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Consensus de la recherche autour d’une évaluation des compétences centrée sur les situations

« Aujourd’hui, en recherche, un consensus se dégage autour de l’idée qu’être compétent, c’est être capable de faire face à des situations de divers niveaux de complexité», explique Claire Tourmen, chercheuse en formation des adultes et conférencière à l’université de Berkeley (États-Unis), invitée par l’UODC (Université ouverte des compétences) mardi 20 juin.

Rédigé par . Publié le 22 juin 2017. Mis à jour le 11 mars 2019.

« L’évaluation est une question polémique et complexe », dit-elle. Citant la sociologue Lise Demailly, elle ajoute que « l’évaluation peut être la pire et la meilleure des choses » : selon la manière dont celle-ci est conduite, elle peut avoir un effet positif ou destructeur sur le collectif.

Processus d’évaluation

Dans son livre L’évaluation du travail à l’épreuve du réel (2003), le psychiatre et psychanalyste Christophe Desjours montre les effets pervers qui peuvent résulter des indicateurs mal choisis : l’expérience de l’évaluation du travail de la police nationale en fonction du nombre d’affaires résolues a poussé les agents à se concentrer sur les infractions faciles à résoudre, au détriment des autres. « Plus un indicateur est central dans le processus d’évaluation, plus il aura tendance à tordre le processus qu’il est sensé améliorer », résume Claire Tourmen. Pour autant, selon la chercheuse, l’évaluation est nécessaire car elle constitue une forme de reconnaissance du travail et permet de s’améliorer.

La compétence « est un objet dur à voir, que ce soit par soi ou par les autres », dit-elle. Le philosophe et psychologue Gérard Vergnaud la compare à un iceberg : on aperçoit aisément la pointe qui correspond au résultat du travail, tandis que les savoirs et connaissances qui ont été mobilisés pour le mener à bien restent cachés. Sans compter, ajoute Claire Tourmen, que « les plus compétents ont tendance à se sous-estimer et les moins compétents à se surestimer » (effet Dunning-Kruger).

Une évaluation triangulaire

Une bonne évaluation, dit la chercheuse, doit éviter deux écueils : évaluer un travail en fonction de sa conformité à une grille rigide, laissant ainsi peu de place à la transgression et ne se focaliser que sur des résultats observables et quantifiables. C’est pourquoi la recherche s’accorde de plus en plus sur une évaluation centrée sur la réponse des individus aux situations de travail.

Se fondant sur plusieurs travaux, Claire Tourmen met en avant la nécessité d’une évaluation triangulaire : « Il faut regarder 1/ les situations vécues par la personne (succession d’emplois et de formations dans un parcours) ; 2/ les activités réalisées (l’ensemble des actions réalisées pour traiter les situations) ; 3/ les acquis, à savoir les compétences et les connaissances développées. » Elle estime que c’est en « triangulant » qu’un jury de VAE peut se faire une idée du niveau d’un candidat. « Il ne faut pas jauger à l’aune d’un indicateur unique mais d’un faisceau. » Et de conclure : « Pour être bien vécue, une évaluation ne doit pas être subie. Le salarié lui aussi peut prendre part à son évaluation. De plus, il est important aussi de croiser les regards : de mettre à contribution les managers, mais aussi les pairs. »

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