Xavier Royer (Union des industries textiles) : « Quand la curiosité devient la qualité de référence »

Curiosité intellectuelle et nouveau modèle post-« compétence » ? Et si les « parcours atypiques » — c’est-à-dire ceux ayant emprunté des chemins hors des sentiers battus et des normes établies (celles notamment du dogme français du diplôme) – nous donnaient quelques pistes pour l’avenir ?

Par - Le 25 mai 2020.

N’oublions pas – au-delà de ceux ne possédant aucun diplôme (de l’ordre de 6 millions d’individus et souvent considérés comme « non-qualifiés » !) — que près d’un actif sur deux exercerait un emploi qui ne correspond pas à son diplôme initial. Quelles leçons tirer de tous ces « slalomeurs » qui évoluent dans des mondes professionnels semés d’obstacles de toutes sortes ? Pour avoir étudié les « parcours atypiques » d’individus – autant diplômés qu’autodidactes – arrivés à des postes – pour reprendre leurs propos — pour lesquels ils n’auraient jamais été retenus par un quelconque recruteur, je retiens les « 4 C de réussite » (appelés ainsi dans un souci mnémotechnique) suivants :

– curiosité (de l’individu) : l’envie de connaître, de comprendre mieux leur travail et celui des autres, d’évoluer. Une envie à laquelle se mêlent enthousiasme, motivation et surtout obstination avec un fort investissement personnel ;

– confiance (de l’environnement) : essentielle. Toutefois, aussi fondamentale que soit l’intention bienveillante, il faut que les moyens soient au rendez-vous ;

– collègues : en fait, l’environnement de travail auprès duquel l’individu pourra obtenir l’écoute, les réponses aux questions, l’appui, la formation (le « compagnonnage ») ;

– chance (opportunité) : ce que l’on peut qualifier de bon concours de circonstances. C’est bien sûr ici très « ramassé ». Comme le dit le Dr. Sylvand, bardé de diplômes qu’il qualifie de « marqueurs sociaux » devenant, comme les compétences, caduques en peu de temps, l’important est l’apprentissage de l’apprentissage, la méthode, la transmission, l’expérience jalonnée d’erreurs surmontées, la capacité à gérer la complexité. Un tout petit virus et toutes les certitudes, les stratégies, les anticipations ont volé en éclats.

Or, ces « curieux aux parcours atypiques » ne sont peut-être pas les « plus forts » (bardés d’une belle combinaison de ski, de skis ultra performants, avec une bonne connaissance du tracé, etc.) mais les « plus adaptables » (petit clin d’œil darwinien), sachant slalomer dans des conditions imprévues. Ils donnent quelques pistes (skiables, pour garder la métaphore) d’un nouveau modèle pour gérer un avenir au quotidien bien souvent imprévisible.

D’ailleurs, certains envisagent la mise en place d’un Quotient Curiosité qui serait un bien meilleur atout que le QI pour gérer la complexité du monde. La compétence, aussi fondamentale soit-elle, a quelque chose de statique. La curiosité intellectuelle en est sa dynamique.

Résumons les études sur le sujet.

– La curiosité est aussi importante que l’intelligence.

– La curiosité intellectuelle est une clé pour l’apprentissage.

– La curiosité est ainsi un « booster » pour la créativité et l’innovation, une compétence qui fait révéler les potentiels.

Si l’une des matières premières majeures de demain est la matière grise, alors la clé de demain est bien résumée par un certain Einstein : « Je n’ai pas de talents particuliers. Je suis juste passionnément curieux. »

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