L’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme célèbre ses 20 ans

A l’occasion de ses 20 ans, l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI) élargit sa base aux Régions et aux opérateurs de compétences, propose de nouveaux outils de repérage, et repense ses stratégies d’action. L’ensemble aura été présenté les 8, 9, et 10 décembre lors des trois jours du festival 100% digital.

Par - Le 09 décembre 2020.

L’ANLCI a 20 ans en 2020. C’est l’occasion d’un tournant dans sa gouvernance et d’un renforcement de ses moyens d’action. Le groupement d’intérêt public, jusqu’ici essentiellement composé de ministères, est en train de s’élargir aux Régions et aux Opco. « C’est une demande que nous avions formulée dans un rapport remis en 2019, précise Christian Janin, président de l’ANLCI, la politique de prévention de l’illettrisme aura ainsi une déclinaison régionale et un relais dans les entreprises. » Avec l’adhésion de Régions de France, l’équipe de l’ANLCI va en effet s’étoffer de 18 correspondants régionaux, à partir de janvier 2021.

Cinq Opco

Du côté des Opco, on compte déjà cinq adhérents: Akto, l’Opco EP, Uniformation, l’ANFH et l’Opco Mobilités, auxquels s’ajouteront sans doute bientôt Ocapiat et le CNFPT. « Cet élargissement de notre base permettra d’améliorer le maillage des réponses et la mise en liens, qui est actuellement un frein à l’efficacité », note le président. Certif’ Pro et l’ANDRH ont par ailleurs rejoint l’agence.

Pour accompagner cette évolution, l’agence a obtenu une hausse substantielle de ses moyens : « Notre budget atteindra 3 millions d’euros en 2021, soit un quasi doublement, notamment pour rémunérer les nouveaux correspondants régionaux », ajoute Christian Janin. Le ministère du Travail reste le principal financeur, mais tous les adhérents participent à leur niveau.

Formation au repérage

L’ANLCI met en avant ses nouveaux outils. Sur le repérage des situations d’illettrisme, l’agence va lancer un module de formation en ligne, « illettrisme-tous-concernés! », qui est une aide à la détection pour tous les professionnels au contact du public: agents de la CAF, agents de mairie, de Pôle emploi. « La politique de prévention doit réussir à toucher les personnes qui échappent aux radars car elles ne se déclarent pas », explique Hervé Fernandez, directeur de l’ANLCI. Une fois les personnes repérées, l’ANLCI met à disposition son outil « Evacob », de positionnement et d’évaluation des compétences de base.

En entreprise

Porter la problématique dans l’entreprise est un des chantiers de l’agence. « On estime que 50% des personnes illettrées sont en emploi, donc le besoin est massif, explique Christian Janin. Or les entreprises ne s’en aperçoivent que lorsqu’elles doivent reclasser un salarié, c’est-à-dire trop tard. »

D’où le lancement d’un nouvel outil — « Ev@gill » — pour évaluer le risque d’illettrisme en entreprise. « Un questionnaire en ligne réalisable en 10 minutes (secteur d’activité, âge, niveau d’études), permet à toute entreprise d’avoir un pré-diagnostic pour évaluer le niveau de risque parmi ses salariés », précise-t-il.

Territoires et acteurs de l’insertion

Pour toucher davantage de personnes, l’agence souhaite interagir davantage avec des acteurs comme l’Afpa, les CFA, les formations au Code de la route, l’évaluation préalable à CléA. « Pour que les outils sur l’illettrisme servent au plus grand nombre, il faudrait mieux les intégrer dans le projet professionnel ou personnel des personnes« , observe Christian Janin.

L’ANLCI souhaite aussi intervenir davantage en lien avec les territoires, avec son programme « La Coopérative des solutions », soutenu par le Fonds social européen. « Par exemple, dans le Loir-et-Cher le Conseil départemental a identifié un problème de non-recours aux droits pour cause d’illettrisme, et nous allons accompagner ceux qui veulent agir dans le prototypage de leur propre solution« , ajoute le président.

« illectronisme »

« L’illectronisme » est un sujet qui percute directement l’action de l’ANLCI, même s’il ne fait pas réellement partie de ses missions. « Les outils digitaux que les personnes doivent utiliser pour des démarches administratives peuvent être un levier pour avancer sur des situations d’illettrisme. C’est pourquoi nos actions pourraient s’articuler avec celles du PIC inclusion numérique », note-t-il.

La mesure des situations d’illettrisme

Mais combien y a-t-il de personnes illettrées en France aujourd’hui? La dernière enquête de l’Insee remonte à 2011, et en comptait 2,5 millions. « Nous avons obtenu que l’Insee conduise une nouvelle enquête en 2022, dans le cadre de l’enquête européenne AES qui est menée tous les cinq ans. Cela permettra de suivre l’évolution en continu », indique le président. Le comité scientifique de l’ANLCI va par ailleurs construire des indicateurs afin de publier chaque année « une géographie de l’illettrisme en France ».

Le festival ANLCI

Pour fêter ses 20 ans, l’ANLCI a organisé un festival 100% digital, « Coopérons pour que l’illettrisme recule », les 8, 9 et 10 décembre. Au programme, des présentations d’initiatives et des interventions de nombreux partenaires — Opco, Missions locales, Certif » Pro, service militaire adapté, etc. Et trois tables rondes : une sur les territoires (collectivités, Afpa, Pôle emploi), une autre sur le monde du travail (Thibault Guilluy, ANDRH, Laurent Berger, Akto), et une dernière, plus prospective. L’ensemble des débats sera accessible pendant un an sur la plateforme « Illettrisme coopérons ».

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