“Compétences 2020” relance l’emploi industriel en Pays de la Loire

Par - Le 15 mars 2014.

Favoriser l’emploi industriel en Pays de la Loire. Tel est l’objectif de “Compétences 2020”, dispositif
de GPEC lancé en 2013 par l’État, les Régions et les partenaires sociaux. Secteurs stratégiques
ciblés : les filières navale, aéronautique et énergies marines renouvelables. Coup de projecteur
sur une initiative ambitieuse qui met en lien tous les acteurs de l’emploi dans la région.

La courbe du chômage peine à
s’inverser, a fortiori dans les
régions industrielles. Pourtant,
une d’entre elles résiste plutôt
bien : les Pays de la Loire. Avec
ses 8,5 % de chômeurs au troisième
trimestre de l’année 2013, la région
se place nettement en dessous de la
moyenne nationale [ 1 ]10,5 % de taux de chômage pour la France métropolitaine
au troisième trimestre 2013. Source : Insee.
. La problématique
de l’emploi demeure centrale dans la
construction de politiques régionales,
et un dispositif de gestion prévisionnelle
des emplois et des compétences
(GPEC) a été lancé en 2013 afin de
renforcer les liens entre les différents
acteurs institutionnels et économiques
de la région. “Compétences 2020” est
copiloté par l’État, la Région et les
partenaires sociaux pour accompagner
l’orientation, la formation et l’insertion
professionnelle dans le secteur industriel
de l’estuaire ligérien. Trois secteurs
stratégiques sont visés par le dispositif :
la filière navale, la filière aéronautique
et les énergies marines renouvelables
(EMR). Pour y parvenir, une cellule
opérationnelle a été mise en place. Elle
est composée des services ressources
humaines des entreprises, des Opca, de
Pôle emploi et autres acteurs de l’emploi,
des collectivités locales, de l’Observatoire
régional des compétences
industrielles (Orci), des instituts de
recherche technologique et des services
de l’État. En outre, une filière automobile
pourrait prochainement bénéficier
du dispositif. En effet, une autre cellule
opérationnelle basée dans la Sarthe est
en cours d’élaboration. Le dispositif
est financé conjointement par l’État,
la Région et le Fonds social européen.
Le budget pour deux ans de démarche
s’élève quant à lui à 250 000 euros.

Renouer le dialogue entre
les acteurs de l’emploi


La région bénéficie d’une dynamique
industrielle orchestrée par des fleurons
de l’industrie : Airbus dans l’aéronautique,
STX pour les filières navales
ou encore Alstom, qui se développe
dans le secteur des énergies marines
renouvelables, sont implantées dans
le bassin ligérien. Pourtant, un paradoxe
s’est installé en Pays de la Loire.
Il réside dans le fait que les entreprises
peinent à recruter des salariés qualifiés
pour certains postes alors que le taux
de chômage, même s’il est plus faible
qu’ailleurs, ne cesse d’augmenter depuis
la crise de 2009. C’est pour cette
raison que certaines se tournent vers
l’étranger. Une main-d’oeuvre qualifiée
qu’elles vont puiser en Inde ou dans les
pays de l’Est.

C’est en réitérant ce constat que le
point de départ de l’action du dispositif
“Compétences 2020” a été donné.
Plusieurs groupes de travail se sont organisés
afin de répondre au mieux aux
besoins des employeurs ainsi qu’aux attentes
de la population en matière d’emploi.
“Cela fait quelques années qu’il existe
un travail sur la prévision des besoins et
des compétences dans la région. Les acteurs
ont l’habitude de collaborer ensemble et
c’est sur cette base que l’on s’est appuyé
pour mettre en place ce dispositif ”, confie
Jean-Philippe Magnen, vice-président
du Conseil régional des Pays de la Loire.
Une culture du dialogue et de l’échange
qui a été exploitée afin de recenser mi nutieusement les besoins concrets des
entreprises industrielles, mais aussi dans
le but de dresser une cartographie précise
de la formation dans la région.

