Paul Santelmann, consultant, expert en ingénierie des compétences.

Paul Santelmann, consultant, expert en ingénierie des compétences.

Recentrer enfin la politique de formation professionnelle (Paul Santelmann)

Par Paul Santelmann, consultant/expert en ingénierie des compétences.

Par - Le 18 mars 2022.

En faisant le bilan de la loi du 5 mars 2018, les partenaires sociaux ont ouvert la voie à une réforme de la formation professionnelle articulée autour de 7 grands thèmes et de 49 propositions :

  • Encourager durablement le recours à l’alternance,
  • Professionnaliser l’utilisation du CPF et valoriser les nouvelles modalités de parcours,
  • Faire du développement des compétences des salariés un enjeu stratégique des entreprises,
  • Simplifier le système de certification au bénéfice des utilisateurs,
  • Créer les conditions d’un pilotage éclairé de la formation professionnelle,
  • Financer le système,
  • Poursuivre le chantier des transitions professionnelles (notamment intersectorielles).

Les prochaines échéances électorales sont une opportunité pour toutes les parties prenantes de s’exprimer et de suggérer des évolutions de notre système de formation professionnelle et d’apprentissage.

Dans le cadre de sa mission publique d’information et de contribution au débat public, Centre Inffo rend d’ores et déjà compte du point de vue des candidats, des élus régionaux, des partenaires sociaux, des organisations professionnelles, des professionnels, etc.

De manière complémentaire, dans un esprit de débat éclairé, nous souhaitons aussi donner la parole à des experts reconnus et publier leurs contributions en prenant appui sur nos différents supports d’information, spécialisés et reconnus des acteurs de la formation professionnelle continue, de l’apprentissage et de l’évolution professionnelle.


La tribune de Paul Santelmann

 Au gré de réformes successives, notre système de formation professionnelle présente le paradoxe d’une constellation pléthorique de dispositifs, d’acteurs institutionnels et de prestataires et d’une faible efficience au regard des budgets mobilisés. Pourtant des avancées positives ont eu lieu : la validation des acquis de l’expérience (VAE), l’abandon de l’obligation légale de financement de la FPC ou la reconnaissance des actions de formation en situation de travail (AFEST). Par ailleurs la frontière de la formation professionnelle avec le système éducatif reste à clarifier depuis que l’apprentissage s’est aligné sur certaines normes de la formation professionnelle tout en étant entrainé dans le tropisme de l’enseignement supérieur au détriment des jeunes peu diplômés.

Mais le système d’ensemble demeure marqué par une dispersion des moyens, une offre de formation et de certification illisible et une faible cohérence. En fait l’Etat qui persiste à demeurer central dans une improbable régulation du système, communie depuis des décennies à des doctrines fluctuantes et antinomiques où se mêlent

  • les injonctions à l’autonomie des personnes en matière de consommation d’heures de formation (le CPF),
  • l’incursion permanente dans un paritarisme sous tutelle,
  • les dispositifs de formation et d’insertion destinés aux moins qualifiés construits dans des logiques institutionnelles complexes et soumises à de nombreuses déperditions.

En ce qui concerne l’importance de se construire des « stratégies » d’autoformation, des millions de personnes n’ont nul besoin d’encouragements institutionnels pour s’y adonner. Les processus d’autoapprentissage sont multiples et sont solutionnés sans qu’il soit nécessaire de recourir à des lois ou des réglementations, les réseaux ou le marché y pourvoient. Quant aux partenaires sociaux ils n’ont pas besoin d’une intrusion administrative sur la formation continue des salariés.

Par contre, une partie importante de la population active est confrontée à une relation difficile avec le monde du travail où se mêlent les périodes de chômage, les emplois précaires, le temps partiel imposé, les mauvaises conditions de travail et de salaires et l’absence de perspectives d’évolution professionnelle. Cette population peine souvent à entrevoir la façon d’utiliser efficacement la formation d’autant plus qu’il n’existe pas un interlocuteur institutionnel unique chargé à la fois de recevoir et de conseiller les personnes de tout statut souhaitant changer de métier ou évoluer professionnellement et de financer et d’organiser l’offre de formation et de certification (dont la VAE) dédiée à cet enjeu.

Une telle mission relève des pouvoirs publics et suppose l’existence d’un droit à la reconversion, un pilotage national, une implantation territorialisée et un budget unifié pluri-prestations (du bilan de compétences à la formation certifiante intégrant les ressources des missions locales, des maisons de l’emploi et des CARIF-OREF). Les praticiens de terrain capables d’assurer cette fonction existent mais ils sont dispersés dans des dizaines de structures cloisonnées. Un état des lieux suffirait à établir le périmètre de cet office et sa surface opérationnelle distincte des prérogatives de Pôle Emploi qui dispose d’outils formatifs de retour rapide à l’emploi adapté à ses missions. On peut rêver…

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