Édito de Mai-Juin 2020 – Le temps de la distance

Avec l’épisode du Covid-19, la formation à distance s’est imposée. Avec le déconfinement, un retour au présentiel s’annonce. L’ampleur du rééquilibrage dépend pour partie de la capacité des acteurs à se saisir des innovations.

Par - Le 26 mai 2020.

La précédente lettre de l’innovation vous est parvenue en début de crise sanitaire, celle-ci est publiée alors que le déconfinement progressif est déjà bien entamé. Entre temps, une situation inédite aura vu les attentes se multipliaient à l’égard de l’outil formation.

S’il est encore trop tôt pour tirer tous les enseignements statistiques de la crise, il apparaît déjà que le recours à la formation n’a pas été immédiat : alors que la France comptait près de 10,2 millions de salariés en chômage partiel au 22 avril, l’enquête Acemo spéciale Covid de la Dares indiquait que seuls 4,7 % des salariés concernés avaient bénéficié d’une action de formation au 31 mars. Le chiffre est évidemment à mettre en regard du tsunami qui s’est abattu sur un secteur de la formation sommé du jour au lendemain de « passer au distanciel ». Non seulement une véritable digitalisation de la formation n’est pas de l’ordre de l’improvisation mais, Daï Shen, directeur général du groupe Demos nous le précisait le 13 mai : « facilité d’accès ne rime pas avec facilité d’apprentissage … bien au contraire. Apprendre est un acte conscient qui demande un effort. À distance, cet effort ne repose que sur sa volonté. Il est donc nécessaire de planifier des temps d’apprentissage, de réflexion, d’interrogation. Il faut s’attendre à passer par des hauts et des bas, en conservant son objectif. » Et sans doute aussi s’intéresser aux travaux de l’expert en tutorat à distance, Jacques Rodet : http://blogdetad.blogspot.com/.

 À marche forcée

Dans un entretien à Centre Inffo publié le 22 avril, Pierre Courbebaisse, président de la Fédération de la formation professionnelle, précise que seulement 10 % des formations étaient dispensées à distance avant la crise sanitaire. De quoi se déclarer « impressionné des progrès réalisés en peu de temps » : « en un mois, leur nombre a doublé voire triplé. » Dans un pays où l’accès à la formation est fortement lié au cadre légal, il est également intéressant de constater que « le compte personnel de formation (CPF), a joué son rôle d’amortisseur de crise dans le cadre de la politique de l’emploi, alors que c’était un outil nouveau », déclarait au Quotidien de la formation Michel Yahiel, directeur des retraites et de la solidarité à la CDC[ 1 ]Caisse des dépôts et consignations., dans un article publié le 14 mai : « ce n’était pas acquis que le système se comporte de cette façon. La période aurait pu être fatale au CPF, du fait de l’arrêt de toutes les formations présentielles. Mais avec le développement des formations à distance, nous avons limité drastiquement la chute d’activité, puisque nous sommes passés d’un flux de 20 000 inscriptions par semaine au début de la crise à 8 000 à la fin, cela grâce au doublement des formations à distance. Aujourd’hui, notre catalogue compte 730 000 sessions, dont 200 000 à distance, concernant environ 13 500 organismes. » Dans un entretien publié le 12 mai, Béatrice Quertain, responsable formation de SCC et du Garf Paris[ 2 ]Groupement des acteurs et responsables formation., rappelait elle que le CPF n’épuise pas les possibilités d’accès à la formation : aucune demande dans son entreprise, ni intervention du Fonds national emploi formation (FNE), mais un recours massif à la formation ouverte et à distance en lien avec une cinquantaine de prestataires, avec l’assurance que « 2020 ne sera pas une année blanche. » Elle souligne une « aide importante » pour ce maintien de l’effort formation : « l’accord paritaire de la branche du numérique prévoyant un financement conventionnel notamment pour la FOAD durant le télétravail. »

Opportunités

La crise comporte aussi son lot d’effets d’aubaine. Ainsi, l’École française, organisme de formation à distance créé il y a trois ans, nous affirmait dans un article publié le 14 mai avoir vu ses inscriptions augmenter de 500 %. Effets d’aubaine mais aussi trous dans la raquette d’une ampleur inquiétante selon l’Unesco, qui pointe dans un communiqué en date du 21 avril, « une fracture numérique préoccupante dans l’enseignement à distance », avec quelques 50 % des élèves et étudiants dans le monde qui n’ont pas d’ordinateur à domicile et 43 % pas d’accès à internet. En France, c’est l’occasion de signaler la mission d’information sénatoriale sur la lutte contre l’illectronisme et pour l’inclusion numérique, qui a débuté ses travaux en en visioconférence le 13 mai. Le président de la mission, Jean-Marie Mizzon, y a évoqué « un État qui se dématérialise à grande vitesse et une formation aux usages numériques à petite vitesse.­ » Pour le secteur de la formation, qui vient de connaître une digitalisation TGV, c’est le moment de rappeler l’urgence d’une montée en compétences collective ! À cette condition, le retour annoncé du présentiel procèdera d’un nouvel équilibre avec les technologies de l’information et de la communication.

« Innover, c’est aimer »

À l’occasion du changement de poste de Denis Cristol évoqué dans cette 17ème édition de la lettre de l’innovation, ceux qui ne la connaissaient pas déjà découvriront l’association Progrès du Management (APM). Club de dirigeants fondé en 1987 dans l’objectif de favoriser les échanges de pratiques et savoir-faire, l’APM dispose entre autres d’une chaîne Youtube où s’expriment ses experts inspirants. Nous y avons déniché une intervention d’Idriss Aberkane, conférencier consultant auteur du best-seller Libérez votre cerveau ! Le thème ? « Innover, c’est aimer. ». 6’56 pour envisager l’après avec gourmandise :

LA FOAD AU TEMPS DU COVID-19
Envie d’un tour d’horizon des nouvelles pratiques et des ressources relatives à la législation, à la mise en place de la formation à distance ainsi que des outils et solutions disponibles gratuitement pendant la pandémie ? Centre Inffo vous propose en libre accès son dossier documentaire « La FOAD au temps du covid-19 » : https://www.ressources-de-la-formation.fr/doc_num.php?explnum_id=22448

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Notes   [ + ]

1. Caisse des dépôts et consignations.
2. Groupement des acteurs et responsables formation.

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