En 2027, faudra-t-il vraiment tout revoir ?

Faut-il réformer à nouveau la formation professionnelle ? Si la perspective de 2027 relance le débat, un consensus se dessine : plutôt que tout refonder, il s'agit désormais de corriger les déséquilibres d'un système sous tension et de redéfinir ses priorités face aux mutations économiques.

Par - Le 08 juin 2026.

À moins d'un an de l'élection présidentielle de 2027 – et des élections législatives qui suivront très probablement –, une nouvelle réforme de la formation professionnelle se profile. À chaque échéance électorale, le sujet s'invite dans les programmes des candidats, tant il est devenu central. Et l'historique des réformes – tous les cinq à dix ans – renforce cette hypothèse. Après la loi “Avenir professionnel" de 2018, qui a profondément transformé le système (monétisation du CPF, transformation des Opca en Opco, création de France compétences, libéralisation de l'apprentissage, certification qualité), un nouvel ajustement pourrait voir le jour. L'objectif : sortir d'une succession d'arbitrages budgétaires et de politiques de “stop and go" qui fragilisent les acteurs.

Faut-il pour autant engager une nouvelle réforme d'ampleur ? Sur ce point, les positions convergent : mieux vaut ajuster que tout refonder. “Il faut éviter de réformer pour réformer", prévient Jean-François Foucard, secrétaire national de la CFE-CGC. Même prudence du côté d'Olivier Faron, responsable du pôle compétences, formation et jeunesse du Medef : “La loi de 2018 a stabilisé le système, il ne faut pas le bouleverser." L'organisation patronale identifie néanmoins deux priorités : revoir la gouvernance et redéfinir les orientations stratégiques. “Il faut préserver l'apprentissage, qui reste la meilleure politique en faveur des jeunes, et mieux accompagner financièrement les transitions professionnelles", insiste-t-il.

Ne pas déstabiliser davantage

Même réserve chez David Cluzeau, président de l'Udes, qui met en garde contre une “réforme de tuyauterie institutionnelle" déstabilisante. Pour autant, il pointe les limites du système actuel : en simplifiant l'accès au CPF et à l'apprentissage, la loi de 2018 a complexifié d'autres dispositifs, notamment ceux liés à la reconversion, la grande “sacrifiée" de cette réforme. Elle a aussi renforcé une logique de marché et de court terme. “Aujourd'hui, les ajustements se font dans l'urgence, par des coupes, des plafonds et des restrictions d'usage, faute de stratégie nationale claire en matière de compétences et de qualifications", observe-t-il.

Le constat est partagé par Yves Hinnekint, nouveau président des Acteurs de la compétence. Selon lui, la réforme de 2018 atteint ses limites : “Le système est financièrement sous tension permanente, et le pays connaît toujours un déficit accru de compétences, avec un taux de chômage des jeunes toujours plus élevé que nos voisins européens." Que la prochaine réforme soit ou non un “grand soir" de la formation professionnelle, il est impérieux d'adopter, selon Yves Hinnekint, “une politique publique plus forte en matière de compétences et d'emploi, de sortir d'une logique court-termiste de coups de rabot budgétaires erratiques, et de mettre en place une logique d'investissement stratégique sur le long terme".

Pour François Bonneau, président de la Région Centre-Val de Loire et de la commission éducation, orientation, formation et emploi de Régions de France, aucune réforme ne pourra aboutir sans un rôle accru des Régions. “Il est temps que l'État leur fasse confiance et engage une réforme systémique", plaide-t-il, estimant qu'elles sont les mieux placées pour répondre, dans la durée, aux besoins des territoires et des entreprises. “Fortes des responsabilités qu'elles exercent sur la mobilité, l'éducation, l'orientation, la formation ou l'économie, elles sont le bon niveau pour répondre par des stratégies pluriannuelles au défi des compétences et aux besoins des entreprises dans le conteste des transitions", assure François Bonneau.

Vers une nouvelle gouvernance

Dans ce paysage, le nouveau Conseil national de l'orientation et de la formation professionnelles pour le développement des compétences pourrait devenir un lieu-clé de réflexion. Cette instance quadripartite placée auprès du ministre chargé de la formation professionnelle, a été créée par l'accord national interprofessionnel (Ani) sur les transitions et reconversions professionnelles, puis inscrite dans la loi du 24 octobre 20257. “En instaurant ce conseil, l'Ani de 2025 a complété le cadre de 2018 et jeté les bases d'une réflexion sur une nouvelle gouvernance de la formation professionnelle", souligne Olivier Faron.

Pour Éric Chevée, vice-président de la CPME, ce conseil pourrait notamment piloter l'évaluation de la réforme de 2018, en particulier des deux dispositifs phares que sont le CPF et l'apprentissage. “Leur succès a aussi contribué à déséquilibrer le système", note-t-il. L'enjeu est désormais de hiérarchiser les priorités face aux grandes transitions qui transforment en profondeur les métiers et les compétences. C'est aussi l'appel lancé par le Conseil économique, social et environnemental dans une étude publiée récemment : repenser en profondeur l'approche des compétences. Un chantier qui pourrait bien structurer le débat public dans les mois à venir.