Extension des territoires zéro chômeur : la formation se développe malgré des obstacles

Une proposition de loi adoptée le 16 septembre élargit l’expérimentation Territoires zéro chômeurs de longue durée (TZCLD) à 50 nouveaux territoires. Une enquête interne dresse un état des lieux des possibilités et difficultés d’accès à la formation pour ces salariés en insertion.

Par - Le 09 octobre 2020.

L’expérimentation territoires zéro chômeurs de longue durée va être étendue à 50 nouveaux territoires, en plus des dix existants. La proposition de loi a été votée à l’unanimité le 16 septembre. Menée depuis 2017 dans des territoires ruraux ou politique de la ville, l’expérimentation a abouti à la création de 13 entreprises à but d’emploi (EBE), qui embauchent en CDI, sur la base du Smic, 900 personnes privées d’emploi depuis plus d’un an, pour des activités utiles à la société et non concurrentielles.

Alors que les opposants à cette extension pointent le coût du dispositif, la plupart des EBE étant déficitaires, ses défenseurs soulignent les nombreuses retombées associées : sur la santé, la consommation, la redynamisation de ces territoires, et aussi la formation des salariés. Ceux-ci étaient sans emploi depuis plus de 4 ans et ont un niveau V (CAP) de formation. « La montée en compétences est donc un enjeu important, même si la priorité des entreprises a d’abord été de développer leur activité et de stabiliser les salariés« , indique Hélène Bamogo, qui accompagne les EBE sur cette question pour le fonds d’expérimentation.

Obstacles

Selon une enquête interne, fin 2019, 80% des EBE disaient rencontrer des difficultés d’accès à la formation. D’ordre financier, d’une part, puisque leur taille, de plus de 50 salariés, ne leur permettait pas d’accéder aux fonds mutualisés. « Cet obstacle a été partiellement levé puisqu’elles peuvent désormais accéder à des crédits complémentaires du PIC (plan d’investissement dans les compétences) IAE (insertion par l’activité économique) », rappelle Hélène Bamogo. Les salariés des EBE ne sont pas non plus éligibles aux formations de Pôle emploi. Quant à celles proposées par les Régions, elles ne sont pas toujours adaptées en termes de lieu, de volume horaire, de prérequis. « L’éloignement des organismes de formation est un obstacle important« , précise-t-elle. Enfin, il n’est pas simple de formaliser les besoins de formation, d’établir un plan de développement des compétences — seules 60% l’ont fait en 2019 — et de mobiliser l’ingénierie nécessaire.

POEC et CQP

Malgré ces freins, 626 salariés d’EBE se sont formés en 2019, pour un total de 15 000 heures. « Certains ont suivi une POEC en amont de leur recrutement, pour pouvoir occuper leur poste, d’autres une fois embauchés, ont passé des habilitations — électriques, Caces (certificat d’aptitude à la conduite en sécurité) –, ou suivi des formations à l’informatique ou à la cohésion d’équipe« , ajoute Hélène Bamogo. Ce sont souvent des formations courtes, d’adaptation au poste, mais pas uniquement. Par exemple, à la Fabrique de l’emploi, à Lille, un salarié a fait une formation en animation 2D-3D (deux à trois dimensions) dans le cadre d’une POEC (préparation opérationnelle à l’emploi collective) de quatre mois, et plusieurs autres se sont formés au CQP (certificat de qualification professionnelle) d’agent de restauration développé par Cuisine Mode d’emploi. A Colombelles, un CAP travaux paysagers est en cours.

CléA, Afest et VAE

La formation aux compétences de base va être renforcée: « A Pipriac, l’entreprise Tezea a positionné 60 salariés pour obtenir la certification CléA (certificat de connaissances et de compétences professionnelles)« , ajoute Hélène Bamogo. Plusieurs EBE sont aussi en réflexion pour développer l’Afest (action de formation en situation de travail) : « A Mauléon, une responsable RH de l’Esiam s’est formée à la méthodologie Afest et va identifier des situations formatrices parmi les activités de l’entreprise, c’est le début de la démarche« , explique-t-elle. Enfin, la Fabrique de l’emploi va tester la reconnaissance des acquis de l’expérience: « Un référent a été formé au dispositif « différents et compétents », issu des entreprises adaptées, qui permet aux salariés de se positionner sur un référentiel métier en constituant un dossier de preuves et en présentant ce qu’ils savent faire« , conclut Hélène Bamogo.

Le fonds d’expérimentation va continuer à appuyer les EBE dans leur démarche de formation.

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