Louis Dreyfus Armateurs et Brittany Ferries font des formations à la sécurité une priorité

Par - Le 01 décembre 2013.

Voici un bénéficiaire de la mondialisation… Poussé par le grand commerce, le monde maritime
est en pleine croissance. Qui s’accompagne d’une demande de qualifications plus élevées. Quelles
formations pour les métiers de cette “croissance bleue” ? Comment les adapter aux évolutions ?
Éléments de réponse, à l’occasion des Assises de la formation et des métiers maritimes.

De tout temps, le transport maritime
a eu une position centrale
dans les échanges mondiaux et a
été le vecteur de la transformation
du monde. De tout temps,
le maritime a été à la pointe des technologies
et de l’innovation, sachant mettre
à profit les découvertes scientifiques de
pointe”, soulignait lors des Assises, le
8 novembre dernier à Paris, Denis
Aim, directeur d’armement des navires
sous pavillon français du leader français
du transport maritime par conteneurs,
CMA-CGM.
Transports, donc, mais pas seulement :
la prospection d’énergie offshore est
également en croissance. Aujourd’hui,
selon l’Agence nationale de l’énergie, la
part des énergies fossiles (gaz, pétrole,
charbon) dans la satisfaction des besoins
de l’économie mondiale ne faiblit
pas. Elle ne passera de plus de 80 %
actuellement à environ 75 % qu’en
2035. Mais dans le même temps, la
demande globale en énergie augmen-
Voici un bénéficiaire de la mondialisation… Poussé par le grand commerce, le monde maritime
est en pleine croissance. Qui s’accompagne d’une demande de qualifications plus élevées. Quelles
formations pour les métiers de cette “croissance bleue” ? Comment les adapter aux évolutions ?
Éléments de réponse, à l’occasion des Assises de la formation et des métiers maritimes.
tera de 35 %. Il faut et il faudra encore
prospecter. À des profondeurs de plus
en plus considérables (1 000 mètres et
au-delà).

“D’énormes besoins
en formation”


Cet accroissement des besoins implique
une évolution des technologies et le
développement d’expertises, indique
Thierry Soudet, directeur de projet
EMR (Énergies marines renouvelables)
chez Louis Dreyfus Armateurs, leader
mondial du transport maritime et de
la logistique de “vracs secs”, pose de
câbles sous-marins, recherche sismique
offshore, transport d’éléments d’avions
et services industriels. Le groupe familial
emploie 2 600 personnes réparties
entre navigants et sédentaires et est
présent dans le monde entier. Selon
Thierry Soudet, le secteur de l’éolien
maritime offre d’immenses opportunités
de création d’emplois. Mais il
déplore le retard de la France dans le
domaine : “Force est de constater que ce
sont les Européens du Nord qui dominent
le marché des éoliennes. Ils se sont engagés
dans ce secteur une quinzaine d’années
avant nous. Il y a donc une nécessité de
développer la filière nationale. Nous disposons
des capacités techniques et technologiques
pour le faire. Il existe en France
des expertises capables d’accompagner les
industriels dans ce champ.” Car, insistet-
il, “la mise en place et l’exploitation des
parcs éoliens arrive aujourd’hui à une
maturité industrielle. Il y a un enjeu
considérable en termes de rentabilité et
d’optimisation de ces parcs”. Corollaire,
“de nombreux métiers de l’éolienne maritime
ont d’énormes besoins en formation
ou compléments de formation”.

