Apprentissage, une réforme pour changer les mentalités

Rédigé par . Publié le 01 février 2019. Mis à jour le 12 mars 2019.

« La volonté du gouvernement avec cette réforme est d’intervenir sur les mentalités et sur la représentation qu’on peut avoir de l’apprentissage en France », a indiqué Michel Ferreira-Maia, chef de mission alternance et accès aux qualifications à la Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle [footnote]À la sous-direction des politiques de formation et de contrôle de la DGEFP[/footnote] en introduction d’une table ronde dédiée aux nouveaux enjeux de l’alternance mercredi 1er février lors de la 16ème université d’hiver de la formation à Biarritz.

Mais pour y parvenir, s’il n’a pas fixé d’objectifs chiffrés, l’exécutif a décidé d’agir à la fois sur la gouvernance, le statut de l’apprenti, l’offre de formation et sur le financement du système pour dynamiser ce dispositif et opérer ainsi une réforme « copernicienne  ». Le pilotage confié aux branches plutôt qu’aux Régions, un contrat d’apprenti plus proche de celui de droit commun, la possibilité pour les entreprises ou organismes de formation d’ouvrir des CFA, et la fin du financement de ces derniers par une subvention annuelle, sont quelques-unes des nouveautés devant être intégrées par les acteurs présents sur le plateau.

Coût contrat au cœur du système

« J’ai la conviction très forte que la transformation du mode de régulation du système dans son ensemble constitue la pierre angulaire de cette réforme, avec notamment la mécanique du financement au coût contrat » a abondé Hugues de Balathier, directeur général adjoint de France Compétences, « Bien plus qu’une nouvelle répartition des compétences (ce que font les Régions, ce que fait l’État, ce que fait France Compétences ou ce que font les branches), le cœur, c’est la compétence elle-même qui est transformée avec ce nouveau mode de régulation, » plaide-t-il. Pour lui, le financement au contrat met le jeune et le CFA au cœur du système en déclenchant le financement

Régions parties prenantes

Mais pour Catherine Veyssy, vice-présidente de la Région Nouvelle-Aquitaine en charge de la formation professionnelle, l’apprentissage et l’emploi [footnote]Représentant aussi Régions de France[/footnote], l’apprentissage ne se réduit pas au coût-contrat. Elle a indiqué que les collectivités n’avaient pas démérité dans la gestion de l’apprentissage, avec des augmentations de nombre de contrats de + 4 à 5 % chaque année. Et même + 7 % cette année. « Nous restons partie prenante » a-t-elle déclaré indiquant qu’elle allait rencontrer les branches, les partenaires sociaux et les directeurs de CFA très rapidement « pour voir de quelle manière on pouvait prendre ensemble ce virage », car elle ne veut pas perdre l’habitude de travailler ensemble qu’ils avaient prises précédemment. Pour elle la régulation de l’aide publique peut se faire via la Région, ce que devrait permettre le fonds de soutien accordé pour maintenir des CFA ouverts, même dans des zones reculées. En Nouvelle Aquitaine, comme dans d’autres régions, la collectivité se rapproche des branches et signe des contrats de filières, déclinaison du contrat de plan régional de développement des formations et d’orientation professionnelles (CPRDFOP), avec un volet apprentissage.

Souplesse

Les entreprises et les branches comptent bien continuer à travailler avec les Régions. Elles ont souligné les avancées en matière d’ingénierie de la formation. « Avec la réforme notre avis conforme est nécessaire pour mettre à jour de nouvelles certifications, et en aval, les professionnels devront être présents à côté des inspecteurs pour le contrôle pédagogique. » a pointé Manuèle Lemaire, directrice générale déléguée du Campus Veolia. Elle apprécie la souplesse pour l’ouverture de sections, dans le choix de la durée du contrat, parcours plus individualisés « je pense que nous pourrons capter plus de jeunes, car souvent, la durée de la formation est un frein, » a-t-elle assuré. Côté apprentis, Aurélien Cadiou (Association nationale des apprentis de France) s’est félicité « du coup de pied dans la fourmilière  » qui fait bouger le paysage. Pour les apprentis il se réjouit de la possibilité de conclure des contrats jusqu’à 29 ans révolus (à condition que cela ne pénalise pas les apprentis mineurs qui peinent à trouver des contrats) et que l’apprenti puisse démissionner. Ce qu’il ne devrait pas avoir à faire s’il a bien été orienté et que l’apprenti sait dans quoi il s’engage. Le rôle d’information sur les métiers confié aux Régions est essentiel selon lui. Il est rejoint par Dominque Crayssac (CCI Occitanie)  : « Tout ceci n’a de sens que si, au préalable, tout ce travail sur la découverte des métiers et sur l’orientation est calé et visible par le public. Qu’il n’y ait pas 56 acteurs, qui s’emparent du sujet et que ce soit clairement identifié  ».

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