L’Afref ausculte le bilan de la réforme de 2018

 Quel bilan faites-vous de la réforme née de la loi « avenir professionnel » ? Cette question l’Association française pour la réflexion et l’échange sur la formation (Afref) l’a posée à différents acteurs de cette réforme, lors d’une matinée de débat, jeudi 24 février. 

Par - Le 28 février 2022.

« Les objectifs de la loi étaient la compétitivité des entreprises, la sécurisation des parcours, et l’insertion professionnelle des personnes éloignées de l’emploi. Au nombre des succès, il y a bien sûr l’apprentissage », a assuré Catherine Fabre, députée LREM, rapporteure et de la loi du 5 septembre 2018, et de son évaluation. Autre succès selon elle : le compte personnel de formation en euros. « L’individu est au coeur de l’initiative, avec des ressources à sa main, pour qu’il ait envie de se former. Résultat : les achats de formation via le CPF ont été multipliés par 4. Et les populations bénéficiaires de ce CPF sont davantage les moins qualifiés et les femmes ».

Apprentissage, il se passe quelque chose en France

« Le processus est en cours, et il y a toujours des aménagements à faire. Mais l’architecture est fondamentalement bonne », a complété Alain Druelle, ancien conseiller formation de Muriel Pénicaud, associé fondateur du cabinet Quintet. Selon lui, « il se passe quelque chose en France au niveau de l’apprentissage, et le CPF change le regard sur la formation continue et ses apports », même s’il faut développer l’accompagnement. Maintenant, souhaite-t-il, il faut « marier tout cela au mieux », « retravailler les transitions de reconversion », et même « avancer sur la notion d’investissement malgré les normes comptables internationales qui ne le facilitent pas ».

Jean-François Foucard, secrétaire confédéral CFE CGC, n’a lui pas du tout partagé ce satisfecit. « Je ne suis pas sûr du tout de voir un changement de modèle. On est au milieu de nulle part. Apprentissage et CPF ont tout écrasé, mais on n’a pas de nouveau modèle de formation tout au long de la vie ». Selon lui, toutes une série de questions restent posées : la présence des tuteurs en entreprise, les entreprises non formatrices, la modularité des diplômes toujours pas faite, le fait de savoir qui paie de quoi vivre durant une formation… « Aujourd’hui, l’orientation et le financement ne sont pas à niveau ».

Responsabiliser les entreprises

« La loi de 2018 est courageuse et bouleverse les choses : fin du carcan de la définition de l’action de formation, paysage Opco simplifié… », a soutenu Fabien Lagriffoul, directeur formation chez EDF. Mais il estime qu’il faut aller plus loin : « responsabiliser les entreprises », « lever les freins pour le travail des mineurs en apprentissage », « lever le centralisme de gestion », « mettre fin aux lourdeurs administratives ».

« Avec cette réforme, les prestataires de formation vivent un changement de modèle, qui pose la question du coût du passage d’un système à un autre », a conclu René Bagorski, président de l’Afref. « Qui doit être responsable de quoi et garant de quoi en matière de financement? Au niveau de l’État, des branches, des prestataires, des individus ». Autant de questions sensibles qui seront abordées le 17 mars lors de la prochaine matinée Afref consacré précisément au financement de la formation professionnelle continue.

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