François Bonneau, président de la Région Centre-Val de Loire, vice-président de Régions de France.

François Bonneau, président de la Région Centre-Val de Loire, vice-président de Régions de France en charge de sa commission éducation, orientation, formation et emploi..

Budget des PRIC : « Ce n'est pas une réduction mais un effondrement » (François Bonneau, Régions de France)

Les Pactes régionaux d'investissement dans les compétences (PRIC) auront à subir une forte baisse des financements de l'Etat en 2026. Si le ministère du Travail défend un budget de compromis imposé par les contraintes de redressement des comptes publics, les Régions regrettent une décision aux conséquences néfastes prise sans concertation.

Par - Le 12 mars 2026.

Le 5 mars dernier, lors d'une session du Conseil régional des Pays de la Loire, on a pu entendre une intervention de Jean-Luc Catanzaro, vice-président de la Région ligérienne en charge de la formation professionnelle. Et avec elle, un bon résumé de la situation. « Nous avons signé avec l'Etat un protocole sur 4 ans qui devait sécuriser le financement du pacte régional d'investissement dans les compétences. […] Et pourtant, aujourd'hui encore, nous ne savons pas quel sera le montant que l'Etat versera en 2026 », expliquait l'élu régional. Celui-ci revenait également sur le « chemin instable » de ce budget, passé depuis décembre par le projet de loi de finances, une suppression par amendement du Sénat, une adoption de la loi par 49.3, puis de derniers arbitrages annoncés il y a une quinzaine de jours.

« Incompréhension » des Régions

Car si on ne connait pas encore quelle sera la répartition exacte entre chaque collectivité, le montant global que l'Etat consacrera aux pactes régionaux en 2026 est désormais arrêté. En l'espèce, 377 millions d'euros seront disponibles en autorisations d'engagement. Un chiffre qui a fait bondir Régions de France, qui a dénoncé dans un communiqué un recul de 56 % du budget initialement prévu et une « décision incompréhensible ».

Auprès de Centre Inffo, le premier accusé s'en défend. « Ce sont clairement les efforts qui doivent être fournis pour le redressement des comptes publics qui expliquent cette décision », répond le ministère du Travail, qui précise en outre que les PRIC ne sont pas remis en cause dans leurs principes. Mais l'argument ne saurait convaincre François Bonneau, vice-président de Régions de France en charge de sa commission éducation, orientation, formation et emploi. « Nous connaissions les difficultés de budget de l'Etat, mais nous envisagions une réduction de 5 – 10 %. C'était notre paradigme. Là il ne s'agit pas d'une réduction, mais d'un effondrement », regrette ce dernier.

Un budget « de compromis » pour le ministère du Travail

C'est aussi une « décision unilatérale » qui a été critiquée par Régions de France. « C'est un processus en lien avec le parlement, nous sommes soumis aux enveloppes budgétaires que celui-ci a votées », répond le ministère du Travail. Celui-ci rappelle en outre que le budget dédié aux PRIC avait d'abord été supprimé par un amendement du Sénat. « Dans le cadre du 49.3, le Premier ministre a fait une proposition qui était un compromis entre une enveloppe initiale et un budget complètement supprimé », nous explique-t-on.

Mais, selon François Bonneau, c'est le manque de concertation quant aux arbitrages pris après l'adoption de la loi de finances qui constitue le véritable problème. « Le ministre reculait les rendez-vous et ne nous a rencontré que lorsque la décision était arrêtée », déplore l'élu régional. Autrement, les Régions « auraient fait valoir les conséquences sociales et économiques désastreuses [de cette décision] », souligne-t-il.

Maintien des engagements régionaux ?

La baisse du financement de l'Etat entrainera la suppression de plus de 60.000 places de formation a calculé Régions de France, qui s'alarme des conséquences pour l'économie et les individus. « Le secteur de la formation professionnelle est sacrifié », ajoute en outre François Bonneau, qui s'inquiète du devenir des organismes de formation. « Il va y avoir une baisse des commandes passées à ces organismes, quand bien même les Régions maintiendraient leurs efforts propres », explique-t-il.

Ce point reste d'ailleurs en suspens : l'Etat ayant modifié son engagement prévisionnel, les Régions reverront-elles leur part à la baisse ? Les Pays de la Loire ont indiqué maintenir le financement régional initialement prévu par leur « pacte », de 80 millions d'euros pour 2026. « Mais il y a beaucoup de déception et de colère. Des Régions s'interrogent. Certaines se disent qu'il est hors de question de prendre la place de l'Etat, d'autres s'interrogent sur leur implication dans un dispositif à ce point délaissé de l'Etat », prévient François Bonneau.