L’indemnisation du chômage en Europe face à la crise

Par - Le 20 mars 2009.

Depuis quelques années, l’indemnisation du chômage en Europe connaît une évolution allant dans le sens de sa restriction et de la baisse du niveau de reclassement professionnel. La montée rapide du chômage dans l’ensemble des pays membres pourrait accélérer cette évolution comme le laisse présager une récente étude de l’Ires.

L’Ires (Institut de recherches économiques et sociales) s’est récemment penchée à travers plusieurs études sur l’évolution du chômage et de son indemnisation en Europe et dans ses différents Etats membres.

C’est au printemps 2008 qu’a commencé le retournement du marché du travail en Europe. Face à la traduction de la crise financière sur l’économie dite réelle, L’Espagne a été touchée en premier, puis le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne. En Espagne, c’est le secteur de la construction résidentielle, grand consommateur de main-d’œuvre qui tirait la croissance vers le haut. Le taux de chômage y dépasse déjà 14 % de la population active alors qu’il était de 8% en 2007.

En France, ce sont les travailleurs précaires en CDD et les intérimaires d’entreprises industrielles qui ont été les premières victimes (taux de chômage à 8,2 % au quatrième trimestre 2008) tandis que l’Allemagne a pâti d’une entrée globale en récession faisant grimper son taux de chômage à 8,5 % en février 2009.

Selon Florence Lefresne, chercheuse à l’Ires, l’évolution de l’indemnisation du chômage apparaît bien sûr soumise à l’ampleur de la récession mais aussi à une évolution de sa conception même : système de protection sociale réservé aux cotisants en CDI à temps plein d’un régime assurantiel garantissant un retour à l’emploi de qualité (le fameux cas danois) ou simple contrepartie d’une mobilité le plus souvent subie, tant au plan géographique que de la qualité du travail retrouvé ? Or, constate Florence Lefresne : « Les évolutions enregistrées sur la dernière décennie confirment le rétrécissement dans presque tous les pays du champ de l’assurance chômage au profit de l’assistance soumise à activation » [ NDLR : politiques d’activation des dépenses visant au reclassement rapide vers des emplois de moindre qualité].

C’est ainsi qu’on a assisté ces dernières années à des évolutions communes : durcissement des critères d’éligibilité, réduction des montants et durées d’indemnisation, renforcement des contrôles, et enfin, redéfinition à la baisse de l’emploi convenable. Une évolution qui pourrait se confirmer avec l’affaiblissement de la figure dominante du salarié à temps plein. Ainsi, l’indemnisation pourrait devenir « universelle et minimale comme en Grande-Bretagne (300 € par mois), de moins en moins distincte de celui de la pauvreté ». Ainsi, en France, seuls 45 % des demandeurs d’emploi touchent l’assurance chômage, contre 54 % en en janvier 2003. Le nombre de travailleurs précaires rendus récemment au marché du travail (162 600 postes en un an dont la moitié au cours des trois derniers mois de 2008) ne va pouvoir qu’accélérer cette tendance puisqu’il faut, au terme de la convention d’assurance chômage renégociée en janvier dernier, justifier de quatre mois de travail d’affilée pour s’inscrire à l’Assédic, puis de six mois à la deuxième inscription…

Centre Inffo vous conseille également

Découvrez nos newsletters