Portrait de Jérémy Lamri, entrepreneur, auteur et co-fondateur de Tomorrow Theory

Jérémy Lamri, entrepreneur, auteur et co-fondateur de Tomorrow Theory.

Métavers et Web 3.0 vont décentraliser les pratiques (Jérémy Lamri – 2/2)

Suite de notre entretien avec l’entrepreneur Jérémy Lamri, auteur de Métavers & RH, tout juste publié aux éditions EMS. Les technologies du Web 3.0 vont entraîner de nouvelles façons de certifier les compétences, une culture du risque en milieu virtuel est à développer.

Par - Le 18 janvier 2023.

Environnement immersif susceptible d’interactions poussées, le métavers ne sera pas sans incidence sur la formation (notre article). Et qui dit formation dit certification et là encore, le métavers et les technologies du Web 3.0 que sont la blockchain et les NFT (voir encadré) vont impacter les usages.

Pour Jérémy Lamri, « les diplômes sont de plus en plus rapidement obsolètes et, surtout, ne sont plus prédicteurs d’aucune performance. » Et c’est ce constat, sans doute à nuancer en fonction des métiers, qui donne de la valeur au recours à la blockchain pour certifier des compétences. Notamment quand nombre d’entre-elles seront davantage acquises en entreprise ou dans des contextes informels qui échappent aux circuits classiques de la formation.

Plus l’État ne sera qu’un tiers de confiance parmi d’autres en matière de reconnaissance des compétences, plus il devient nécessaire de tracer et d’authentifier les nouvelles certifications appelées à se multiplier. Précisément ce que permettent la blockchain et les NFT. Une nouvelle façon de reconnaître les compétences va se développer.

Fragmentation de la société

Coté risques, le métavers dans une perspective Web 3.0, c’est aussi la décentralisation, avec de nouvelles gouvernances à la main des usagers. Potentiellement une avancée par rapport au système centralisé du Web 2.0 où les règles sont définies par un très petit nombre d’acteurs, mais aussi un risque inhérent au fonctionnement des sociétés humaines, estime le consultant en transformation des organisations par l’innovation technologique : « quand les gens forment des communautés pour se prendre en main, ils s’agrègent par affinités systèmes de valeurs et croyances ; le risque, c’est donc que les communautés rassemblent des gens qui se ressemblent, sans s’ouvrir aux autres, avec une fragmentation à l’extrême de la société. »

Avec des premiers cas recensés d’agression dans les univers virtuels, émerge aussi la question de l’impact psychologique du métavers : « une personne qui se fait agresser, qui s’épuise ou dépense tout son argent dans le métavers, en subit les conséquences dans le monde réel », avertit-il. Il faut aussi évoquer la question de la fracture numérique, déjà bien réelle pour nombre de citoyens confrontés à la dématérialisation des démarches de tout ordre dans la version actuelle d’internet.

Fracture numérique

Qu’en sera-t-il dans le métavers ? Jérémy Lamri en appelle au concept d’ « affordance », qui caractérise la capacité d’une chose à suggérer par elle-même son usage : « pas besoin de mode d’emploi pour comprendre à quoi sert une chaise… » Problème, si les géants du web les plus « capitalo-centrés » ont rendu l’internet plus accessible, ce n’est selon lui pas le cas d’une majorité des acteurs de la formation digitale. Et surtout, « cela va de pair avec certains codes socio-cognitifs qui éloignent certaines populations, en dirigent certaines vers l’internet débilisant, d’autres vers l’internet enrichissant », alerte-t-il. D’où un appel à ce que l’État devienne aussi compétent en matière de compréhension psychologique de l’utilisation de ces nouveaux outils que les acteurs intéressés par la captation de notre temps de cerveau.

Mais au-delà de tous ces écueils, la question principale pourrait bien être de savoir si nous allons « envisager le métavers comme une fuite en avant pour échapper à un monde réel devenu trop dur, un peu comme dans Ready Player One[ 1 ]Film de Steven Spielberg sorti en 2018, adapté du roman de science-fiction Player One, publié par Ernest Cline en 2011. L’œuvre met en scène un métavers dystopique, avec un univers virtuel fortement gamifié qui permet d’échapper au monde réel post-apocalyptique., ou l’utiliser pour essayer de résoudre de façon inclusive de grands enjeux de société. »

Il y a là pour Jérémy Lamri une « ligne de crête » à maîtriser pour que le futur du web s’écrive de manière positive.

BLOCKCHAIN & NFT

De même que la réalité virtuelle et l’intelligence artificielle (notre article), la blockchain et les NFT sont des technologies constitutives du Web 3.0. Explications.

Blockchain – Gaspard Tertrais, directeur technique de Tomorrow Theory, assimile la blockchain à une « sorte de grand registre mondial [de données], décentralisé, anonyme, public et très sécurisé », sur lequel on trouve des transactions d’actifs fongibles comme les crypto-monnaies de type Bitcoin, ou non fongibles (NFT) comme une œuvre d’art numérique, une certification ou un diplôme. Technologie de désintermédiation, la blockchain renforce la sécurité de votre identité et de vos actifs par un identifiant unique et persistant. C’est un élément capital pour l’interconnexion des mondes numériques et la fluidité des échanges dans un métavers ouvert : ce qui vous appartient dans l’espace virtuel X vous appartiendra aussi dans l’espace virtuel Y.

NFT – Selon le glossaire établi par Tomorrow Theory dans son benchmark des plateformes de réalité virtuelle, « un NFT ou jeton non fongible (Non Fungible Token) est un titre de propriété unique opéré via un smart contract. » Un « smart contract est l’équivalent informatique d’un contrat traditionnel, […] qui ne nécessite l’intervention d’aucun tiers de confiance pour son exécution. » Le process est sécurisé par la blockchain.

Retrouvez la première partie de notre entretien avec Jérémy Lamri.

  • Métavers et RH – Comment le Web 3.0 repense le futur du travail et des organisations, Jérémy Lamri, éditions EMS collection Management & Société, 166 p., 2022 : editions-ems.fr/boutique/metavers-et-rh/

Notes   [ + ]

1. Film de Steven Spielberg sorti en 2018, adapté du roman de science-fiction Player One, publié par Ernest Cline en 2011. L’œuvre met en scène un métavers dystopique, avec un univers virtuel fortement gamifié qui permet d’échapper au monde réel post-apocalyptique.

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