Le contrat de professionnalisation, sujet à expérimentations
Souple et adapté aux publics éloignés de l'emploi, le contrat de professionnalisation est un support pour l'expérimentation de parcours innovants. De quoi en faire une piste pour assurer son avenir ? Voici trois exemples qui viennent en illustrer les possibilités.
Par Raphaëlle Pienne - Le 05 juin 2026.
C'est l'une des expérimentations nées du plan d'investissement dans les compétences (Pic). Voici quelques années, l'agence d'intérim d'insertion (ETTI) Humando, de Stains (93), s'est positionnée sur l'appel d'offres “Intégration professionnelle des réfugiés" (IPR). Il en est né le “projet Lotus", devenu désormais un programme pérenne porté par l'agence et essaimant dans le réseau d'insertion. “Il s'agit d'un dispositif spécifique à destination de bénéficiaires de la protection internationale, avec autorisation de travailler. Il leur est proposé un parcours visant l'obtention d'un titre professionnel ou un CQP [certificat de qualification professionnelle]", présente Damien Filluzeau, directeur de projet à l'agence Humando à Stains. Une qualification indispensable pour rassurer les entreprises et ouvrir un avenir professionnel, “car force est de constater qu'en France, c'est le diplôme qui facilite l'insertion professionnelle durable", complète-t-il.
En pratique, le parcours débute par un “sas" de remise à niveau de trois à quatre semaines, puis se poursuit par un contrat de professionnalisation intérimaire (CPI) de douze à quatorze mois. “Ce qui va faire la différence, comme nous sommes dans le cadre de l'IAE, c'est une équipe dédiée au suivi tout au long du parcours. L'idée est d'ouvrir les portes et de lever les freins à l'employabilité, tels que le logement", décrit le chargé de projet. Depuis 2020, près de 350 personnes ont été accompagnées dans le cadre du programme.
Pour des jeunes autistes
Le 3 juillet 2025, Jill Boucharé et Marie Rousseau étaient au Sénat. La première est présidente de “Graine d'autodétermination", la seconde de “La Cour des grands 75" : deux associations œuvrant pour l'accès à la formation et à l'emploi d'adolescents et d'adultes avec autisme. La raison de leur présence au Palais du Luxembourg ? Elle visait à soutenir la sénatrice Nadège Havet, qui soumettait ce jour-là une proposition de loi visant à pérenniser le contrat de professionnalisation expérimental (CPE). Car les deux associations ont pour point commun d'avoir développé un projet d'insertion se basant sur cette voie d'apprentissage. Mais la fin de l'expérimentation du CPE au 31 décembre 2024 les a obligées à stopper ou à revoir leurs plans.
Dans le cas de La Cour des grands 75, le CPE devait soutenir la “classe avenir pro autisme". “Nous avions basé ce dispositif sur le contrat de professionnalisation expérimental, qui était le seul permettant l'accompagnement des jeunes sur l'accès à l'emploi sans avoir besoin de viser une qualification, une certification professionnelle ou un diplôme à la fin", explique Marie Rousseau. Avec Jill Boucharé, celle-ci partage en effet la même conviction : si la barre des référentiels de qualification ou de certification est inatteignable pour ces jeunes, ils sont en revanche en capacité d'apprendre en entreprise avec des accompagnements adaptés. Or, aucun autre dispositif – spécifique au handicap ou du droit commun – n'offre selon elles les possibilités du contrat de professionnalisation en termes de durée et d'encadrement de l'apprentissage en entreprise.
“Il y a un grand trou dans la raquette. Le contrat de professionnalisation expérimental est ce qu'il manquait pour avoir des continuités de parcours inclusives, dédiées à des jeunes qui auraient des troubles du développement intellectuel – que ce soit avec ou sans autisme", explique Jill Boucharé. La proposition de loi a bien été adoptée par le Sénat. Cap désormais sur l'étape de l'Assemblée nationale, pour laquelle aucune date d'examen du texte n'a pour l'instant été fixée.
Ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas
Ce fut l'un des premiers groupements d'employeurs à répondre à l'appel lancé par leur fédération nationale. Depuis juin 2024, dans le cadre du dispositif “TrajGeiqtoire", le Geiq Métallurgie et industrie Hauts-de-France expérimente la VAE inversée5. Pour son directeur Jimmy Belot, le dispositif offre une “corde supplémentaire à l'arc" des solutions disponibles pour qualifier les personnes accompagnées. “La VAE inversée va nous permettre d'aller chercher une catégorie du public ne pouvant être envoyé en centre de formation, soit parce qu'il ne le veut ou ne le peut pas, soit parce que l'offre de formation n'est pas présente sur le territoire", explique-t-il.
Adossée à un contrat de professionnalisation, la VAE inversée offre la possibilité de valider les compétences acquises pendant la période en entreprise. “Avant le démarrage du contrat, nous rédigeons un programme de formation en lien avec l'entreprise. Il est en adéquation à la fois avec la fiche de poste et le référentiel de la certification et sera notre fil conducteur", présente Tiphaine Parant, chargée de mission RH au Geiq Métallurgie et industrie Hauts-de-France. Un suivi renforcé, doublé d'un accompagnement par un organisme extérieur (pour la rédaction du livret 2 et le jury), permettront au salarié de valider une certification à l'issue du contrat.
À la date de la fin de l'expérimentation, le 28 février 2026, le Geiq métallurgie et industrie Hauts-de-France avait initié près de 70 parcours de VAE inversée.


