Célébration des 30 ans d’Erasmus, le 9 janvier 2017.

Le programme Erasmus, succès européen, a 30 ans

La salle de l’Odéon-Théâtre de l’Europe était comble ce 9 janvier pour célébrer les trente ans d’Erasmus. L’occasion de se réjouir du succès du programme, «~la meilleure carte de visite de l’Europe~» selon Najat Vallaud-Belkacem, mais aussi de plaider pour son élargissement.

Rédigé par . Publié le 11 janvier 2017. Mis à jour le 12 mars 2019.

Seulement 7 % des jeunes Européens ont l’opportunité de découvrir un autre pays grâce à Erasmus, et son budget – 17 milliards d’euros pour 2014-2020 – reste dérisoire par rapport au budget européen de 1 000 milliards d’euros. « Multiplions le budget par 10 », a ironisé Sandro Gozi, secrétaire d’État italien chargé des Affaires européennes, « car Erasmus est le meilleur antidote à l’Europe des murs et de la haine ».

Et ce ne sont pas les bénéficiaires du programme qui viendront contredire l’image positive d’Erasmus. Après des échanges avec Patrick Kanner, ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports et Najat Vallaud-Belkacem ministre de l’Éducation nationale, Maria del Puy Lozano, demandeuse d’emploi en situation de handicap témoigne de son expérience de mobilité devant Myriam El Khomri, ministre du Travail. Elle a découvert par hasard un projet de formation soutenu par Erasmus +, lors d’un atelier handicap et emploi à Bordeaux. D’origine espagnole mais n’étant pas retournée à Barcelone depuis quarante ans, elle y participe à un projet de rénovation d’un bâtiment classé. « Tout le monde m’a acceptée comme je suis et m’a laissée travailler à ma façon, pendant les deux mois de stage. J’ai rencontré des gens de toutes les nationalités, au travail et en dehors. Et le certificat de mobilité européenne que j’ai obtenu m’ouvre un éventail de possibilités. » À sa suite, Mikel Etxebarria, présentateur à Radio Kultura détaille le projet de coopération « InclusiOndes » qui permet d’insérer des populations migrantes soutenu par Erasmus +.

Car Erasmus, créé en 1987, désormais connu sous le nom d’Erasmus + [Depuis le 1er janvier 2014, le programme Erasmus + a fait suite au programme Erasmus]], est depuis les années 1990, un outil à la disposition des jeunes et des adultes (lycéens professionnels, apprentis, demandeurs d’emploi, étudiants, jeunes volontaires, professionnels de l’éducation, de la formation, de la jeunesse et du monde associatif et sportif) qui affiche des taux de satisfaction à faire rougir les politiques : 90 % des apprentis ayant effectué une mobilité Erasmus + sont satisfaits de cette expérience, et tous bénéficient d’une meilleure insertion professionnelle. Ainsi, 70 % des jeunes qui ont bénéficié d’une mobilité encadrée ont un parcours d’accès durable à l’emploi, contre 50 % de ceux qui n’en ont pas connu ; 37 % des jeunes ayant réalisé une mobilité accèdent à un CDI dans leurs premiers emplois, contre 26 % [ 1 ]Observatoire Erasmus, [Analyses de l’enquête Génération 2010

Myriam El Khomri, a insisté sur le fait que dans le contexte d’une « Europe qui va mal », Erasmus apparaît comme « quelque chose qui marche et qui permet la citoyenneté européenne, tout en améliorant l’employabilité ». Elle a rappelé qu’un certain nombre d’obstacles administratifs restaient à lever pour favoriser la mobilité des apprentis : « harmoniser au plan européen les cycles d’apprentissage, à l’instar du système LMD [ 2 ]Licence-maîtrise-doctorat qui permet une reconnaissance des diplômes entre États, et les obligations qui incombent aux employeurs ». Des expériences pilotes soutenues par le Parlement européen sont en cours. Tout en reconnaissant cette avancée, Harlem Désir, secrétaire d’État chargé des Affaires européennes, insiste sur la nécessité de « progresser et de généraliser Erasmus + pour les apprentis ». Car Erasmus + est « une arme de citoyenneté massive dont tout le monde devrait bénéficier ».

La salle est acquise à l’idée, certes mais « c’est une question de volonté politique », selon Sylvie Guillaume, vice-présidente du Parlement européen. Les États membres doivent s’engager, et il ne faudrait pas que des choix politiques dans des Régions aboutissent à handicaper la mobilité des jeunes Français ou l’accueil des étrangers. » Pour Pierre Moscovici, commissaire européen aux Affaires économiques et financières, « le budget européen représente moins de 1 % du PIB des États membres, c’est trop peu ». Par ailleurs, « il faut s’atteler à une refonte des priorités pour la période post-2020, en consacrant plus de moyens au capital humain et à l’éducation ». Car Erasmus, qui « a fait de l’Europe un théâtre pour sa jeunesse » selon les mots de conclusion de Najat Vallaud-Belkacem, est un rempart aux idées nationalistes et déclinistes. « Plus cette Europe de la connaissance impliquera des jeunes, plus l’Europe sera forte et plus la jeunesse pensera avoir un avenir à construire ».

Notes   [ + ]

1. Observatoire Erasmus, [Analyses de l’enquête Génération 2010
2. Licence-maîtrise-doctorat

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