Anousheh Karvar, coordinatrice du pôle social pour La République en marche.

« Faire de la formation un objet de négociation dans la filière professionnelle » (Anousheh Karvar, rencontre UODC)

«~Il y a un intérêt économique et social à former sur des métiers d’avenir. Si certains secteurs et branches sont actifs, le travail autour des transitions numériques et technologiques fait défaut au niveau de la filière –~au sein de laquelle différents secteurs sont imbriqués~», déclare Anousheh Karvar, coordinatrice du pôle social pour La République en marche, par ailleurs inspectrice Igas [ 1 ]Inspection générale des affaires sociales. et ancienne directrice-adjointe du cabinet de Myriam El Khomri au ministère du Travail.

Elle s’exprimait aux côtés de Sandra Enlart, directrice générale d’Entreprise&Personnel, dans le cadre d’une rencontre organisée par l’UODC (Université ouverte des compétences) le 30 mai 2017 sur le thème «~Formation professionnelle : que faut-il changer ?~»

Rédigé par . Publié le 01 juin 2017. Mis à jour le 11 mars 2019.

Alors que le nouveau président de la République, Emmanuel Macron, a annoncé, durant la campagne présidentielle vouloir lancer un plan de 50 milliards d’euros d’investissement, dont 15 milliards seraient consacrés aux compétences et à la formation professionnelle des Français (voir notre article), les intervenantes détaillent les pistes qui, selon elles, doivent contribuer à rendre le système plus performant.

Que faut-il apprendre, et comment ?

Selon Sandra Enlart, cela « ne sert à rien de mettre plus d’argent sans rien changer à un système qui ne marche pas ». S’inscrivant en faux contre une vision de la formation comme « solution miracle qui permettrait de tout résoudre », elle propose d’axer la réflexion sur les fondamentaux. « Que faut-il apprendre ? Cette interrogation embarque celle de la prospective, et questionne le lien avec le travail et les situations de travail. Comment faut-il apprendre ? Quelle place pour la formation par alternance ou le digital ? Il est important de revenir sur le sujet central de la pédagogie. » Elle met également en avant la question de l’accès au processus de formation et à son inscription à l’intérieur du parcours « qui ne peut se passer d’intermédiation dans l’entreprise, à Pôle emploi, sur les territoires… ».

Face à cela, elle invoque « l’importance d’avancer sur la question de l’évaluation : du transfert, de l’appropriation des compétences jusqu’à l’intelligence de la situation de travail », ainsi que sur l’anticipation des besoins en compétences, sur l’identification et la formation des acteurs. « Il faut déscolariser la formation professionnelle et la penser autrement qu’un modèle où des sachants parlent à des non-sachants qui deviennent sachants par ce simple contact », dit-elle.

Anticiper les besoins en compétences

En matière d’anticipation, Anousheh Karvar considère que les cartographies réalisées dans les bassins d’emploi dans le cadre du plan 500 000 formation supplémentaires pour les personnes en recherche d’emploi lancé par François Hollande ont été « insatisfaisantes », « souvent, incomplètes ou inexploitables ». Pour autant, « une cartographie de la situation ne suffit pas pour définir les besoins qui se dessinent » : « Nous vivons des changements majeurs dont nous ne nous emparons pas », estime-t-elle, citant la montée en puissance des emplois verts, de la Silver Economy [ 2 ]Économie liée aux personnes âgées. ou du numérique. « Certains travaux, comme ceux menés par le Cnefop [ 3 ]Conseil national de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelles. apportent des élément quantitatifs sans que cela permettre de dire précisément à quoi nous devons former les gens, pour quels emplois, et à quels niveau de qualification. Or, nous devons examiner ce qui va changer pour redéployer l’appareil productif et accompagner cette démarche avec des moyens financiers et logistiques. »

Pour une vision de long terme

Par ailleurs, pour Anousheh Karvar, « les employeurs ne sont pas assez coopératifs entre-eux, chacun se posant la question de ce qu’il gagne en formant des salariés qui iraient ensuite utiliser leurs compétences dans une autre entreprise. Il faut une vision à long terme, et raccrocher l’anticipation à une formation désintéressée, qui participe à la bonne santé du marché du travail où puisent tous les employeurs », dit-elle.

Elle préconise de faire davantage de la formation un objet de négociation, particulièrement au niveau de la filière. « Par exemple, la réflexion sur les objets connectés permettant le maintien à domicile des personnes âgées devrait mettre en présence la branche médico-sociale et le Syntec. C’est en permettant aux acteurs de dialoguer autour de ces chaînes que les choses prennent un sens, que les gens comprennent pourquoi il sont formés car ils participent à un projet.  »

Notes   [ + ]

1. Inspection générale des affaires sociales.
2. Économie liée aux personnes âgées.
3. Conseil national de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelles.

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