Reconversion de marins

Selon le directeur de projet EMR de
Louis Dreyfus Armateurs, “pour assurer
la réalisation des projets ou la maintenance
des installations en mer, nous avons
besoin de personnels qualifiés”, avec des
compétences à jour. Où les trouver ?
Chez ceux qui ont une culture maritime,
simplement les marins − à condition
de suivre des formations complémentaires.
En interne, le groupe met
donc en oeuvre des actions de formation
pour répondre à ces besoins croissants
et de plus en plus variés.
Cependant, rappelle Raymond Vidil,
président d’Armateurs de France,
l’organisation professionnelle des
entreprises françaises de transport et
de services maritimes, c’est la “croissance
bleue” dans son ensemble qui a
besoin d’une main-d’oeuvre qualifiée
et variée. Certes, des entreprises investissent
dans la formation et l’adaptation
de leurs salariés pour répondre à
cette réalité. Thierry Soudet estime lui
aussi qu’il est important que les prestataires
adaptent leur offre de formation
aux nouveaux métiers afin de mieux
répondre aux besoins des armateurs et
des industriels du secteur maritime, où
la “relation entre la formation initiale et
la formation continue est très forte”. De
plus en plus de partenariats entre les
entreprises et les établissements de formation
(secondaire comme supérieure)
sont initiés dans ce sens.
Contraintes réglementaires
et sécuritaires
Ainsi, par exemple, Thierry Soudet et
Laurent Delcroix, son confrère d’Areva,
réfléchissent à “l’amélioration de
formations existantes, notamment les
BTS, mais aussi à la façon de prévoir des
compléments aux formations maritimes”.
Parmi leurs préoccupations majeures,
figure la question de la sécurité et de
la qualité. D’autant que les contraintes
réglementaires, contractuelles et sécuritaires
internationales influent énormément
sur l’évolution des métiers, des
compétences et des performances des
acteurs du secteur. “Nos travaux exigent
beaucoup de dextérité, donc des compétences
particulières”, rappelle le directeur
de projet EMR de Louis Dreyfus
Armateurs. C’est le cas, par exemple,
de la campagne d’“ensouillage” (enfouissement
dans le sol marin) des
câbles inter-éoliens (142 km de longueur
à 20 mètres de fond) réalisée
dans le cadre de la construction du
champ éolien offshore d’Anholt, le plus
grand du Danemark qui comprend
111 éoliennes. Les travaux qui ont duré
sept mois (juillet 2012 à février 2013)
et ont été effectués par un robot sousmarin
télé-opéré.
Selon l’ancien officier supérieur de la
Marine nationale Thierry Soudet, la
norme QHSE (Qualité, hygiène, sécurité
et environnement) répond à la préoccupation
sécurité. Les formations à
cette qualification sont “indispensables
pour fournir aux industriels des collaborateurs
formés pour réaliser des opérations
dans des conditions de qualité et de
sécurité”.

“L’expérience n’est plus
suffisante aujourd’hui”


La “garantie des normes et des standards”
constitue également une préoccupation
pour Frédéric Pouget, directeur du pôle
armement de Brittany Ferries, la compagnie
maritime bretonne créée dans les
années 1970, spécialisée dans le transport
de passagers et de véhicules. “Notre
préoccupation première est de savoir comment
former ou améliorer l’implication de
nos marins dans la gestion des questions de
sécurité, d’environnement et d’optimisation
énergétique.” Ce travail, qui débute
lors de la formation initiale des marins,
se poursuit pendant leur présence au
sein de l’entreprise. Selon lui, les établissements
de formation doivent intégrer
dans chacun des modules dispensés “le
fait que chaque acte professionnel aura un
impact sur la préservation des installations
maritimes”. Ainsi, par exemple, “dans
le cadre d’une formation sur moteur, il
n’est plus suffisant aujourd’hui de parler
de consommation, mais il faut s’intéresser
aux décisions que les marins pourront
prendre en permanence pour influer sur
cette consommation. De même, il ne s’agit
plus de parler de vitesse et d’heure d’arrivée.
Le marin doit apprendre le plus tôt à
globaliser et à analyser un certain nombre
de paramètres, le temps, le trafic, etc.,
ainsi que le chargement et le nombre de
passagers. L’acquisition de cette connaissance
par uniquement l’expérience n’est
plus suffisante aujourd’hui”, détaille le
membre du directoire de l’armement
basé à Roscoff.

L’apparition de nouvelles
formations


Brittany Ferries “ambitionne une transition
énergétique qui doit être prise en
compte dans les formations proposées à
[ses] futurs collaborateurs”. Dans cette
entreprise de plus de 2 500 salariés,
dont plus de la moitié sont des marins
français, “les actions de formation sont
conçues fonction par fonction”.
L’entreprise “est attentive à l’apparition
de nouvelles formations. Autant pour la
problématique de coût que de coordination,
c’est une vraie problématique. Nous
préférons privilégier la polyvalence des
marins en apportant à chacun des formations
liées aux opérations pour leur permettre
d’avoir une vision globale − afin
de participer au développement durable,
en prenant des décisions opérationnelles
de la meilleure des façons possibles”.

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