous avons émis. Multiplier les labels reconnus serait non seulement inutile mais surtout contre-productif. De manière directe en affaiblissant d’autant la valeur de chacun des labels. Mais aussi de manière indirecte en obligeant les prestataires de formation à renforcer leurs moyens administratifs au détriment de leur capacité d’investir et d’innover. Bref, trop de labels tuent le label.

C’est pourquoi la FFP préconise de s’appuyer sur les grandes démarches qualité dans lesquelles sont engagés les professionnels de la formation depuis plus de vingt ans, à savoir les démarches OPQF, NF, ISO. Nous souhaitons que cette liste de certifications/labels puisse être rapidement publiée afin de permettre au secteur de s’adapter avant l’échéance du 1er janvier 2017. Présente au sein du Cnefop [1] c’est dans cette perspective que la FFP prendra activement part à l’élaboration de cette liste.

K. B. - La FFP demande des explications sur certaines dispositions du décret Qualité du 30 juin 2015. Est-ce à dire que celui-ci comporte des imprécisions ?

J. W. - Certains éléments du décret ne figuraient pas dans les recommandations de la FFP. Ils doivent être clarifiés pour éviter des interprétations pouvant porter préjudice à la qualité et à l’innovation dans notre secteur. C’est le cas de la responsabilité confiée aux financeurs publics et paritaires de veiller à la cohérence du prix de la formation financée. La FFP tient à rappeler que la qualité a un coût. Ce coût est d’autant plus variable que la demande vers une formation sur-mesure et personnalisée s’accroît. Pour éviter une standardisation de l’offre au détriment des apprenants, les financements doivent s’inscrire dans une logique de mieux-disant. C’est également le cas de la nouvelle mission confiée aux Opca de s’assurer de l’exécution de l’action de formation. Ce contrôle de service fait par les Opca doit s’appuyer sur une logique de confiance a priori, et ses modalités doivent être transparentes. Avec la DGEFP, nous tiendrons mardi 8 septembre prochain un petit-déjeuner ouvert à la presse et aux organismes de formation afin d’expliciter les dispositions du décret et rappeler ces enjeux.

K. B. - Vous entendez « expliquer et encourager » votre vision du secteur de la formation professionnelle du XXIème siècle. Quelle est-elle ?

J. W. - Si nous souhaitons que la formation professionnelle soit un levier de changement, d’innovation et de compétitivité pour l’ensemble des secteurs de notre économie, elle doit d’abord s’attacher à réaliser sa propre mue. Or, il est clair que nous sommes en plein basculement. Les mutations propres à notre secteur (avancées de neurosciences, innovations pédagogiques, modification des environnements d’apprentissage etc.) s’alimentent des évolutions de l’ensemble de notre économie (accélération de l’obsolescence des métiers et des compétences, “uberisation” de l’économie portée par des attentes très fortes de personnalisation et d’instantanéité etc.).

Ce dont nous sommes persuadés, c’est que la loi du 5 mars 2014 n’a fait qu’accélérer ces tendances de fond. C’est pourquoi nous devons non seulement dépasser les blocages posés par la réforme et notamment par le CPF [2], mais nous avons aussi la responsabilité d’accompagner les mutations de notre secteur pour qu’elles soient au service d’un développement efficace et utile des compétences professionnelles. C’est le sens du travail que nous menons depuis plus d’un an avec les ministères du Travail et de l’Économie autour du thème “Capital humain et formation professionnelle, investissements pour la compétitivité”. Je me réjouis de l’avancée des travaux et tiens à remercier l’ensemble de nos partenaires. Ils feront l’objet d’une restitution puis d’une diffusion au premier trimestre 2016.

K. B. - Quelle peut-être l’utilité d’un “Pacte de confiance” entre les prestataires et les financeurs de la formation professionnelle ?

J. W. - L’ensemble des acteurs de la formation professionnelle doivent se défaire de leurs vieux réflexes. Parmi eux, la défiance a longtemps été un frein majeur à l’innovation de notre secteur. Autour des notions de liberté et de responsabilité portées par les partenaires sociaux et le législateur, nous proposerons dans les mois prochains aux financeurs publics et paritaires un “Pacte de Confiance” qui permette, en prenant en compte les préoccupations légitimes de chacun des acteurs, de remettre le bénéficiaire de la formation au cœur de notre écosystème. Nous souhaitons en effet être à l’initiative d’une logique plus partenariale au service des apprenants. Cela passe par des procédures simplifiées, dématérialisées et homogénéisées, avec des contrôles par sondage a posterori.

Paru dans le Quotidien de la formation n°2424 du 24 juillet 2015.

[1Conseil national de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelles

[2Compte personnel de formation

Mis en ligne le 24 juillet 2015

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