Websourd : “Permettre à 300 000 sourds de s’insérer dans la société : un défi énorme !”

Par - Le 16 novembre 2010.

Neuf années d’existence au service des publics en situation de handicap auditif, en misant sur les nouvelles technologies de la communication : un engagement payant, puisque Websourd vient de se voir remettre le label “Entrepreneur innovant 2010”, décerné par le réseau Ashoka [ 1 ]“Capital-risque philanthropique” fondé par Bill Drayton en 1980, en Inde..

Fondée en 2001, la coopérative, qui fêtera ses dix ans l’an prochain, a vocation de mettre en œuvre des services technologiques d’accessibilité en faveur des publics en situation de handicap auditif afin de leur permettre de mieux s’insérer dans la vie sociale et citoyenne. “Lorsque nous avons fondé Websourd, indique son fondateur et PDG, François Gourdenove, nous voulions couper avec la logique qui consistait à tendre la main aux personnes atteintes de surdité. Au contraire, nous souhaitons les aider à se prendre en main !”

Fruit de l’union entre la Fédération nationale des sourds de France et de l’Union régionale des coopératives de Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon, Websourd n’a pas été conçue sur le modèle de l’œuvre de charité, mais bel et bien de l’entreprise susceptible de tirer des bénéfices de ses activités. Aujourd’hui, la coopérative occitane emploie 26 personnes à plein temps, dont 14 atteintes de surdité. Son credo ? Utiliser les nouvelles technologies de l’information et de la communication afin de faciliter la vie des sourds[À titre d’exemple, [Visio08, l’un des sites de Websourd, présente certaines initiatives conçues par l’entreprise.[/footnote].

“En France, il faudrait former 3 ou 4 000 interprètes spécialisés dans la langue des signes par an pour faire face aux besoins. Mais ce métier n’est reconnu officiellement que depuis la loi de 2005 sur l’égalité des chances. Nous avons pris un retard considérable. Aujourd’hui, les normes sur l’accessibilité contraignent les entreprises et les administrations à acheter ce genre de services”, considère François Gourdenove.

Aujourd’hui, près de 80 institutions (mairies, médiathèques, Caf, etc.) sont équipées des produits développés par Websourd et, notamment de son service d’interprétariat par visioconférence. Le principe ? Un interprète, facilement joignable par interface informatique (borne relais, téléphone portable, etc.) peut servir de traducteur entre la personne en situation de surdité et son interlocuteur. Mais il ne s’agit que de l’une des facettes du champ d’intervention de Websourd. “Du fait des difficultés scolaires qu’ils rencontrent dès leur plus jeune âge, 50 % des sourds sont au chômage, indique François Gourdenove. L’une de nos activités consiste également à travailler sur le sous-titrage des informations systématiques et en temps réel. De la même façon, nous avons développé un système d’information automatisée susceptible de gérer des avatars informatiques capables de s’exprimer en langue des signes. La SNCF vient de nous commander l’un de ces dispositifs pour de nouveaux panneaux indicatifs high tech, il sera prochainement installé Gare de l’Est, à Paris.”

La lutte contre la surdité, vivier de futurs emplois ? Websourd se positionne dans une démarche de recherche et de développement, mais aussi dans une logique d’entreprise. À travers la vente des prestations à un panel de clients, et le développement de nouveaux métiers.

Trois questions à François Gourdenove, fondateur et PDG de Websourd

Pour vous, les nouvelles technologies peuvent contribuer à aider les personnes atteintes de handicap auditif ?

La surdité, en plus de constituer un handicap physique, est également un handicap social. Être sourd, aujourd’hui, c’est aussi se couper de l’information, de ne pas pouvoir se tenir informé. Tel qu’il existe aujourd’hui, le système éducatif français est vecteur d’échec pour les sourds, car il provoque également de graves lacunes à l’écrit. Aujourd’hui, des outils comme internet ou le partage de vidéos permettent d’ouvrir le champ des possibles et de développer de nouveaux outils permettant aux sourds de s’insérer. Websourd ne commercialise pas seulement des produits. Notre démarche s’inscrit dans l’innovation technique, mais aussi sociale. Ainsi, notre équipe de recherche et développement comprend plusieurs sociologues.

Depuis la loi sur l’accessibilité de 2005, voyez vous une action concrète des pouvoirs publics ?

Le gouvernement met actuellement en place une série de centres relais en France. Ils permettront de développer le champ d’action permettant aux sourds, par exemple, de téléphoner via l’assistance d’un interprète. Mais la procédure est longue, car il nous faut accompagner la formation des traducteurs… et une telle formation s’étale sur cinq ans ! Demeure maintenant un autre problème, en termes de coûts financier : qui paie ? Aux États-Unis, par exemple, les opérateurs téléphoniques cotisent ensemble dans un “pot commun” permettant de mettre ces dispositifs en œuvre, car ils estiment que l’accès au téléphone est un droit. En France, c’est plus complexe. Nous avons été obligés de monter une véritable “usine à gaz” entre tous les financeurs potentiels.

Vous travaillez essentiellement avec des partenaires venus de l’économie sociale et solidaire…

Essentiellement. Nous partenaires sont en effet issus de l’ÉSS. Il peut s’agir de banques, de crédits coopératifs, etc. Mais l’intégration au réseau Ashoka, consécutive à notre politique d’innovation (technique et sociale), l’évaluation de nos chances de succès, ou notre futur impact sur la politique du handicap vont pouvoir nous permettre de changer d’échelle, de nous structurer, de grandir. À terme, ce sont les 300 000 sourds actuellement recensés en France que nous visons.

Notes   [ + ]

1. “Capital-risque philanthropique” fondé par Bill Drayton en 1980, en Inde.

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