« Le vrai sujet, c’est l’investissement dans les compétences » (Emmanuelle Pérès, FFP)

Par - Le 09 février 2018.

Lors d’un colloque sur l’innovation en formation organisé mardi 6 février à Lyon par la Fédération de la formation professionnelle Auvergne-Rhône Alpes, Emmanuelle Pérès, déléguée générale de la FFP, a précisé les attentes de son organisation sur la réforme en cours.

Fallait-il s’engager dans une nouvelle réforme alors que la mise en œuvre de la précédente a déjà fortement bousculé les organismes de formation ? Pour répondre, Emmanuelle Pérès évoque la dimension systémique de la réforme de 2014 : il s’agissait alors tout à la fois de redonner de la liberté aux entreprises avec la suppression du 0,9 %[ 1 ] les entreprises de plus de 300 salariés avaient une obligation de dépense de 0,9 % au titre du plan de formation, de responsabiliser les individus avec le compte personnel de formation (CPF) et de promouvoir les logiques d’accompagnement avec le conseil en évolution professionnelle (CEP) et l’entretien professionnel. Où en est-on ? « Les résultats ne sont pas là », estime la déléguée générale : « 345 000 CPF entre janvier 2015 et décembre 2017, c’est 1 % des actifs et, surtout, les entreprises n’ont pas été accompagnées. » Et face à un taux d’accès à la formation qui plafonne aujourd’hui à 36 % quand la moyenne de l’OCDE s’établit à 50 %, elle n’hésite pas à réclamer une « vraie réforme » qui attaque frontalement le sujet de « l’investissement dans les compétences ».

Supprimer les listes

De la réforme précédente, Emmanuelle Pérès appelle à conserver les fondamentaux : premièrement, « l’individu au cœur du système », accompagné dans une logique de co-construction pour faire émerger la demande ; deuxièmement, l’« élargissement de l’action de formation », qui peut désormais être à la fois « distancielle et séquentielle ». En revanche, elle incite fortement à tirer les leçons d’une mise en œuvre qu’elle estime éloignée des enjeux initiaux. La revendication principale porte sur le CPF, dont il faudrait supprimer les listes[ 2 ] Liste nationale interprofessionnelle (LNI) des certifications éligibles au compte personnel de formation et monétiser les heures. Appelant à revenir à l’esprit de la loi, elle réaffirme la nécessité de sécuriser les parcours professionnels des individus, ce qui passe selon elle par un CPF lisible, universel et susceptible d’abondement par tout un chacun. Pour Valérie Javelle, PDG du groupe Arkesys, il s’agit d’« apprendre aux individus à être autonomes et déclencheurs de leur formation ». Estimant que tout va se jouer dans les quinze derniers jours de la négociation, Emmanuelle Pérès insiste : « Un point de taux d’accès à la formation en plus, c’est 7 milliards d’euros de PIB ! » Or, estime-t-elle, peu lisible pour les Français et désuète au regard du périmètre de l’action de formation contemporaine, « la notion d’heure devient un frein à l’innovation ».

Certification

En matière de certification, Emmanuelle Pérès défend l’Inventaire, outil de reconnaissance des compétences transversales créé par la loi de 2009 et mis en œuvre en 2015, « sous la pression de la FFP ». Favorable à un renforcement des moyens de la Commission nationale de la certification professionnelle (CNCP), elle en appelle à une « homogénéisation » des procédures, estimant anormal que les certificateurs publics bénéficient d’un enregistrement de droit lorsque les structures privées doivent justifier de l’insertion de trois promotions.

Alors que le projet de loi sur la formation professionnelle est prévu pour le printemps, Emmanuelle Pérès prévient : « La FFP veut contribuer à l’écriture et sera à la manœuvre lors des débats parlementaires. »

Notes   [ + ]

1. les entreprises de plus de 300 salariés avaient une obligation de dépense de 0,9 % au titre du plan de formation
2. Liste nationale interprofessionnelle (LNI) des certifications éligibles au compte personnel de formation

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