Mettre en place une méthode
cohérente


“Nous n’avons pas l’intention d’être dans
une approche seulement prévisionnelle.
Nous menons une démarche pragmatique
et opérationnelle qui consiste à livrer un
diagnostic et à être ensuite immédiatement
dans l’action.” Renaud Damesin,
responsable du pôle développement économique
pour le groupe Sémaphores,
en est convaincu : “Compétences 2020”
va plus loin qu’une simple démarche de
collecte. C’est un véritable levier d’actions
en faveur de l’emploi. Le cabinet
Sémaphores a un rôle clé d’animation
et de coordination au sein du dispositif.
“Nous sommes l’interface qui permet de
faire circuler l’information entre les acteurs,
de la remettre en forme et de la problématiser.”
Grâce à plusieurs enquêtes
menées en collaboration avec la Région,
le cabinet a pu recouper les postes difficiles
à pourvoir avec les besoins concrets
des entreprises. Plusieurs métiers ont
été inscrits dans la liste à valoriser :
tourneur-fraiseur, dessinateur-projeteur
entre autres. À partir de ce constat, les
acteurs du dispositif mobilisent l’appareil
d’offre de formation en déployant
des actions stratégiques afin de les adapter
à la demande des entreprises. En
parallèle, un groupe de travail axé sur
l’attractivité mène des actions de sensibilisation
pour valoriser des parcours et des
compétences. “L’objectif, c’est de sensibiliser
les prescripteurs de formations, comme
Pôle emploi ou encore les Missions locales,
afin de leur présenter l’intérêt que l’on peut
trouver à s’orienter vers certains métiers.”
Si la population régionale a conscience
de son atout en matière d’industrie,
Jean-Philippe Magnen note toutefois
qu’il y a un véritable travail sur les mentalités
à mener. “Nous souhaitons conduire
des actions d’accompagnement vers ces
métiers et peut-être les ouvrir à des publics
qui ne seraient pas venus vers eux spontanément.
C’est en ce sens qu’il est nécessaire
de travailler aussi avec l’Éducation nationale
pour mettre en place des formations
type bac pro.” Sensibiliser les jeunes dès
le plus jeune âge et leur ouvrir des perspectives
auxquelles ils n’auraient pas forcément
songé, voilà un objectif assumé
de la Région.

Un défi : pérenniser les emplois
dans l’industrie


Adapter offre et demande sur le territoire,
mais aussi permettre d’insérer durablement
les habitants de la région dans le
milieu professionnel. Pour atteindre cet
objectif, les acteurs du dispositif se sont
concentrés sur une méthode de travail
favorisant la pérennité de l’emploi. “Audelà
même d’une action menée sur une
période donnée, Compétences 2020 nous a
permis de développer une méthode de travail
adaptée au territoire et qui permettra
dans le futur de s’adapter à la donne. C’est
de cette manière que l’on garantit des emplois
durables aux habitants de la région”,
affirme Renaud Damesin. L’industrie est
tributaire de son carnet de commandes,
elle voit ses besoins évoluer en fonction
d’éléments conjoncturels. En reconstruisant
le dialogue entre tous les acteurs et
en favorisant les outils d’action et de valorisation,
le dispositif permet de faire face
aux besoins fluctuants. Les formations
délivrées doivent également permettre
d’acquérir une certaine polyvalence pour
s’adapter aux entreprises et inscrire de
manière durable l’insertion des personnes
dans l’emploi. “Il faut former les jeunes et
les demandeurs d’emploi de manière à ce
qu’ils acquièrent un socle commun ainsi que
des compétences qu’ils pourront développer
dans plusieurs filières. Cela permettra polyvalence
de la main-d’oeuvre et transversalité
des métiers.”

Le dispositif ambitionne également de
favoriser l’insertion des publics les plus
précaires. Jeunes, seniors, chômeurs
de longue durée et femmes, originellement
peu représentées dans le secteur
de l’industrie, font donc l’objet d’une
attention toute particulière. C’est à
ce titre que les travaux des acteurs de
Compétences 2020 s’appuient sur un
Geiq [ 2 ]Groupement d’employeurs pour l’insertion et la
qualification.
industrie, pour accompagner les
personnes dans leur parcours d’insertion
et les donneurs d’ordre dans la mise en
place de clauses d’insertion.
n Célia Coste
1. 10,5 % de taux de chômage pour la France métropolitaine
au troisième trimestre 2013. Source : Insee.

LA FILIÈRE NAVALE FACE À DES BESOINS FLUCTUANTS

Si l’abandon du port de Nantes a été vécu comme un véritable traumatisme par la
population, la filière navale est loin d’être morte et enterrée dans la région. Les chantiers
navals restants se concentrent autour de Saint-Nazaire. C’est le cas du groupe industriel
STX, implanté depuis quelques années à l’entrée de l’estuaire de la Loire. L’entreprise va
certainement bientôt voir son agenda bouleversé par d’importantes commandes. “Depuis
avril 2012, notre activité est plus creuse. Beaucoup d’employés sont en activité partielle.
Cependant, cela risque d’évoluer dans les prochains mois grâce aux commandes que nous
attendons”, confie Christophe Mabit, directeur des ressources humaines chez STX. En
effet, le groupe de croisières MSC Croisières serait sur le point de passer un contrat avec
le constructeur pour la livraison de deux paquebots. Dans cette hypothèse, les besoins en
main-d’oeuvre vont grandir. Les acteurs du dispositif doivent être prêts à répondre à cette
demande. Le caractère fluctuant imposé par le rythme des commandes compromet parfois
la pérennité de l’emploi. C’est en ce sens que les acteurs du dispositif Compétences 2020
doivent renforcer les leviers d’action et les marges de manoeuvre des entreprises. “Nous
développons au sein du groupe des formations internes pour maintenir à niveau les salariés,
notamment dans les périodes plus calmes. Nous pouvons également collaborer avec
des entreprises d’autres secteurs et y déployer nos salariés.”

Notes   [ + ]

1. 10,5 % de taux de chômage pour la France métropolitaine
au troisième trimestre 2013. Source : Insee.
2. Groupement d’employeurs pour l’insertion et la
qualification.

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