« Des ajustements à la loi Avenir professionnel en 2021, si nécessaire » (Elisabeth Borne)

A l’issue de concertations avec les partenaires sociaux au premier semestre 2021, le gouvernement pourrait décider « d’ajuster si nécessaire » la loi Avenir professionnel, affirme la ministre du Travail Elisabeth Borne dans un entretien exclusif accordé à Centre Inffo.

Par - Le 14 décembre 2020.

Centre Inffo – Le plan de relance consacre plus de 15 milliards d’euros à l’emploi et au développement des compétences ? Quelles sont vos priorités ?

Elisabeth Borne – Dans cette période de crise, nous avons trois grandes priorités : préserver les emplois, développer les compétences des salariés et aider chaque jeune à trouver une solution adaptée à ses besoins.

C’est le volet « Emploi et compétences » du plan de relance qui répond à nos deux premières priorités :  plus de 15 milliards d’euros sont consacrés à l’emploi et à la formation. A travers lui, nous mobilisons des moyens et des outils massifs pour éviter les licenciements et préserver le capital humain des entreprises – comme avec l’activité partielle de longue durée. Nous investissons également pour permettre aux salariés de se former, que ce soit pour monter en compétences ou se reconvertir, afin de répondre aux besoins des entreprises et des métiers porteurs, comme avec le « FNE-Formation », la « Pro-A » ou encore avec un nouveau dispositif « transition collective » que nous avons bâti avec les partenaires sociaux. Ainsi, notre objectif est de donner à chacun la possibilité d’accéder à l’emploi et de s’y maintenir durablement, tout en permettant aux entreprises d’avoir les compétences nécessaires pour qu’elles soient plus résilientes et plus compétitives.

Notre troisième priorité, ce sont les jeunes. Avec le plan « 1 jeune, 1 solution », ce sont désormais 7 milliards d’euros (soit un triplement des moyens traditionnellement consacrés à la jeunesse) qui sont investis pour apporter une solution à chaque jeune, quelle que soit sa situation (un emploi, une formation, une mission, un accompagnement). Et les premiers résultats sont là : près d’un million de jeunes ont été embauchés entre août et octobre et l’année 2020 sera une année historique pour l’entrée en apprentissage.

 

Centre Inffo – Quel bilan faites-vous des premières mesures déployées ?

Elisabeth Borne – Il est bien sûr trop tôt pour crier victoire mais le plan de relance se déploie bien et commence à porter ses fruits dans certains domaines. C’est vrai pour les jeunes notamment : près d’un million de jeunes ont été embauchés entre août et octobre, soit autant que l’an passé à la même période. Plus de 6000 accords d’APLD ont été signés et protègent plus de 300 000 salariés.

En matière de formation des salariés, les entreprises ont commencé à mobiliser le FNE-formation. Dès le début de la crise, nous l’avons repensé pour l’orienter au profit de ceux qui étaient en activité partielle afin de les faire monter en compétences, souvent à distance. Aujourd’hui, nous avons passé la barre des 320 000 salariés partis en formation dans le cadre de l’activité partielle. Ce sont plus de six millions d’heures de formation. Construit dans l’urgence, il a été largement mobilisé et continue de l’être, à part égales entre PME, ETI et grandes entreprises.

L’étape suivante est le déploiement de la formation dans le cadre des accords d’APLD. Il faut accompagner les entreprises pour aller vers des formations plus longues et des parcours plus structurés à proposer aux salariés. Les périodes de chômage partiel doivent permettre aux salariés de continuer à acquérir de nouvelles compétences, de renforcer leur employabilité. Ce sera l’une des clés de la relance.

 

Centre Inffo – De nombreuses concertations sont engagées avec les partenaires sociaux. Quel est l’état d’avancement des concertations sur les sujets formation. Sur la question des reconversions professionnelles, comment va se déployer le nouveau dispositif « transition collective » ? Faut-il s’attendre à des évolutions des dispositifs déjà existants (CPF de transition, Pro-A)?

Elisabeth Borne – Les dispositifs existants (FNE-formation, CPF de transition, Pro-A) sont renforcés dans le cadre du plan de relance afin de répondre aux enjeux autour du développement des compétences des salariés. Le dispositif de « transition collective », quant à lui, a été construit en étroite concertation avec les partenaires sociaux. A travers lui, notre objectif est double : tout faire pour éviter à des salariés de passer par le choc du licenciement et réduire les tensions sur certains métiers. L’idée est de permettre aux salariés dont l’emploi est menacé de suivre une formation vers des métiers porteurs ou en tension au sein d’un même bassin d’emploi. Cela permet d’éviter les licenciements tout en répondant aux problèmes de recrutement rencontrés par certains secteurs. Pendant la formation, la rémunération du salarié et les coûts de sa formation sont pris en charge par l’Etat avec les entreprises concernées. Pour les PME, l’Etat prendra en charge la totalité des rémunérations et des frais de formation. Le ministère est en cours d’élaboration des différents outils qui permettront sa mise en place opérationnelle. Nous voulons expérimenter ce dispositif sur quelques territoires qui ont déjà mis en place des plateformes territoriales d’ici la fin de l’année avant de le généraliser courant janvier. Un appel à manifestation d’intérêt a été lancé la semaine passée pour les territoires qui souhaitent l’expérimenter, notamment les territoires d’industrie.

 

Centre Inffo – Des discussions sont engagées sur le suivi de la réforme de la formation professionnelle : quels aménagements peuvent émerger de ces discussions (en termes de dispositifs, de financement et de gouvernance du système de la formation) ?

Elisabeth Borne – Une partie de l’agenda social est consacré au « suivi des réformes » avec les partenaires sociaux et en particulier sur la formation professionnelle. Des concertations se dérouleront dans le courant du premier semestre 2021 pour dialoguer avec les partenaires sociaux afin d’apporter des ajustements à la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, si nécessaire. Pourront ainsi être examinées la gouvernance de la formation professionnelle, l’accès à la formation des salariés d’entreprises de 50 à 250 ainsi que la facilité des transitions professionnelles.

 

Retrouvez l’interview intégrale d’Elisabeth Borne dans le numéro 1000 d’Inffo formation.

 

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