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La mission des Opca se recentre sur un service de conseil

Par - Le 19 juin 2015.

Les Opca sont un financeur final. Par rapport à l’ensemble des financeurs de la formation professionnelle, pour un total de 32 milliards d’euros chaque année, les Opca collectent 6,5 milliards d’euros, alors même que le budget afférent à la formation des Régions est de 4,7 milliards d’euros. Au-delà de la réforme, c’est un rapport de force qui s’institue entre les différents financeurs de la formation.

Jean-Luc Ferrand, enseignant-chercheur au Cnam [ 1 ]Conservatoire national des arts et métiers., département Travail, orientation, formation, a proposé une lecture des différents enjeux pour les Opca dans le paysage de la formation professionnelle. Il intervenait le 18 juin dans le cadre d’un “Jeudi de l’Afref” [ 2 ]Association française pour la réflexion et l’échange sur la formation. consacré aux nouveaux positionnements des Opca après la loi sur la formation du 5 mars 2014.

Jean-Luc Ferrand s’est d’ailleurs demandé “au service de qui sont les Opca ?”. “Ils reçoivent la contribution obligatoire (taxe de 1 %) et en ce sens, ils sont liés à l’État. Ils recouvrent également une contribution conventionnelle dédiée par les branches à des actions de développement de la formation professionnelle continue et une contribution volontaire versée par les entreprises pour accéder à des services complémentaires.

“Allons assister à un développement d’un vrai service à la personne ?”

Concernant la nature même de ces services qui peuvent être rendus par les Opca en contrepartie de versements volontaires, le champ doit être le même que pour les contributions conventionnelles. Au sujet des conditions de déploiement de ces services, “l’Opca ne peut pas être dans une logique commerciale car il n’est pas une société prestataire de services”. “Outre l’État, la branche, l’entreprise, arrive un quatrième niveau qui est l’individu via le compte personnel de formation. Et la question est de savoir si nous allons assister à un développement d’un vrai service à la personne ?”, a exposé Jean-Luc Ferrand.

“Notre nouveau métier est d’accompagner les mutations des entreprises”

Pour Jean-Pierre Delfino, directeur général d’Unifaf, Opca de la branche sanitaire, sociale et médico-sociale (415 millions d’euros de collecte en 2014), et Opacif, la loi du 5 mars 2014 “est une loi de rupture fondamentale dans l’activité des Opca”.

Nous travaillons pour un secteur d’activité dont l’accès aux métiers s’effectue à travers une qualification. Nos dépenses sont donc destinées à l’évolution de la qualification, a-t-il expliqué. Notre nouveau métier est d’accompagner les mutations des entreprises. Le premier paradoxe de la réforme est qu’une partie de nos ressources est centrée sur la qualification alors que la responsabilité de l’entreprise est d’entretenir et de maintenir les compétences de ses collaborateurs.

“Nous devenons des conseillers sans faire payer nos prestations, mais dans quel périmètre ?”

En outre, a poursuivi Jean-Pierre Delfino, “depuis quarante ans, notre métier consiste à gérer les fonds de la formation et 330 000 dossiers administratifs de départs en formation chaque année. Aujourd’hui, cette gestion administrative se déplace vers un métier à forte valeur ajoutée pour les destinataires comme l’État (lutte contre le chômage), par exemple. Nous devenons des conseillers sans faire payer nos prestations, mais dans quel périmètre ? Le périmètre de nos missions évolue ne serait-ce que dans le partage des responsabilités entre l’État et les Opca autour de la qualité de la formation. Les Opca devront être garants de cela mais je ne sais pas ce qu’est une formation de qualité. Cette caractéristique est un autre élément de rupture car cela va nous amener à poser la question de la relation avec les organismes de formation.

De son côté, Philippe Huguenin-Génie, directeur général d’Opcalia, a confirmé cette “migration vers un service de conseils”. “Dans cette perspective, nous devons évaluer ce que nous faisons. L’idée est d’accompagner les entreprises dans des dispositifs de formation qui apportent quelque chose en termes de rentabilité. Il s’agit d’apporter des gages d’efficacité de notre système”, a-t-il considéré.

Notes   [ + ]

1. Conservatoire national des arts et métiers.
2. Association française pour la réflexion et l’échange sur la formation.

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