Usine Peugeot Citroën à Chartres-de-Bretagne

La disparition de l’“obligation de dépenser” va-t-elle faire décrocher la formation en entreprise ?

Par - Le 03 décembre 2014.

Héritier de la marque au lion et président directeur général d’Établissements Peugeot Frères[ 1 ]La holding détenant 6,3 % du capital et près de 10 % des droits de vote de PSA., Jean-Philippe Peugeot était l’invité du Carrefour de la formation, journée d’échanges et de rencontres organisée par l’éditeur Training Orchestra, la FFP [ 2 ]Fédération de la formation professionnelle. et Centre Inffo, mardi 2 décembre.

L’occasion pour lui de plaider pour une prise de conscience chez les chefs d’entreprise du rôle stratégique de la formation pour leur développement.

Moteur de la stratégie du développement

Dans l’espace industriel hexagonal, Peugeot fait partie de ces marques historiques pour qui développement économique et développement des compétences internes sont toujours allées de pair. Alors, aux yeux de ce membre de la 8e génération de la famille fondatrice, le rôle de la formation comme moteur de la stratégie du développement de l’entreprise s’impose comme une évidence. « Le dirigeant d’entreprise qui ne se préoccupe pas de la montée en niveau de ses collaborateurs passe à côté de quelque chose. La formation devrait être une préoccupation permanente dans l’esprit des dirigeants. Un investissement et un outil à leur disposition dont ils auraient tort de se priver ». Et d’insister : « Former ses équipes devrait même être considéré comme un devoir davantage que comme une opportunité ! »

Miser sur les révolutions technologiques

Une réalité d’autant plus pressante dans un secteur automobile touché de plein fouet par l’évolution mondiale de son marché et par la transformation profonde des constructeurs. À commencer par la marque elle-même, qui en mars dernier, scellait un accord avec le chinois Dongfeng, par lequel ce dernier prenait 14 % de son capital. Mais aussi par l’évolution de la consommation automobile. « Longtemps, dans les pays à forte tradition automobile comme la France, la voiture a été perçue comme un prolongement de l’individu. Aujourd’hui, elle est perçue comme une réalité plus pragmatique », expliquait Jean-Philippe Peugeot. Ailleurs, ce n’est pas encore le cas.

Des ingénieurs automobiles tous issus des mêmes formations

Et surtout, l’industrie automobile s’est mondialisée, ouvrant le marché à des constructeurs venus des anciens pays émergents. « Les ingénieurs automobiles du monde entier sont tous issus des mêmes formations. À l’exception des marques de luxe, tout le monde fait des voitures très semblables et demain, tous les constructeurs disposeront des mêmes technologies. »

D’où la nécessité de miser sur les révolutions technologiques et de se projeter à cinq, dix ou quinze ans dans l’avenir. Un avenir marqué par la data. « L’automobile, en tant qu’objet, produit de la donnée en permanence. Et cette donnée est accessible aux constructeurs. Un jour, il faudra bien imaginer les moyens de l’exploiter, de la monétiser ».

Les entreprises françaises sont-elles « assez matures » pour être libérées de l’obligation légale de formation ?

Les industries françaises sont-elles prêtes à adapter leurs plans de formation et leurs investissements aux nouveaux enjeux technologiques ? Jean-Philippe Peugeot émet des doutes. « Quand l’obligation légale existait – le 0,9% de la masse salariale – un certain nombre d’entreprises la percevaient comme quelque chose d’un peu contraignant ». Et de craindre que sa disparition, pour les structures de plus de 300 salariés comme la réforme du 5 mars 2014 le prévoit, se traduise par une diminution des dépenses de formation.

« Les entreprises françaises ne sont pas assez matures et responsables pour être libérées de l’obligation légale de formation », a assuré le patron d’Établissements Peugeot Frères. N’hésitant pas à affirmer « qu’il appartient au législateur d’être conscient de ce risque pour l’entreprise France ».

Notes   [ + ]

1. La holding détenant 6,3 % du capital et près de 10 % des droits de vote de PSA.
2. Fédération de la formation professionnelle.

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