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Une plateforme de services pour l’inclusion professionnelle des demandeurs d’emploi autistes

Par - Le 14 janvier 2019.

“En matière d’emploi des personnes autistes, le service public de l’emploi brille par son absence”, écrivait Joseph Schovanec dans un rapport[ 1 ]Rapport sur le devenir professionnel des personnes autistes, remis au ministère des Affaires sociales et de la Santé. remis en mars 2017. Un constat très critique, qui est pour partie à l’origine de l’expérimentation actuellement menée par Pôle emploi en Pays de la Loire. “Sur Innov’action, la plateforme collaborative interne de Pôle emploi, une conseillère a interpellé sur les conclusions du rapport. Je suis moi-même concerné, ayant un fils autiste, et j’avais déjà le projet de faire quelque chose : cela a été un déclencheur”, explique Guy Dutertre, directeur territorial de Pôle emploi Loire-Atlantique et chef de projet.

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À l’automne 2017, il obtient l’accord de sa direction régionale pour constituer un groupe de travail sur la question. Cette concertation débouchera dans un premier temps sur une phase de sensibilisation des équipes en interne à l’emploi des personnes autistes. L’expérimentation d’une plateforme de services à destination des demandeurs d’emploi touchés par ce handicap constitue une seconde phase, qui vient de débuter et doit s’achever en décembre 2019.

Des conseillers volontaires et spécialement formés

L’expérimentation menée repose d’abord sur la mobilisation de quinze conseillers Pôle emploi en agence, répartis sur l’ensemble des départements de la région, qui suivront chacun jusqu’à cinq demandeurs d’emploi ayant demandé à bénéficier de cet accompagnement. “Ces conseillers volontaires ont reçu une formation de trois jours pour comprendre les éléments de ce handicap”, expose Guy Dutertre, qui complète : “Ceux-ci vont mettre en œuvre leurs savoir-faire classiques et mobiliseront l’offre de services de Pôle emploi. La différence, c’est qu’ils pourront établir un lien de confiance fort avec la personne accompagnée et auront une écoute un peu différente. Car les personnes autistes ont souvent besoin d’une réassurance en continu.”

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Florence Gentrot, conseillère Pôle emploi à Pornic, fait partie des quinze agents mobilisés sur la plateforme. Depuis septembre, elle suit ainsi trois jeunes demandeurs d’emploi autistes. “Tous ont suivi un parcours classique, le diagnostic étant arrivé très tardivement”, précise-t-elle. Leurs besoins diffèrent néanmoins. Le travail porte sur la technique de recherche d’emploi pour l’un d’entre eux, qu’elle aide notamment à identifier et à parler de ses compétences, “car il n’est pas possible d’utiliser un atelier en externe”.

Avec un autre, qui a échoué à obtenir son CAP en boulangerie, elle travaille sur le projet de formation. “Nous essayons de voir s’il est possible de modifier ce qui lui a fait rater son CAP : il vient de faire une période d’immersion dans une boulangerie classique, alors que son précédent stage était dans la grande distribution, pour tester si son projet peut être viable via un contrat d’apprentissage”, explique-t-elle.
Avec le troisième demandeur d’emploi, titulaire d’un master professionnel mais ne trouvant pas d’emploi faute de mobilité, Florence Gentrot travaille sur le projet professionnel et sur les compétences transférables. “L’objectif est de l’orienter vers d’autres métiers qui seraient disponibles sur notre secteur géographique”, explique-t-elle, avant d’ajouter : “Le parcours est en fait le même que pour les autres demandeurs d’emploi, mais plus sécurisé.”

Des coachs emploi pour l’intégration en entreprise

En parallèle du travail des conseillers, la plateforme permet également le recours à des “coachs emploi”, dépendant de prestataires externes, qui interviendront pour accompagner la bonne intégration du demandeur d’emploi suite à une embauche, mais aussi à une entrée en stage ou en formation. “L’objectif final de la plateforme est l’inclusion durable dans l’emploi. En observant ce qui existait en France et à l’étranger, je me suis rendu compte que cet accompagnement en entreprise était important pour éviter les risques de rupture”, explique Guy Dutertre.
Le repérage par Pôle emploi Pays de la Loire des employeurs désireux d’accueillir des travailleurs autistes constitue un dernier élément de la plateforme, qui sera bientôt renforcé par la constitution d’un club d’entreprises “handi-accueillantes”.

Autant de leviers d’action qui seront évalués dans les mois à venir pour pouvoir éventuellement les reproduire à l’échelle nationale, expose Guy Dutertre. Il insiste : l’expérimentation “doit servir de manière plus large pour apprendre à faire davantage pour les personnes atteintes de handicap psychique”

Notes   [ + ]

1. Rapport sur le devenir professionnel des personnes autistes, remis au ministère des Affaires sociales et de la Santé.

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